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Jean Lapointe
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Alcide chez les stripteaseuses


Jeudi le 01 août, 1996

Depuis le début de 1996, Jean Lapointe a écrit des dizaines d'histoires savoureuses dans Planète Québec. En voici une très spéciale. ;-)


Ce matin je suis très fatigué.

Jusqu'aux petites heures cette nuit, j'ai écouté mon ami Alcide (pour ceux qui lisent ma chronique, vous vous souvenez du cheval qui " driftait ". Ben, c'est le même bonhomme).

Il était dans tous ses états. Et pour cause.

-Qu'est-ce qui t'arrive Alcide? T'as pas l'air dans ton assiette. Envoye raconte. Aie pas peur, je suis ton ami et un ami c'est fait pour ça... Qu'est-ce qu'il y a qui ne va pas?

-Tout a commencé à l'heure du souper vendredi. Tu connais ma femme.

-Ben sûr que je la connais. Qu'ossé qu'elle t'a fait encore, c'te folle-là?

Parle pas de même de ma femme, elle a quand même des qualités.

-O.K. excuse-moi. C'est juste que j'ai un peu de misère avec elle... Continues.

-Bon. Voilà...
Contrairement à son habitude, elle me sert un bon dry martini, avant le repas... J'ai pas besoin de te dire que je sentais qu'il y avait anguille sous roche. Elle se faisait ratoureuse puis, finalement, au beau milieu du repas, elle me glisse gentiment: " Tu sais mon trésor, j'ai des amis qui m'ont dit qu'elles allaient occasionnellement Chez Paree avec leurs maris. Tu connais ça Chez Paree...le club de stripteaseuses. "

-Ouais, que je lui ai répondu vaguement, en faisant l'hypocrite... J'en ai entendu parler.

Elle enchaîne...
"Les autres femmes m'ont dit que lorsqu'elles revenaient à la maison, après avoir passé une couple d'heures à regarder de si beaux corps, leurs maris retrouvaient leurs élans sexuels des beaux jours. Alors j'ai réservé deux places pour onze heures, ce soir... Qu'en dis-tu?"

Il me regarde d'un air ahuri...

-Qu'ossé que tu voulais que j'y dise? J'avais pas vraiment le choix.
" C'est ben correct ma chérie... On va voir les danseuses nues... Mais je te préviens, moi ça ne m'excite pas tellement. Enfin, si ça peut te faire plaisir..."

-T'es pas un peu menteur sur les bords? Tu connais Chez Paree comme le fond de ta poche. "

-Attends la suite... Vers dix heures trente, le taxi était devant la porte. En arrivant au club, il y avait une ligne d'attente qui n'en finissait plus. Le grand Roger m'aperçoit.

" Tiens! Si c'est pas mon ami Alcide. Je te donne la meilleure place disponible. "

Ma femme, qui n'est pas complètement folle, attend qu'on soit assis pour me faire la remarque suivante:
" Tu connais ce gars-là? Coudonc, c'est curieux... Tu ne m'en as jamais parlé. "
J'invente la réponse suivante:
-Je connais Roger depuis 50 ans. On allait à la petite école ensemble. Je ne pensais jamais qu'il était devenu portier. "

Ma femme ajoute:
" Tu devais être bien ami avec lui.. On est quasiment assis sur la scène. On pourrait même toucher les danseuses... "

-J'ai pas dit un maudit mot.

-Je trouve que tu t'en es bien sorti.

-Ouais... Cinq minutes plus tard, Gigi, la vendeuse de cigarettes, s'approche...
Je fais semblant de ne pas la voir. Naturellement c'était plus fort qu'elle. Sans s'occuper de ma femme, elle me tend un paquet de ma sorte préférée et, avec son plus beau sourire..
" Tiens mon beau Alcide. C'est dix piastres, pourboire inclus. "

-Testament... Ta femme, telle que je la connais, elle t'a sans doute sacré une claque sur la gueule!

-Non. Pantoute. Elle est restée digne dans l'adversité. Elle a attendu que je paie les maudites cigarettes, et lorsque Gigi est disparue de l'autre bord du club, sans même me regarder, elle a passé la remarque suivante:
" Je suppose que t'es allé à la petite école avec elle?
J'ai encore inventé une histoire.
"Non, mais elle travaille de jour au café tout près de mon bureau, c'est pour ça qu'elle connaît ma sorte de cigarettes. "

-Mais pourquoi elle t'a fait ça, Gigi? Elle voyait bien que tu étais avec quelqu'un.

-Ben, c'est que je suis sorti avec elle une couple de fois. Lorsqu'elle me voit avec une autre femme, elle fait toujours ce petit manège. Une douce vengeance. Elle croyait que c'était juste une autre fille. Un peu plus, elle ajoutait: " On les choisit moins jeunes asteure, hein ".

-Une chance qu'elle n'a pas dit ça. Ta femme l'aurait mordue. Encore une fois, tu t'en es pas mal tiré.

-Ouais, si ça avait fini là... Mais la grande Vicky, tu sais la reine des danseuses nues, juste au moment de son apothéose finale, me lance ses petites culottes en me disant:
" Je te les offre avec mon plus beau souvenir. "

-Inutile de te dire qu'on n'a pas vu la danseuse suivante... Pire encore... En sortant, ma femme, avec son plus beau sourire, demande à Roger:
" Vous deviez être pas mal tannants tous les deux à la petite école? "

Roger qui n'est pas cave et qui se doute bien que celle-là, c'est ma légitime, répond du tac au tac:
" On en a fait des coups pendables, hein Alcide? "
J'étais content jusqu'à ce que, l'air de ne pas y toucher, ma femme lui demande:
-Au fait, quelle école fréquentiez-vous?

Le grand Roger a failli s'étouffer avec sa cigarette, mais je l'ai trouvé vite en maudit lorsqu'il a répondu:
-L'école buissonnière!

Ma femme ne l'a pas trouvé drôle... Moi oui!

-La cerise sur le sundae, je l'ai reçue en plein visage pendant le trajet du retour à la maison. Alors là ma femme s'est défoulée...

- Menteur... Tu connais tout le monde Chez Paree. Et depuis des mois et des mois tu me fais croire que tu travailles au bureau jusqu'aux petites heures, alors que tu passes ton temps dans ce milieu infect... T'as pas fini avec moi... Tu vas payer pour...

Le chauffeur de taxi haitien qui était demeuré silencieux pendand cette pluie d'injures, se retourne, et lance avec son beau sourire:
-Hé mossieur Alcide, vous avez fouappé le gwos lot ce soir. Elle est plutôt agwouessive celle-là. Moi, à votre place, je rewoutenais au club m'en dénicher une nouvelle. Sinon vous risquez de passer une mauvaise nouit.

Eh bien, la mauvaise nuit, c'est avec moi que mon ami Alcide l'a passé. Vous comprenez pourquoi je suis si fatigué ce matin.


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