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Jean-Gilles JUTRAS Les potins de Bouteille
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Samedi le 09 décembre, 2000
En cette période de l’année, comme on le sait, nombreuses sont les occasions de partager sa table ou celle des parents ou amis qui nous convient. Il n’est peut-être pas inutile de rappeler quelques-uns des aphorismes de l’illustre gastronome et philosophe français, Anthelme Brillat-Savarin.
Certains se demanderont si c’est lui qui a créé le délicieux fromage du même nom. Certes pas, mais c’est sans doute en son honneur que le fromage se nomme ainsi. Brillat-Savarin a écrit «la Physiologie du goût» paru en 1826. Vous avez bien lu, il y a plus de 170 ans que Brillat-Savarin a écrit et publié ses «Méditations de Gastronomie». Il n’empêche que l’étude et les commentaires que renferme l’ouvrage sont toujours d’actualité. Je n’en veux pour preuve que les quelques citations suivantes :
«La destinée des nations dépend de la manière dont elles se nourrissent». N’est-il pas vrai qu’aujourd’hui, bon nombre de conflits viennent du fait que trop de peuples n’ont même pas le nécessaire, alors que d’autres jettent à la tonne des surplus qu’ils ne peuvent consommer…
«Ceux qui s’indigèrent ou qui s’enivrent ne savent ni boire ni manger». On pourrait presque dire qu’il ne savent pas vivre. Heureusement, au Québec, nous avons appris à bien choisir les mets, les vins et autres boissons, nous savons aussi, que la modération a meilleur goût que l’abus.
«Le plaisir de la table est de tous les âges, de toutes les conditions, de tous les pays et de tous les jours; il peut s’associer à tous les autres plaisirs, et reste le dernier pour nous consoler de leur perte.» À un certain âge et un âge certain, on aime à relire cette sentence…
«Convier quelqu’un, c’est se charger de son bonheur pendant tout le temps qu’il est sous notre toit». Voilà qui donne à réfléchir, mais que cette maxime ne vous empêche pas de convier parents et amis à partager l’un ou l’autre de vos repas durant cette période des fêtes.
ROGER CHAMPOUX
Je ne sais si je fais une mauvaise action en mettant côte-à-côte deux grands, très grands commentateurs de gastronomie, deux grands chantres des plaisirs de la bonne table? Je ne peux résister à vous rappeler certains commentaires de Roger CHAMPOUX qui écrivit pendant plusieurs années de 1968 à 1981, des billets savoureux sur l’art du bien boire et du bien manger dans La Presse.
En 1986, a paru aux Éditions La Presse, un recueil de quelques 230 chroniques de monsieur Champoux. Je ne sais si le bouquin existe encore, mais si vous le trouvez, hâtez-vous de vous le procurer, c’est savoureux!…
Or une des chroniques est intitulée «L’an 200 et ses voluptés tristes». Nous sommes en l’an 2000 et les craintes du célèbre gastronome se sont quelque peu réalisées. Il craignait, en effet que la cuisine fasse de plus en plus dans la «facilité». Il
écrivait : «Je vous dirai qu’il existe trois sortes de savoir : le savoir proprement dit, le savoir-faire et le savoir-vivre. Les deux derniers dépensent généralement du premier», M. Champoux citait alors Talleyrand.
Plus loin, l’auteur écrit : «C’est à l’endroit de ses vices que l’homme est le plus sincère, (en se référant à la gourmandise). Il ajoute: «De moins en moins ‘mortelle’… la gourmandise est un gentil petit vice gai, qui ne fait de mal à personne, profite à tout le monde – de l’éleveur de bétail au garçon-serveur --, stimule les bonnes relations et constitue un élément capital du savoir-vivre.»
Je ne vous incite pas à la gourmandise, mais si vous vous targuez de savoir vivre… Bonne fin de semaine!
Jean-Gilles Jutras
Ambassadeur du vin au Québec
jgjutras@videotron.ca
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