Les clubs et sociétés gastronomiques et bachiques ont joué un grand rôle pour inciter les Québécois à mieux connaître et apprécier les bonnes choses de la table et de la vigne. Quand j’étais plus jeune, on ne parlait pas de vin ni d’aucune autre boisson alcoolique, à la maison. Même que mon père nous avait prévenu, mes frères et sœurs et moi qu’il nous mettrait à la porte de la maison s’il nous arrivait d’entrer ivre…
Dois-je dire que cela n’est jamais arrivé ni à moi ni à aucun de la famille. Tout cela pour vous dire que le vin n’était pas dans nos habitudes de vie. Il en était de même presque partout, jusqu’en première moitié du 20e siècle, me semble-t-il. La deuxième Grande Guerre a passablement modifié notre façon de vivre. Les militaires revenant des champs de batailles et d’autres facteurs ont ouvert bien des horizons. On s’est mis à voyager plus facilement, la télévision nous amenait dans de nouveaux pays et des régions inconnues et, évidemment, l’Exposition universelle de 1967 a été l’occasion de découvertes extraordinaires, à maints points de vue, notamment en ce qui a trait àa la gastronomie et la civilisation du vin.
Le premier club
On ne sait peut-être pas que c’est à Champlain lui-même qu’on doit le premier club gastronomique en Amérique. En effet, quelques mois avant qu’il ne fonde Québec, Samuel de Champlain a passé l’hiver de 1606-1607 à Port Royal, aujourd’hui Anapolis en Nouvelle Écosse. Voici ce qu’en a écrit Champlain lui-même : « Nous passçames cet hiver (1606-1607) fort joyeusement et nous fîmes bonne chère par le moyen de l’Ordre de Bon Temps que j’y établis… Cet ordre était une chaîne que nous mettions avec quelques petites cérémonies au col d’un de nos gens, lui donnant la charge pour ce jour d’aller chasser. » Ceux de la colonie passaient avaient la charge, à tour de rôle, de préparer le repas et les amusements qui l’entouraient.
Par la suite
Il faut presque attendre le 20e siècle avant que d’autres clubs, confréries ou amicales ne voient le jour. Présentement, il existe une bonne quinzaines de ces regroupements gastronomiques et bachiques à Québec, le double à Montréal et d’autres dans bien des villes et des régions du Québec. Plusieurs de ces sociétés ont été importées de France, notamment, et d’autres pays producteurs. Cependant que contrairement aux associations-mères, chez nous leur rôle se limite à initier les membres au bien boire et au bine manger en privilégiant les produits de leurs lieux d’origine.
L’Irrésistible montée du vin rosé
Me Ghislain K.-Laflamme est justement dirigeant, dit Grand Commandeur de l’une des plus importantes confréries, La Commanderie des Cistes-di-Rhône.
Il a écrit, récemment un intéressant article sur le vin rosé au Québec, dans la Revue française d’œnologie (mars-avril 2006). On y apprend que le Québec a bu pour près de 18 millions de dollars de vins rosés, en l’an 2000 et qu’en 2005, ce chiffre est grimpé à 37 866 057$, C’est du rosé, ça, monsieur!
Les cinq meilleurs vendeurs de vins rosés au Québec, selon la SAQ sont
White Zinfandel, Gallo 285767 10,95$
Listel Grain de Gris 270272 10,25$
Bouquet de Provence, 023465 11,25$
Pétale de Rose, Provence 147293 16,80$
Château Bellevue La Forêt 219840 14,60$
Vous vous rappelez peut-être qu’il y a 25-30 un des seuls rosés disponibles au Québec provenait du Portugal, le MATEUS… Il est toujours là, d’ailleurs et arrive au 16e rang des achats – c’est le no 000166 – à 9,75$
C’est sans doute pour ve tout petit prix que le Mateus est encore populaire.
Combien de bouteilles?
À Montréal, le restaurant Les Chenets de M. Gillet, détient le record de plus de 25 000 bouteilles dans sa cave. J’ai eu le plaisir et l’honneur de visiter ce sanctuaire, il y a quelques années, de même que celui de Champlain Charest, en son Bistrot à Champlain, à Sainte-Marguerite du Lac Masson, dans les Laurentides au Nord de Montréal.
En Charlevoix, l’Auberge La Pinsonnière de la famille Authier possède aussi une cave imposante qui tourne autour d’une vingtaine de milliers de flacons de vin provenant des régions les plus renommées.
Mais dans le monde, la cave la plus imposante serait celle du restaurant La Tour d’argent, au 15 quai de la Tournelle à Paris. La famille Terrail a acquis ce lieu mythique depuis plusieurs décennies. « Les Terrail se transmettent ce trésor de génération en génération. » écrit-on dans le magazine Cuisine et Vins de France, no 108 – (mars 2006).
Depuis 25 ans, David Ridgway, le sommelier anglais, gère une cave de plus de 150 000. À la Tour d’Argent, on dit ouvrir entre 24 000 et 25 000 bouteilles par année…
On sait que la spécialité de la Tour d’Argent est le canard au sang. Chaque bestiole préparée et vendue est numérotée. « Les clients ont parcouru des kilomètres, parfois traversé des océans pour goûter le canard si précieux qu’il est numéroté », Eisenhower aurait mangé le 222 580e – André Malraux, le 446 222e et Paul McCartney, le 692 048e Que boit-on, à la Tour d’Argent avec les volatiles? On a le choix, mais on ne connaît pas les prix : Pétrus 1945, Gruaud-Larose 1870, Romanée-Conti, 1945, La Lagune 1912… Allez, un petit effort. Faites un saut jusqu’à la Tour d’Argent, commandez le 500 000e canard et payez-vous une prestigieuse bouteille. Vous y laisserez sans doute une partie de vos économies… et après? Si vous ne voulez pas y aller seul, je me rends
disponible, Merci l’avance.
Bonne fin de semaine
Jean-Gilles Jutras
Ambassadeur du vin au Quàbec
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Jean-Gilles JUTRAS Les potins de Bouteille