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Jean-Gilles JUTRAS
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De la chaufferette au classement de 1855


Samedi le 07 février, 2004

Les régions de France n’ont pas toutes le même climat, on s’en doute. De ce fait, les vignerons doivent composer avec les sautes de Dame Nature.

Ainsi, plus on monte au nord, région de Chablis, en Bourgogne, de même qu’en Champagne les gelées tardives du printemps et parfois celles plus hâtives d’automne causent bien des cauchemars aux viticulteurs qui doivent prendre tous les moyens pour protéger leurs récoltes. À ce sujet, j’avais lu dans La Revue du Vin de France, à l’automne un article qui titrait : « Les vieilles chaufferettes sont trop polluantes ».

En effet, écrite l’article : « En Bourgogne comme en Champagne, les chaufferettes au fioul sont très utilisées contre le gel, mais elles polluent énormément. Une alternative ‘propre’ existe, mais l’INAO (institut national des appellations d’origine) n’en veut pas. »
Il s’agit d’un couvert temporaire, une bâche en tissu métallisé qui recouvre les vignes pendant les mois d’avril et mai. L’Institut des appellations d’origine contrôlée (INAO) a promulgué un règlement, il y a un an, environ, refusant qu’on utilise ces bâches protectrices, sous prétextes que « La bâche modifie durablement, 24h sur 24, le climat autour de la vigne. »

Comme on le constate, l’autorité compétente ne joue pas avec les données de production. Mais de ce fait, les vignerons devront trouver autre chose pour protéger leurs vignes et leurs récoltes… tout en respectant les réglementations de l’INAO et l’environnement que les chaufferettes utilisées présentement polluent à qui mieux mieux.

Avoir du plaisir

Est-on à la table pour se faire de la misère? Avec certaines règles plus ou moins fondées comme viande blanche = vin blanc, viande rouge = vin rouge et autres semblables : pas de sel ni poivre, pas de pain ni beurre, pas d’eau, etc. On se met des contraintes qui n’aident absolument pas à apprécier un repas pourtant préparé avec soin, non plus que les vins choisis avec attention.

François Chartier, le grand sommelier canadien arrivé troisième, en 1995. à Tokyo, pour un concours international en vins et spiritueux, écrit dans son Guide 2004 : « l’union des mets et des vins au cours d’un repas, ne devrait poursuivre qu’un but : le plaisir gustatif. » François Chartier donne des exemples qui font qu’on s’en tienne à des diktats qui n’ont plus leur raison d’être.

Il est maintenant admis qu’on serve de beaux vins blancs avec certains fromages qui ne s’en portent que mieux. On encore, certaines darnes de thon, de requin et autres poissons de même type font très bon ménage avec des vins rouges plutôt qu’avec du vin blanc. Bien sûr, des goûts et des couleurs on ne saurait discuter, mais rien n’empêche de faire quelques expériences… à nous de les répéter si elle sont réussies ou de les laisser, si on est déçu.

Un flûte de champagne?

Comme on aime le répéter, il n’y a de champagnes qu’en Champagne. Évidemment, d’autres régions de France et plusieurs pays produisent des vins effervescents, mais selon une tente internationale, seule la Champagne peut inscrire l’appellation champagne, sur les bouteilles de mousseux qu’on y produit.

Cette région de Champagne tient son nom d’une ancienne province de Frabnce, située à 150 km au nord-est de Paris. Il y de la vigne dans ce terroir depuis l’époque tertiaire, selon des fossiles de feuilles découvertes. La zone viticole de la région délimité en 1927, couvre 35 000 hectares dont 32 000 sont présentement plantés et un peu moins de 31 000 sont en production. La champagne viticole est répartie sur cinq département : la Marne, l’Aisne, l’Aube, la Haute-Marne et la Seine-et-Marne.

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La plupart des amateurs de vins savent que c’est cette année 1855 que furent créées dans le Bordelais, les fameuses classifications de « crus classés ». En 1855, l’Empereur Napoléon III avait lancé l’Exposition Universelle de Paris qui entendait promouvoir les produits mécaniques et manufacturés français. Or, comme on a raison de le dire, le vin n’est pas un produit manufacturé. Mais les organisateurs ont voulu faire savoir à toute la Planète que les vins de Bordeaux étaient les plus grands au monde.

La Commission impériale de l’Exposition était présidée par le propre cousin de l’Empereur, Jérôme Napoléon Bonaparte qui a décidé de faire valoir la qualité des vins de Bordeaux et réclamé l’officialisation des vins classés.

Les vins visés par le classement étaient : 60 vins du Médoc, un seul graves rouge et 26 vins blancs du Sauternais. Un siècle et demi plus tard, il ne reste de cette exposition de 1855 que le fameux classement des vins de Bordeaux. Ce classement est d’ailleurs régulièrement dénoncé. Mais comme bien on pense, rien de bouge, car comment remettre en question ce qui, présentement, est la base de commerce mirobolant des vins de Bordeaux.

Curieusement, on a laissé, à cette époque, des sous-régions importantes qui n’ont pu participer au fameux classements. Pourtant, selon les dossiers officiels, diverses classifications existaient à Bordeaux depuis le 18e siècle. Les producteurs du Médoc ont été les bénéficiaires des imbroglios qui ont eu cours en 1855. En effet, même la Chambre d’agriculture ne voyait pas très bien le lien entre le vin et les produits technologiques et a donc refusé, à l’époque d’envoyer des représentants pour la préparation des activités de l’Exposition universelle.

On vit donc aujourd’hui encore avec ces mésententes qui on eu lieu il y a plus de 150 ans. Pour compléter l’histoire, précisons que seul le château Mouton Rothschild, qui en 1855 avait été classé 2e cru a réussi à faire changer son échelon à 1er cru, en 1973. Selon Lichine dans son Encyclopédie des vins et spiritueux, au moment de la révision de classement pour Mouton, on a pensé qu’on assisterait à un chambardement complet… Rien de tel n’est survenu.

Bonne fin de semaine, à bientôt.

Jean-Gilles Jutras
Ambassadeur du vin au Québec.


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