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Jean-Gilles JUTRAS À la découverte
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Mardi le 09 décembre, 2003
Il me plaît de vous faire partager les réflexions et la sagesse d’un bon ami suisse qui a d’ailleurs, pendant plusieurs années, été consul honoraire de son pays à Québec. Jean-Pierre BELTRAMI a présidé au prestigieux groupe gastronomique la Chaîne des Rôtisseurs; il est réputé comme épicurien et œnophile de premier ordre, notamment quant aux vins de Bourgogne.
Aujourd’hui, (3 décembre) j’ai reçu ses vœux pour la période des fêtes. On peut lire : « Que la paix soit avec vous et votre famille…
Que le bonheur irradie votre maison…
Que la santé soit toujours présente…
Pour vous permettre d’aimer et de travailler…
Que nos vœux vous assurent que vous êtes…
Toujours dans nos pensées et notre cœur… (signé : les Beltrami)
Mon ami Beltrami avait accompagné ce gentil message, d’un texte soumis à la confrérie des Vignolants (regroupement d’amateurs de vins suisses). Ce document est rempli de sages réflexions et de commentaires tout aussi percutants.
BIENHEUREUX PAR LE VIN
« De plus en plus le vin se boit jeune et de plus en plus hommes vieux et vieilles dames vivent… plus vieux!
Il y a une leçon à tirer de ces propos.
Le vin, plus que jamais est devenu un liquide à l’échelle de la planète et même autour d’elle puisqu’on a vu des astronautes sabler le champagne en lorgnant ceux d’en bas.
Mais hélas le vin est devenu une industrie, une méga-industrie.
Ce n’est pas la Sainte Cène qui a donné un engouement à l’augmentation et la diffusion du précieux sang, hélas non, mais bien la socialisation du savoir boire, dans l’intérêt, la fraternité, le bonheur ou du malheur, et comme dans certains pays dont le Canada et spécifiquement les USA., le dry martini, le manhattam se sont vu estomper au profit du ballon de rouge ou au verre réfrigéré de blanc.
La Guerre de Sécession, c’est du passé… maintenant, c’est la guerre du vinobusiness, quitte à copier, couper… et re-couper le vin avec du pinard. Pour que sieur le vin passe de la poésie à la mise en march, c’est ce qu’on appelle la modernisation ou la mondialisation. De plus, les Américains (qui font d’excellents vins en passant) ont voulu imposer un goût spécifique, celui du boisé, trop répétitif et trop accentué, mais corrigé quelque peu, ces dernières années. Anecdote, j’ai lu de mes propres yeux, sur une étiquette d’un vin blanc de la Californie : ‘véritable chablis, se méfier des imitations…(Chablis versus la France)’.
Tenir un inventaire… c’est ête fortuné! Boire une bouteille de plus de 20 ans d’âge… c’est considéré comme l’un des beau jour de sa vie! De plus en plus la vieille bouteille devient un objet de convoitise pour les collectionneurs.
Aux USA, le collectionneur-courtier est devenu à la mode. Ainsi, si vous allez au restaurant des FORGES, à Miami, et si vous voulez commander le divin liquide, on vous proposera la petite… ou la grande carte. La grande carte se compose de 400… oui, oui, vous avez bien compris quatre cents pages. --- Les vins du monde entier sont présents y compris le vin suisse dont deux BEUCHÂTEL MÖVENPCK 1982 et NEUCHÂTEL Vintage.
Le plus cher (des vins de la carte du restaurant) Château Lafite-Rothschild 1822, marqué au prix de 35 000$ U.S. suivent 51 années de millésimes différents; pour ce grand cru de Bordeaux. Un château d’Yquem 1895… et j’en passe! Enfin, la carte a 7 centimètres d’épaisseur! Et moi, comme j’étais septique… j’ai demandé à voir la cave pour constater qu’il n’y avait pas qu’une seule bouteille de ce millésime (1822) mais bien douze. Les millésimes partent donc de 1822 à nos jours!
Paradoxalement, aux tables qui m’entouraient, les gens buvaient soit du « coke », soit des « Dry Martini »… Insolite Amérique! --- Le restaurant des Foges n’est pas le seul, car, à St Petersbourg (Floride) on retrouve également ces collections. Au Québec à signaler la cave exceptionnelle, mais dans les grands formats de Champlain Charest, à Sainte-Marguerite du Lac Masson, au nord de Montréal médecin de son état (qui est d’ailleurs membre honoraire des Vignolants du Québec) – (J’ajoute, pour ma part, que la cave du restaurant Les Chenets, à Montréal, propriété de M. Michel Gillet, est absolument remarquable, gagnante du prix Carte d’Or 2002, remis par le Collège des Ambassadeurs du vin au Québec).
ALORS… ALORS!
Quel plaisir de se remémorer certaines bonnes bouteilles, intimement partagées avec d’autres, mais aussi quel bel hommage que de parler avec éclair dans les yeux quand on évoque un disparu et quel sublime témoignage à lui rendre, qui mort, sait qu’on parle encore de lui. Je me souviens! Alors les étoiles dansent dans ce ciel où nous allons tous aller et nous retrouver.
Maintenant, le vin fait partie non seulement de l’amitié, de l’alimentation traditionnelle, de la valeur financière mais aussi de compagnon « aux vieux, aux vieilles », et c’est pour cette raison toute simple qu’ils vivent bien plus longtemps que le vin.
Me dit-on pas… à votre santé! C’est signé : J.-P. Beltrami, Gardien de la Tradition.
Que dire de plus, après ces propos empreints d’une sagesse vineuse des plus logique. Je lève mon chapeau et mon verre au noble Gardien de la Tradition. Je souhaite qu’il y en ait d’autres parmi les générations montantes qui montrent autant d’intérêt pour le vin. Sauront-ils jamais en parler comme le fait Jean-Pierre Beltrami? J’en fais le souhait!
Jean-Gilles Jutras
Ambassadeur du vin au Québec.
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