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Jean-Gilles JUTRAS
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Le curé qui invoquait saint-Vincent...


Samedi le 21 janvier, 2006

Un peu partout, dans le monde viti/vinicole, on célèbre, ces jours-ci, la SAINT-VINCENT; qui est le patron principal des vignerons. J’ai personnellement tendance à croire que Saint-Vincent est aussi le patron de toutes les personnes intéressées au vin, de quelque façon que ce soit, donc cela inclut les amateurs et dégustateurs de vin.

Serez-vous en France, plus précisément en Bourgogne, lors de la fin de semaine du 27 au 29 janvier? Profitez-en donc pour fêter Saint Vincent, le patron des vignerons.
Comme tous les ans, autour du 22 janvier, partout dans les vignobles on honore de façon particulière saint Vincent désigné comme patron vers le 4e siècle.

Depuis plusieurs années, en Bourgogne, on fête la Saint-Vincent « tournante ». C’est-à-dire que chaque année on change l’endroit où la fête aura lieu. En cette année 2006, c’est dans les « Hautes-Côtes de Nuits » que la fête se déroulera

Dans les années 1990 on a publié, en France, un «agenda du vin». C’était, en plus d’un calendrier fort utile, une source inépuisable d’anecdotes et de renseignements sur le vin. Malheureusement, on ne publie plus cet ouvrage exceptionnel, bien agréable à consulter. J’ai conservé les quelques exemplaires que j’avais eus, à l’époque.

Dans l’édition de 1991, on pouvait lire, à propos de Saint-Vincent: «Contrairement à tous les autres corps de métier, il n’existe pas pour les viticulteurs un seul et unique saint protecteur.

Selon les régions et les coutumes, pas moins d’une trentaine de saints sont honorés à diverses époques de l’année. Cependant, Saint-Vincent, dont le culte est le plus répandu, est reconnu comme le patron principal des vignerons, des marchands de vins, des inspecteurs de vins et des vinaigriers.»

L’auteur anonyme de ce qui précède souligne qu’on n’explique pas spécifiquement le choix de Saint-Vincent, «mais, dit l’auteur, plusieurs possibilités,
dont aucune n’est vraiment la bonne(?)».

La fête de Saint-Vincent est fixée au 22 janvier qui correspond, à peu près avec le solstice d’hiver, «période à laquelle la vigne passe d’un état de complet sommeil à la préparation d’un nouveau cycle végétatif.» Il faut dire qu’en Europe, dans la fin de janvier, on commence à sentir les effluves du printemps.

Comme bien l’on pense, la Saint-Vincent donne lieu à de multiples festivités. En Hautes-Côtes de Nuits, durant la dernière fin de semaine de janvier, une trentaine de caves et de caveaux seront ouverts au public. Chacun, muni d’un verre souvenir, pourra goûter les produits des vignerons des communes où se déroule la fête.

Des proverbes

« Saint-Vincent, patron des vignerons, donne-nous du bon vin autant que du bon sens ».

«Si Saint-Vincent est le patron des bons vignerons,
Saint-Lundi est le patron des ivrognes et des mauvais maris».

Dans Le Soleil

Mon ami, Jérôme-Henri Dejardin fait la chronique du vin dans le quotidien Le Soleil, de Québec, depuis une dizaine d’années. Le 7 janvier dernier, il a consacré son papier au vin de messe. Surprenant comme sujet, n’est-ce pas, par les temps qui courent.

Mais comme Jérôme-Henri faisait référence à des vins qu’on connaît peu ou mal, j’ai pensé reproduire quelques paragraphes de son propos, d’autant plus que les vins dont il est question, ressemblent un peu au pineau des Charentes dont il a été question ici même, depuis mardi.

«Bien des documents l’attestent, écrit Jérôme-Henri Dejardin, l’histoire du vin et de la religion catholique est intimement liée. Les monastères furent à la source du développement de la plupart des grands vignobles de France.»

Le chroniquer Dejardin poursuivait en expliquant qu’il avait connu jadis un brave curé à qui on avait donné le sobriquet de « nez rouge » Devinez pourquoi? On comprend que le pauvre cher homme, tout religieux fut-il, ne ratait aucune occasion de goûter du jus de la treille, aussi prétend Dejardin, le bon curé sans doute autant poivrot que dévot. « Cela n’empêchait nullement le saint homme de sermonner, confesser et absoudre tous les autres pochards du village, avec lesquels, par ailleurs, il levait le coude au bistrot, le dimanche après la messe et le reste de la semaine, chaque fois qu’un enterrement, un mariage leur en donnait l’occasion. »

Jérôme-Henri poursuivait son article en rappelant qu’il avait revu le vieux prêtre sur la fin de sa vie, il avait sonné 88 ans et « il affichait encore une propension à célébrer Dieu par l’intermédiaire de Bacchus.» Le bon père se confessa au chroniqueur qu’il variait les plaisirs en changeant son vin de messe dont il avait plusieurs types. C’est ainsi que certains jours, c’était le muscat de Lunel, « un nectar, écrit le chroniqueur, au nez richissime en fruits mûrs. (Lacoste Mas de Bellevue – 10272739 – 20,65$). Dans la panoplie des plaisirs du curé, se trouvait le Muscat de Mireval (Domaine de la Capelle – 884445 – 24,70$).

«Je ne mis pas longtemps pour constater que tous les autres vins doux naturels du Languedoc-Roussillon avaient également ses faveurs (au célèbre et sympathique curé), Jérôme-Henri Dejardin décline entre autres : Domaine des Valcros, Banyuls – 00855056 – 16,35$ -- Bagatelle, muscat- de-st-jean-de-minervois : 00659264 – 17,35$
Château de la Peyrade – nuscat-de-frontignan : 00703397 – 22$.»

Chers lecteurs de Planète Québec, ne vous croyez pas obligés de dire une messe chaque fois que vous voudrez goûter de ces voluptueux vins qu’on désigne comme vin de dessert. Ce sont des vins doux naturels dont le taux d’alcool est assez élevé, autour de 15%.

Jérôme-Henri Dejardin termine son récit en disant que le bon curé lui avait offert un verre (aussi grand qu’un calice) rempli de chablis… Montrant son étonnement, du fait qu’un curé languedocien ne dédaignait pas un grand bourgogne, le curé lui rétorqua : «Tu vois, dans la vie, il ne faut jamais rater l’occasion de pique-niquer sur l’herbe, avant que l’herbe ne pique-nique sur nous!»

Bonne fin de semaine

Jean-Gilles Jutras
Ambassadeur du vin au Québec


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