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Louise Turgeon
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Message subliminal. Les bottes du chat botté sont rouges (Gilles Théberge)


Dimanche le 10 avril, 2005

MESSAGE SUBLIMINAL
« les bottes du chat botté sont rouges. »
Je répète : « les bottes du chat botté sont rouges. »


Le saviez vous ? Pourtant nous en avons eu une éclatante illustration cette semaine, pour peu que l’on suive le moindrement l’actualité.

Le chat botté, sympathique filou, tout droit sorti de l’imaginaire de Charles (Chuck) Perreault, réussit jadis à procurer à son maître fortune, gloire et même la fille du Roi, par un ensemble de subterfuges dont il s’est révélé être virtuose.

Perreault était un génie du conte. Celui d’aujourd’hui nous vient platement de la prodigalité libérale à l’égard des fonds publics.

C’est, en tout cas, l’impression qui me reste après l’entrevue accordée par Alain Renaud ex-consultant de Groupaction à un journaliste de Radio-Canada cette semaine.

Au cours de cette entrevue, le jeune homme en question avait chaussé ses bottes de chat en lançant aux monarques télévisuels que nous sommes quelques pincées de poudre de perlimpinpin. Selon le Larousse, la poudre de perlimpinpin était autrefois vendue comme remède miracle par les charlatans.

Peiné sans doute de voir jour après jour ses amis libéraux souffrir, le chat s’est dit en son for intérieur : « Parbleu! Il me faut absolument trouver un baume pour recouvrir les plaies purulentes de mes amis libéraux. »

S’inspirant de son ancêtre le chat de Perreault, celui de Groupaction dit alors candidement à l’intention des monarques qu’il savait le regarder de leurs yeux rivés à l’écran de leur télévision : « Voyez, même les séparatistes ont reçu de l’argent de Groupaction. »

Au moins 50 000 $, a dit le chat qui était maintenant devenu culotté en plus d’être botté.

«Ah! Ah! », s’est aussitôt écrié Paul Martin qui était bien à la télévision, mais ce n’était pas une pub de Pharmaprix.

« Ah! Ah! », s’écrie donc Paul Martin, « vous autres aussi vous en avez eu de l’argent sale le Bloc ».

N’étant avare de rien, le chœur libéral fit ensuite chorus pour amalgamer le PC à ce scandale affreux, l’accusant même de s’allier aux séparatistes.

Les conservateurs ne pouvaient évidemment pas en rester là. Il leur fallait se démarquer pour leur clientèle électorale du Roc. Ils ont alors répliqué en demandant si, finalement, les argents des commandites n’avaient pas tout bonnement abouti dans les coffres du Parti Québécois.

Subito presto, quelques libéraux, n’ayant pas encore totalement sombré dans l’absurde et flairant sans aucun doute quelque danger, ont finalement admis qu’il s’agissait d’allégations et que de toutes façons, il fallait attendre les conclusions du juge Gomery.

Alléguer, comme vous le savez, c’est prétexter ; ce n’est pas prouver.

Finalement, le juge Gomery a levé l’interdit de publication sur une part importante du témoignage du Marquis de Carabas.


Dans les bribes de ses propos qui sont rendues publiques qu’apprend-on ? On apprend que les bottes du Chat botté sont bel et bien rouges en effet et qu’il se trouvait en bonne place au centre du groupe sélect de larrons qui, sans que vous ne le sachiez, consacraient votre argent à sauver le Canada.

C’est ce qu’ils appelaient la cause.

Fausses factures, faux emploi, collecte de fonds, promesses de lendemains qui chantent assaisonnés de tordage de bras qui sait, tout y passe.

Mais Marquis Brault en rajoute sur ce que son compagnon le chat avait dit. Des contributions politiques ont aussi été acheminées vers le PLQ sous forme de frais de consultation, afin de ne laisser aucune trace. En avez-vous assez entendu ?

À Québec, on est devenu, pendant ce temps, bien silencieux. Serait-ce que nous ne savons pas tout?

Mais nous savons désormais que les sommes remises au Parti Libéral du Québec proviendraient du programme des commandites et qu’elles auraient transité via le Groupe Everest. N’est-ce pas chez Everest que le frère du Premier ministre Charest a déjà été employé ?

Et ce n’est pas fini!

Notre chat botté aurait aussi fait partie de la commission de financement du PLQ.Tiens tiens !

Ne pourrait-on croire que les révélations du chat botté au sujet du Parti Québécois seraient d’abord et avant tout une habile manœuvre de diversion ? Évidemment, notre chat botté reste fidèle à la cause et, pour ce faire, il veut bien ennuyer le PQ.

De Québec ou de Rome, la réaction des ministres du gouvernement Charest est sobre.

En effet, si des compagnies ont contourné la loi qui régit le financement des partis politiques en faisant contribuer leurs employés, comment le savoir vraiment ?

Et le directeur général des Élections a toute la marge de manœuvre voulue pour faire enquête s’il juge bon de le faire.

Cependant, pour aller plus loin et savoir s’il y a eu collusion, il faudrait scruter chaque contribution individuelle et faire des recoupements. Comment savoir en effet s’il y a eu collusion à moins d’entreprendre une enquête ?

La question est de savoir s’il y a lieu d’entreprendre une telle enquête au Québec. Est-ce pertinent ? Et surtout, quel groupe parlementaire en sortirait les mains totalement blanches ?

Il ne faudrait pas, par ailleurs, que ce nouveau scandale occulte le principal : celui qui nous fait comprendre que le Parti Libéral de Jean Chrétien a prétendu, pendant plusieurs années, que la fin justifie les moyens, compte tenu de la cause qui était, comme on le sait, de sauver le Canada.

Mais les moyens changent parfois la fin.

Et si à la fin, cela faisait que les Québécois en concluent qu’ils n’ont rien à attendre d’une structure politique qui ne les sert pas et qui même les méprise au point de tenter de leur faire croire qu’on peut acheter leur appartenance rien qu’en prononçant comme un mantra le nom béni qu’ils doivent vénérer ?

Quoiqu’il en soit, retenons l’essentiel : « les bottes du chat botté sont rouges. »


GILLES THÉBERGE
L'ÉPICENTRE


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