|
|
|
Jean Lapointe
|
|
|
|
|
|
Samedi le 11 avril, 1998
J'étais en convalescence depuis plusieurs semaines et j'attendais impatiemment que le fameux chirurgien Denis Charette de l'hôpital Notre Dame me fasse signe pour enfin mettre un terme à mes interventions chirurgicales.
Je récupérais doucement dans notre logement de Ville D'Anjou.
Inutile de dire qu'après quelques semaines d'inactivités, mon compte en banque était complètement vide depuis un bon moment.
Vers dix heures en ce premier avril, je reçois un appel d'un inconnu.
- Est-ce que je suis bien chez Jean Lapointe,un des deux Jérolas?
- Oui monsieur...qu'est ce que je peux faire pour vous?
- Apparamment,vous auriez une collection de timbres à vendre?
Je n'avais pas songé à vendre mes timbres à ce moment là, mais puisque quelqu'un me proposait une transaction, je remerciai le ciel de ce téléphone qui allait me permettre d'attendre mon opération avec beaucoup plus de sérénité.
- Ecoutez monsieur Lapointe, je pourrais passer chez vous autour de sept heures ce soir... Est-ce que cela ferait votre affaire?
- Certainement monsieur. Votre nom déjà?
- Dutour.Alfred Dutour.
Après lui avoir donné mon adresse et l'avoir informé que je l'attendais gentiment, je m'empressai d'annoncer la bonne nouvelle à ma femme.
-Aye, c'est vraiment un coup de chance, le gars qui vient de m'appeler m'offre de m'acheter ma collection de timbres du Canada. J'ai la certitude d'obtenir entre trois et quatre mille dollars.
- Tous tes timbres sont éparpillées dans différents albums. Si tu veux obtenir un bon prix pour ta collection, il faut y mettre de l'ordre, me dit ma femme, encouragée par la tournure des évènements.
Subito Presto, ensemble, nous plongeons dans la bibliothèque et faisons notre grand possible pour mettre le plus d'ordre dans le fouillis indescriptible de mes timbres.
Un sandwich rapide pour dîner et jusqu'à dix huit heures trente, nous arrivons avec un effort incroyable à organiser une belle petite présentation.
Nous n'avons pas faim pour le souper et nous attendons monsieur Dutour en espérant qu'il ne tarde pas.
Dring...dring...Dans ma grande nervosité, je me dirige vers la porte.
- Ben non dit ma femme...c'est le téléphone.
Je me précipite vers l'appareil:``Allo``
- Monsieur Lapointe, je ne sais pas si vous me reconnaissez, c'est Alfred Dutour...
- Ben oui monsieur Dutour, je vous reconnais.
- Vous savez votre collection de timbres...
- Oui.
- Eh ben fourrez vous la dans le c....
J'entends des éclats de rire qui fusent derrière la voix de Dutour... et ce polisson me raccroche la ligne au nez.
Moi qui d'habitude a un bon sens de l'humour, j'avoue qu'en quelques secondes, il s'était évaporé quelque part dans la nature.
Je raccroche... bouche bée.
Ma femme qui n'était pas loin me voit pâlir.
- Qu'est ce que tu as? Tu te sens mal?
- Non , je suis plutôt en tabarnakkkk.Le gars des timbres...c'était une farce. J'aurais bien dû m'en douter.
Ma femme éclate de rire augmentant ainsi frustration.
- Sais-tu quelle date nous sommes?
- Je m'en fous pas mal de quelle date nous sommes.
Elle n'a pas cessé de rire une seconde.
- Nous sommes le premier. Poisson d'avril.
Je ne la trouve pas drôle du tout.
Elle me sert un café et au bout d'un certain temps, je réalise:
- J'aurais dû m'en douter.Avec un nom comme Dutour.
Je n'ai pas tellement bien dormi cette nuit là, mais on dirait que le goût des timbres m'est revenu le lendemain.
J'ai terminé ma convalescence en jouant dans mes timbres.
Aujourd'hui, je regarde mes petits morceaux de papier avec un sourire au coin du coeur et je ne peux m'empêcher de leur dire...
Heureusement que je ne vous ai pas vendus cette année là, je le regretterais aujourd'hui.
Plusieurs mois plus tard, je découvrais l'instigateur de ce coup là: un bon vieux chum, Claude Bélair.
Aujourd`hui, lorsque l'on se retrouve, il en rit encore...et finalement, moi aussi.
|
|
Recherche dans
Jean Lapointe
|
|
|
|
|
|
|