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Jean Lapointe
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Dimanche le 01 décembre, 1996
Des événements un peu particuliers ont marqué mon enfance...
A l'âge de 8 ans, durant mes vacances d'été, je me suis fracturé le poignet gauche à deux reprises, ainsi que la mâchoire.
Quelques années plus tard, au sein du duo Les Jérolas, avec Jérôme Lemay, je suis entré à l'hôpital St-Luc pour des examens de routine.
Je ne me sentais pas très bien. J'étais revenu de Floride plus blanc qu'avant de partir alors que Jérôme était noir comme ça ne se peut pas. Il en était même presque bleu.
Nous ne vivions pas aux mêmes heures. Jérôme fréquentait les plages de la Collins Avenue alors que moi, je fréquentais les clubs de la même avenue.
Il se couchait vers minuit alors que je m'apprêtais à sortir. Souvent, le matin, je rentrais lorsqu'il se réveillait. Le soleil et la plage pour lui. Les clubs et les filles pour moi.
Je suis revenu de la Floride, plus fatigué qu'avant de partir. Belles vacances !
Comme je ne voulais pas être seul pendant trois jours à l'hôpital, j'ai convaincu Jérôme de passer un check up lui aussi. Ça ne lui tentait pas.
-Je n'ai jamais été si en forme. Je ne veux pas aller à l'hôpital.
-On ne sait jamais. Peut-être que tu as des bobos cachés qui vont faire surface un de ces jours. Peut-être qu'il sera trop tard... À l'hôpital, on peut déceler tout ça. Souviens-toi, chez Gérard, à Québec, tu as eu un malaise avant d'entrer sur scène.
- J'avais mangé une pomme avant de faire l'amour et c'est ce qui a causé mon malaise.
- Ouais. Il y a peut-être une autre raison...
J'ai fini par le convaincre. Le jeudi suivant, nous faisons notre entrée à St-Luc.
Je m'étais découvert d'autres maladies... Claustrophobie, agoraphobie et toutes sortes d'insécurités liées à l'alcool. Nous sommes entrés à l'hôpital en fin d'après-midi. Immédiatement, on nous a donné une montagne de pilules brunes. Pendant la nuit, on a fait la navette aux toilettes. Il fallait un grand nettoyage, nous avait-on dit. Jérôme pâlissait à vue d'œil. Lui qui était entré en pleine forme allait sortir de l'hôpital malade comme un chien.
Moi, j'ai rencontré un psychiatre à qui j'ai expliqué mes phobies. Mon ami le docteur André Légaré m'avait pourtant averti...
- Tu sais, les psychiatres à St-Luc, leur dossier n'est pas trop reluisant. Plusieurs se sont suicidés.
- Bof. Pour 35$, (le prix d'une consultation à l'époque), je ne risque pas gros.
Le psy me demande si j'ai été marqué, dans mon enfance, par des événements particuliers. Je lui raconte mes fractures.
- Quel âge aviez-vous ?
- Huit ou neuf ans.
- A quel âge avez-vous commencé à vous masturber ?
-- Onze ou douze ans. Quelque chose comme ça.
C'est à ce moment là qu'est tombé la phrase fatidique...
- Je me demande s'il n'y aurait pas une relation entre le bris de votre poignet et (là il me sort un mot long comme ça) votre masturbation.
- Je n'en revenais pas.
- Docteur. J'ai des p'tites nouvelles pour vous. Je me suis fracturé le poignet gauche mais je me suis toujours masturbé de la main droite.
- Il a esquissé un sourire et je suis parti.
- Arrivé à la chambre, mon ami Légaré était en conversation avec Jérôme.
- Puis. Le psy ?
- Personne au monde n'aurait pu me faire un plus grand bien. Si lui est en liberté, si on l'autorise à pratiquer son métier dans un hôpital comme celui-ci, on n'est pas à la veille de m'enfermer dans une salle d'aliénés.
- Ça aussi c'était une de mes peurs.
Le lendemain, on quittait l'hôpital. Je me sentais très bien alors que Jérôme, bleu pâle, était en beau maudit contre moi.
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