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Jean-Gilles JUTRAS
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La Nouvelle SAQ


Samedi le 15 avril, 2000

Il y a quelques semaines, le président de la SAQ, Gaétan Frigon, s’adressait à un auditoire de gens d’affaires. Il en a profité pour réaffirmer l’orientation qu’a prise la société d’État au cours des derniers mois. Il a d’abord rappelé que la SAQ n’était pas «tout à fait une société d’État» non plus qu’une «entreprise privée». C’est quelque chose entre les deux, de dire M. Frigon.

On n’a peut-être pas besoin de tout savoir cela pour apprécier le vin. Mais il est bon d’apprendre que la SAQ «est à analyser sa structure de prix et entend revoir à la baisse certaines catégories de vins…»
Que ces paroles sont douces à nos oreilles. Une autre assertion de M. Frigon mérite qu’on la rappelle :
«Dorénavant, a affirmé le Président, la SAQ sera au service des consommateurs québécois…» Voilà encore
une bonne nouvelle.

En plus : «Nous avons ouvert de nombreuses succursales le dimanche… soit 290 des 350 succursales. Depuis moins de 2 ans, environ «75 succursales ont subi des améliorations sensibles» tout cela pour attirer plus de clients et d’amateurs. C’est aussi dans cette foulée qu’a été ouverte la superbe succursale Signature, à Montréal et qu’il semble qu’on en aura une moyenne réplique à Québec, prochainement.

M.Frigon a par ailleurs annoncé que le nombre de succursales au Québec passerait de 350 à 400 et que, de ce fait, 90 magasins seraient construits, rénovés ou agrandis.

Il n’y aura plus de raison pour que les amateurs n’aillent pas faire un tour dans une SAQ voisine, comme on dit, même si les rapports avec le «monde de l’alimentation» (le réseau des épiceries) se sont améliorés; ce sont, dit M. Frigon «des partenaires de premier ordre (qui) sont souvent à l’origine de la première expérience de consommation de vin pour des milliers de Québécois»….«Nous avons notamment résolu l’épineuse question de la vente des vins de cépage dans ce réseau des épiceries et des dépanneurs…»

Que de bonnes nouvelles! Il reste à souhaiter que cette orientation se poursuive et que les Québécoises et Québécois en profitent, tout en gardant un œil sur la modération.

Désastres en France

On sait que la France a été lourdement frappée par des tempêtes importantes à la fin de décembre dernier. Des forêts entières ont été touchées, notamment dans les Landes et dans les Vosges, deux régions importantes où poussent les chênes séculaires qui fournissent la matière première des barriques et des fûts dans lesquels on enferme le vin.

On n'a pas encore fini d’évaluer tous les dommages ni d’analyser si, malgré leur déracinement, certains arbres peuvent encore être utilisables.

Heureusement, peut-on lire dans la Revue du Vin de France : «Selon Jean-Paul Lacroix, ingénieur général du génie rural à l’Office national des forêts, spécialiste des chênes merrains (servant à confectionner les douves), les forêts domaniales (forêts publiques gérées par l’État) où ont lieu 90 % des approvisionnements en chêne merrain, ont peu été touchées.»

Ce qui n’empêche pas, dit-on, que les tonneliers s’inquiètent en raison de la grande demande en provenance du monde entier.

Et de deux

Dans la nuit du 12 au 13 novembre 1999, l’Orbieu, fleuve habituellement tranquille et paresseux, s’est complètement déchaîné pour envahir partout où il coulait.

«Il a tout laminé sur son passage», notamment le domaine du «Château Grand Moulin» de Jean-Noël Bousquet, bien connu des Québécois qui admirent l’homme et apprécient ses vins de Corbières.

Or, cette nuit-là, il semble bien que la nature ait eu raison de valeureux vigneron. Pensez donc :«Plus de 400 bordelaises (barriques d’environ 300 bouteilles), pleines et sagement rangées se sont mises à s’agiter comme de simples billes de loto. 124 sont perdues, certaines ont filé à plusieurs kilomètres suivies d’une escorte de 13 000 bouteilles, parties à la terre comme à la mer. Après avoir lâché prise, deux énormes cuves sont montées jusqu’au plafond, l’ont soulevé, comme pour chercher de l’air, avant d’exploser d’impuissance…».

On a demandé à Jean-Noël Bousquet comment on sortait d’un tel événement. «On reste deux jours sans bouger, abasourdi, concède-t-il. Après, les secours sont venus, pendant quinze jours des voisins, des spécialistes, l’armée et bien d’autres encore se sont employés à sauver ce qui pouvait être sauvé, retrouver les fûts, laver les bouteilles, etc.

«Mais tant que je n’aurai pas reconstruit, dit Jean-Noël, là un peu plus haut, hors d’eau, je n’y verrai pas clair. Il nous faut un an, j’espère que tout sera prêt pour décembre 2000».

Voilà du courage qui mérite qu’on achète les vins de la famille Bousquet. D’ailleurs, ce sont d’excellents produits qui ont mérité de nombreux prix et médailles, dont la médaille d’Or des Sélections Mondiales de Montréal, il y a quelques années.

Château Grand Moulin, AC Corbières (blanc) 1997 392035 10,45 $
Château Moulin St-Jean 1997 (blanc) 493593 7,45 $
La Tour château Grand Moulin (blanc) 523381 9,90 $
Château Grand Moulin (rouge) (s) 721043 15,95 $

Demandez donc s’il n’y a pas d’autres vins de J.-N. Bousquet. Sans doute qu’ils sont de même qualité. Quand ON VEUT, et comme ces gens veulent!
(article paru dans Terre de Vins (Saveurs du Languedoc et du Roussillon, no 4)

Jean-Gilles Jutras,
Ambassadeur du vin au Québec
jgjutras@videotron.ca





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