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Louise Turgeon DE TOUT DE RIEN
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Vendredi le 10 juin, 2005
Nul autre que le Parti Québécois n’excelle autant dans sa capacité de générer un psychodrame. Le conseil national en a fait la preuve en fin de semaine dernière, en créant les conditions gagnantes pour ceux et celles qui voulaient se débarrasser de Bernard Landry. Ce faisant il a plongé le mouvement souverainiste dans la stupeur et l’a de facto précipité dans une course à la chefferie dont il aurait pu se passer. Tant et si bien que l’on est parfois tenté de dire : maudit PQ !
L’avenir nous dira s’il s’agit d’une énième balle auto-tirée dans le pied par ce parti qui a parfois des allures de tireur fou. Ce pourrait être le cas dans la mesure où l’exercice conduit à une démobilisation plutôt qu’au renouvellement espéré, au moment où s’annonçaient ce qu’ailleurs on appelle si joliment « des lendemains qui chantent ».
Avouons-le, nonobstant ses états de services, la seule candidate déclarée ne suscite pas spontanément un enthousiasme débordant. Mais ce n’est pas le plus grave. Le problème qui se révèle, c’est que la solution de rechange au chef démissionnaire interpelle fortement le chef du Bloc, Gilles Duceppe.
L’avenir du Québec n’est pas à Ottawa, mais il passe par Ottawa qu’on le veuille ou non. La présence du Bloc à la Chambre des communes et son action efficace depuis plus de dix ans commencent à porter fruit. N’est-ce pas le seul groupe parlementaire sur lequel les québécois savent pouvoir compter en tout temps pour défendre résolument leurs intérêts ? N’est-ce pas le seul parti qui n’est pas inféodé aux intérêts coast to coast du ROC ? N’est-ce pas le Bloc qui, à force de persistance, a permis de déterrer le déshonorant scandale des commandites ? N’est-ce pas lui qui donne des sueurs froides à la cohorte de libéraux arrogants, accrochés au pouvoir, malgré le fait que tout le monde sait, et eux aussi, que celui-ci n’est que légal et n’a plus de légitimité ? C’est pourquoi, il importe que la réplique aux Martin, Lapierre, Coderre, Robillard et autres centralisateurs, continue de s’exprimer avec force dans cette enceinte, tant que la question nationale ne sera pas réglée à l’avantage du Québec.
En politique, l’image et le message sont intimement liés. C’est le chef qui en est le fer de lance. Dans le contexte fédéral actuel, on peut être optimiste sur l’issue du prochain vote au Québec, mais il ne faut pas le prendre pour acquis. Or, Gilles Duceppe incarne de plus en plus et de mieux en mieux le message souverainiste dans l’univers politique fédéral. Ouvrir une course à la chefferie au Bloc alors que se profilent des élections fédérales, peut-être même au début de l’automne, pourrait affaiblir considérablement le camp souverainiste. Changer le porteur du ballon au milieu de la mêlée pourrait s’avérer être une erreur funeste. Sans compter que rien ne prouve que le chef bloquiste serait élu chef du Parti Québécois au terme d’une campagne, dans un parti frère sans doute mais différent.
C’est entre autres pourquoi monsieur Duceppe devrait renoncer à s’inscrire dans cette course à la chefferie du Parti Québécois qui risque d’affaiblir le Bloc à une période cruciale, sans pour autant avoir l’assurance qu’il ait le temps de s’installer pour faire face à une élection précipitée ici même au Québec. Il devrait rester à Ottawa dans la conjoncture actuelle parce que les risques pour l’ensemble du mouvement souverainiste sont trop grands.
Et puis, si une période d’ajustement, avec ce que cela comporte, devait être nécessaire à la fois au Bloc et dans l’Opposition officielle au Québec, pensez-vous que les adversaires de la souveraineté hésiteront le moindrement à profiter de cette faiblesse, fut-elle passagère ?
On dit que monsieur Landry songerait à revenir sur sa décision et à se présenter lui-même à sa propre succession. Ce n’est pas une mauvaise idée. Cela permettrait de mettre un point final au grenouillage qui ne cesse de se manifester depuis le départ de Lucien Bouchard. On voulait une course à la chefferie, on l’a maintenant. Et si Bernard Landry relevait le défi mettant fin à une incertitude désastreuse et qu’il la gagnait ? Ne serait-ce pas là le bon moyen de remettre le mouvement souverainiste sur ses rails et lui permettre de se consacrer enfin serein, pleinement, à la lutte qui constitue l’essence même de son existence.
GILLES THÉBERGE
L'ÉPICENTRE
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