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Jean Lapointe
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Samedi le 03 octobre, 1998
Aujourd'hui premier octobre...
Chez-nous y mouille à scieaux....Je déprime à vue d'oeil...
Je n'ai rien de drôle à raconter...
Les arbres de couleurs vives ne me font pas rire.
Ça commence à sentir l'hiver
Pis l'hiver moi personnellement, je pourrais m'en passer.
Revenons à nos moutons...BÊÊÊÊÊÊÊÊ
Quand y mouille, je ne peux m'empêcher de penser à ma grosse Bertha.
Lorsque j'avais une vingtaine d'années, je travaillais comme pianiste de bar à l'Hôtel National, à Waterloo.
Mon amie Bertha était toujours assise au bar...Six soirs par semaine.
De plus, au moins trois fois par soir, elle payait la traite à tout le monde.
Tout le monde aimait la grosse Bertha.
Elle était comme disait le patron, responsable de mon salaire.
Je l'aimais bien ma grosse Bertha...mais elle avait toujours le vin triste.
Vers dix heures tous les soirs, elle s'appuyait sur le piano et me suppliait de lui jouer La Sonate à la Lune de Beethoven.
"Jean, joue moé la Sonate à la Lune...je t'en supplie..."
Étant donné qu'elle arrivait toujours avec un bon scotch double pour moi, il m'était difficille de lui refuser quoi que ce soit...puis en plus, à la quantité d'alcool qu'elle consommait, je ne doutais pas des paroles du patron.
Alors je m'exécutais...
Je n'avais pas joué cinquante notes de la Sonate, qu'elle se mettait à pleurer...
En la voyant peurer comme une Madeleine, je pleurais avec elle.
Nous étions trois à brailler.
Y'avait Bertha, moé pis Beethoven itou.
Parce que de la manière que je la jouait sa Sonate, il devait en brailler un coup.
Pourtant ma Bertha, elle avait de beaux yeux...mais ils étaient toujours pleins de pluie.
Ses yeux me faisaient penser à l'automne quand il pleut.
Un bon soir alors que nous étions tous les deux passablement éméchés, elle se confia à moi.
- Tu sais mon Jean, lorsque je pleure au son de la Sonate à la Lune, je ne suis pas vraiment triste, c'est que cette musique me rappelle ma grand maman.
Pauvre grand maman, elle est partie tellement vite.
On habitait en ville dans un sixième étage et puis un bon soir, elle a décidé d'aller voir dehors....On a jamais su qu'est ce qu'elle était allé voir dehors...mais elle a pris une maudite débarque.
Elle n'était pas belle à voir rendue en bas.
Elle qui n'était pas tellement jolie en haut.
Trois semaines avant son grand départ, elle avait gagné un concours de rattatinerie à Granby.
Elle avait battu la Poune par un pli.
Le concours avait été vraiment serré.
Le soir de sa grande envolée, j'étais triste à en mourir.
Je l'aimais bien ma grand-maman.
Puis, quelques temps plus tard, je l'aimais davantage.
Au moment de la lecture de son testament, je devenais sa seule héritière.
Plus de trois millions de dollars pour moi toute seule.
C'est suffisant pour aimer sa grand mère encore plus.
- Et comme La Sonate à la Lune était sa composition musicale préférée, lorsque tu la joues, je pense à elle. Et comme c'est grace à elle si je peux venir ici tous les soirs me consoler à ma manière, je me dois de te demander de jouer la Sonate.
Un bon soir, alors qu'elle était appuyée sur le piano d'Alcide, le piano s'est écroulé!
J'avais juste eu le temps de l'éviter.
Alcide était en beau maudit... Son vieux piano à queue venait de jouer ses dernières notes.
Depuis longtemps qu'il voulait transformer son piano bar en discothèque, l'occasion était trop belle.
Il a poursuivi Bertha et celle-ci ne voulait pas régler à l'amiable.
Savez-vous ce qui est arrivé?
Elle a acheté le bar, installé un piano à queue tout neuf, suivi des cours et depuis ce temps-là, c'est elle qui à tous les soirs vers dix heures, joue La Sonate à la Lune pour les quelques clients qui l'écoutent religieusement.
Les clients sont mieux de l'écouter sinon, finis les traites générales de dix heures moins cinq!
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