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Jean-Gilles JUTRAS
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Viva Espana


Samedi le 12 août, 2000

En Espagne, les vins mousseux élaborés selon la méthode traditionnelle qui prévaut, en France, dans la Champagne, s’appelle CAVA. Le mot a vu le jour dans le Penedés et s’étend aujourd’hui à l’ensemble de l’Espagne. Derrière ce mot, comme le souligne un magazine ibérique, se cache un véritable univers de petits artisans et de puissantes sociétés.

La Catalogne qui comprend la sous-région du Penedés produit 95% des cavas. Mais on produit des vins mousseux dans d’autres régions comme en Aragon, en Navarre et dans la Rioja. Comme en Champagne, il y a des règles précises qui prévalent pour la réalisation des cavas, en Espagne. (Le mot cava
veut dire cave ou chai). D’abord la méthode devait obligatoirement être celle de la Champagne, puis on décida des variétés de cépages, ce sont le parellada, le xarel-lo et le macabeo, en Catalogne et quelques autres variétés, dans d’autres régions.

Si les Espagnols font du vin mousseux depuis 1879, ce n’est qu’en 1986 qu’ils ont obtenu le classement d’appellation d’origine «cava».

On doit à Josep Raventos d’avoir été parmi les premiers, à la fin du 19e siècle (1879, comme dit plus haut) à élaborer des vins mousseux, on lui doit aussi d’avoir créé la première société familiale de fabrication de vins effervescents, Codorniù, encore aujourd’hui parmi les plus importants producteurs de vins effervescents.

Dans l’ensemble, la production espagnole de vins mousseux est d’environ 150 millions de bouteilles, alors qu’en France, le chiffre monte à 250 millions.
Il y a une dizaine d’années
Je me rappelle, il y a un bon moment, des producteurs vinicoles espagnols étaient venus au Québec rencontrer les amateurs. On leur demanda pourquoi leurs vins étaient lourds et semblaient agressifs, quelque peu rustiques et fort charpentés. Ils répondirent qu’ils faisaient ce type de vins parce que c’est ce qu’ils aimaient. »Aux amateurs de s’y faire», semblaient-ils dire.

Même si de nos jours, les vins espagnols ont beaucoup évolué ils n’en demeurent pas moins des vins qui ont un caractère de puissance, d’un peu de rugosité, de charpente généreuse.

Comme on peut lire dans le récent numéro (443) de la Rebue du Vin de France qui consacre quelques pages à l’Espagne : «La Rioja pendant longtemps gardien du temple, celui d’un style reconnaissable entre tous, fait de robes pâles, d’arômes d’évolution très marqués, de boisés américains qui impriment leur caractère épicé sur la palette aromatique, de sécheresse tannique induite par de trop longs élevages en vieilles barriques….» Or tout cela s’est raffiné, en Rioja comme dans les autres régions viti/vinicoles d’Espagne.

Dans le Penedés, en Catalogne, les Torres ont été et sont encore pour beaucoup dans la modernisation de la viticulture espagnole. Ce qui fait écrire à la Revue du Vin de France que les grands vins rouges sont aujourd’hui un Eldorado. Il y eut aussi, Jean Gervais, en Rioja qui a fait avancé les choses, du temps qu’il dirigeait la Bodega Cosme Palacio. Et bien d’autres. L’Espagne nous réservera sans doute encore de belles surprises.

Il reste à souhaiter, avec le magazine, que les espagnols ne tombent pas dans la fosse de l’uniformité…

Si les Français n’avaient pas réagi, il y a quelques années, on aurait pu se demander ce qui différencie un bordeaux d’un bourgogne ou d’un côtes-du-Rhône. Si les autres pays producteurs s’en tiennent trop aux prescriptions et ordonnances des œnologues et autres «winemakers» on risque de perdre
les raffinements qu’apportaient les traditions et les modes de jadis.


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