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Jean Lapointe
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L'automne et la chasse.


Mercredi le 01 octobre, 1997

Quand arrive l'automne,il y a trois choses qui me consolent. Pas tellement que je n'aime pas la saison des couleurs, c'est que l'automne précède l'hiver et comme bien des gens de mon âge... JE HAIS L'HIVER.

Les grippes,les pieds gelés,les mains qui craquent, les lèvre gercées, l'auto qui glisse sur la route, les yeux qui pleurent, le nez qui rougit...et j'en passe.

Quand arrive la saison blanche je déprime. Heureusement il y a trois choses qui me consolent : les huîtres, le football américain et la série mondiale de baseball.

Pour ce qui est de la chasse, ça ne m'intéresse plus. Je suis allé à la grosse chasse une seule fois dans ma vie avec mon ami Alcide. Je ne l'oublierai pas de sitôt... Pas Alcide. Mon voyage de chasse.

J'eus beau lui expliquer que j'avais chassé le petit gibier une seule fois lorsque j'étais jeune et que je ne me sentais aucunement attiré par ce sport....

Je me rappelle que dans un sentier, j'avais vu un petit lièvre se lever droit sur ses pattes...les oreilles pointues...ah ce qu'il était beau. Il était tout juste devant moi. Un enfant de sept ans aurait pu le tirer sans faillir mais moi, j'eus comme un blocage. Shuttt...vas-t-en au plus maudit avant que je change d'idée." Il a réintégré le bois en s'arrêtant une couple de fois. Il se relevait sur ses pattes arrières et il me regardait droit dans les yeux. J'avais l'impression que son regard me suppliait de le laisser poursuivre son chemin... De toutes façons, pas question de le tuer et encore moins de le manger. Une indigestion de culpabilité au civet de lièvre...pas intéressé.

Alcide insistait :
«Le nord de l'Ontario, c'est le paradis des chasseurs. Inquiète-toé pas... on va avoir du fun en masse pis tu pourras manger de la viande sauvage à volonté pendant tout l'hiver.»
Comme j'éprouve moins de sympathie pour un orignal que pour un lièvre et surtout pour faire plaisir à Alcide... j'acceptai.
Un beau voyage qu'il m'avait dit...! J'avais quasiment hâte!

Un beau voyage? La misère noire! On a gelé, on a marché des milles et des milles dans la fardoche, fait du portage dans l'eau glacée puis comme j'étais un petit nouveau,rendus à destination,mes amis chasseurs m'ont intallé dans une cache tout près d'un lac.

«Bouge pas d'icite» qu'Alcide m'avait dit...
J'ai pas bougé...j'étais pas capable, j'étais gelé ben raide! J'ai gelé tout rond... au début.

Ce ne fut pas tellement long; je me suis réchauffé..à ma façon. J'avais pris la peine de m'apporter une bouteille de gin avec un thermos d'eau chaude.
Comme je craignais d'attraper une bonne grippe,je me suis fait des grogs.. Trois onces de gin, deux cuillèrées à soupe d'eau chaude. Au bout d'une couple d'heures,je n'aurais même pas été capable de tirer une vache à vingt mètres... Même s'il n'y avait eu qu'une seule vache, moi j'en aurais vu deux. et sans doute, j'aurais tiré entre les deux.

Lorsqu'en fin de journée, mes compagnons sont venus voir comment j'avais vécu cette première journée de chasseur oublié,je n'étais pas en mesure de leur dire quoi que ce soit d'intelligible.

J'avais pourtant passé une maudite belle journée...tout seul avec mes pensées, mon gin, ma carabine accotée sur une roche...elle n'était même pas chargée. Mieux encore, je n'avais pas eu froid...au contraire, j'avais chaud...mieux,... j'étais chaud...très chaud.

Alcide et son chum Johnny ont dû faire un gros effort pour me transporter au chalet.
Je me suis couché immédiatement et dès le lendemain matin, nous étions déjà sur le chemin du retour.
«T'as tout "fucké" notre voyage... me reprochait mon ami Alcide... Dire que Jean Guy aurait tout donné pour être des nôtres...mais comme tu as décidé de venir...j'ai dû le laisser de côté.» Finalement nous sommes arrivés à la maison où nous sommes entrés pour manger une petite bouchée.

Jean Guy nous attendait. Loin d'être de mauvaise humeur, il nous annonce que la veille,au petit matin, il avait tiré un orignal à deux kilomètres de chez-lui et un chevreuil en fin d'après-midi...

Je revois encore le visage d'Alcide qui rallongeait au fur et à mesure que Jean Guy nous racontait son exploit.

Alcide est rentré chez-lui à peine quelques minutes plus tard. Johnny l'a suivi de près en compagnie de Jean Guy. Moi, je me suis endormi, il faisait encore clair.

Juste avant d'écrire ces lignes, en mangeant deux douzaines d'huîtres, j'ai regardé le match de baseball présenté à la télé. Les Indians de Cleveland viennent de remporter la victoire aux dépens des Yankees de New York 7 à 3. Attaboy... je déteste les Yankees et surtout leur propriétaire... George Steinbrenner,le grand responsable des salaires inflationnistes au baseball. Oups...Excusez-moi...Le téléphone sonne...

"Allo, c'est Alcide...je t'appelle pour te dire qu'il me manque un gars pour le voyage de chasse dans le nord de l'Ontario cette année... Asteur que tu ne bois plus, aimerais-tu te ressayer une deuxième fois?" J'ai raccrohé...sans mot dire...!


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