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Jean Lapointe
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Mardi le 01 septembre, 1998
- Il faut dabord vous extraire les dents, ensuite vous porterez une prothèse durant quelques mois et puis, lorsque vos gencives seront complètement guéries, nous vous intallerons vos implants.
Depuis le temps que j'ai mal à la gueule, il n'en faut pas plus pour annoncer au docteur que ma décision est prise.
- Quand vous voudrez!
Sous anesthésie légère on libère ma bouche de toutes mes douleurs.
Au retour à la maison, encore sous l'effet des gaz joyeux, la gueule ensanglantée, édentée, je me surprends à chanter la toune d'Édith Piaf.."Non, rien de rien...non, je ne regrette rien...Ni le bien qu'on m'a fait...ni le mal....tout ca m'est bien égal".
J'aurais jamais dû chanter ça...
Lorsque les gaz et la gelure sont disparus, je n'avais plus le goût de chanter...mais pas du tout.
Quelques semaines plus tard, mon beau sourire est réapparu... mais il était faux.
Les mois s'écoulent et malgré de nombreux efforts, je n'arrive pas à manger avec mon dentier.
Y'a du lousse dans la cabane...surtout dans la cave.
C'est celui du bas qui ne tient pas en place.
Difficile de mordre dans un morceau de pain lorsque vos dents d'en bas sont pognées dans le pain.
Donc pour faire une histoire courte, lorsque vient le temps de manger en privé, j'enlève mes dents.
Beau paysage!
J'ai l'air d'une vieille tapette en rabette.
Cependant,lorsque je fais des monologues à mes proches, sans mes dents, ils pouffent de rire à s'en étouffer.
Mon fils Jean-Marie me supplie de développer un personnage pour la scène.
Devant la réaction des miens, j'ai travaillé la dessus et j'en ai développé deux.
Le premier se nommait "5 Dents Lauzon" et celui que je joue actuellement sur scène avec mon vieux complice Jérome Lemay, est un vieux boxeur du nom de "Lefty Lauzon".
Pourquoi Lauzon...je ne le sais pas...comme ca.
Le public s'amuse en masse et comme je possède un bon sens de l'humour, je ne me formalise pas du tout de venir sur scène la bouche vide de dents.
Mais le problème survient lorsque je dois manger.
Quand je suis avec des amis, je ne me gêne pas pour enlever mon ratelier pour manger.
En public, c'est une autre question.
La plupart du temps, je me contente de manger du mou.
Patates pilées, tomates bien mûres, potages en purée...etc.
Lorsque je suis entrouré d'amis, il m'est arrivé quelques aventures avec mon beau dentier.
Surtout au golf.
Comme je ne mange jamais le matin, je joue mes premiers trous l'estomac vide mais en arrivant près du 9 et demi, je me commande toujours un bon lunch pour manger sur le parcours.
Un jour, mon ami Michel Leclair qui partage la voiturette électrique avec moi, me demande du feu.
- T'as juste à prendre mon briquet dans le petit compartiment.
Comme j'apporte toujours mon fameux petit sac en plastic transparent où je serre mes dents lorsque je mange sur le parcours, il dit en me montrant le dentier:
- Es-tu fou...je ne veux pas me faire mordre.
Une autre fois, au onzième trou, j'annnonce à mes amis que j'ai perdu mes dents sur le dixième.
Nous cherchons partout pendant au moins une bonne dizaine de minutes pour finalement réaliser que je les avais en bouche.
Cette fois là, j'étais pas tout seul dans la lune.
La dernière, elle m'est arrivée récemment au club de golf Royal Sherbrooke.
Puisque j'avais une faim de loup, je me commande deux sandwichs au oeufs, une frite et un café.
La préposée dépose ma commande dans une petite boite en carton et inutile de vous dire que rendu au onzième trou, mon lunch est terminé.
Mon ami Brian s'empresse de jeter la boîte en question dans la petite poubelle jaune qu'on retrouve à chacun des trous.
C'est en réussissant mon coup roulé pour un oiselet que je me mets à sourire à pleine dents.
Ben... c'est une manière de parler.
Je m'apercois que j'ai perdu mes dents encore une fois.
- Où as-tu jeté la boîte en carton Brian? que je lui demande...inquiet.
- On n'a pas le choix, il faut retourner sur le tertre de départ...la boîte en question est dans la poubelle.
Le foursome qui nous suit s'informe de quoi il s'agit...
- Je cherche mes dents...Elles sont dans le panier.
Je n'ai jamais entendu un éclat de rires aussi fort de toute ma carrière d'artiste.
Tout ceux et celles que je fréquente régulièrement ont, un jour où l'autre cherché mes dents.
Même le maire de Sherbrooke, Jean Perrault a vidé les poubelles chez mon ami Brian Allen pour retrouver mes dentiers.
Cette fois là, ils étaient dans la sacoche de ma femme!
Aussitôt la carrière de "Lefy Lauzon" terminée, je cours chez le docteur Rancourt pour qu'il me pose des implants!
Je suis tanné de faire rire de moi.
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