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Louise Turgeon DE TOUT DE RIEN
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Mercredi le 23 mars, 2005
Chez nous, toute la neige de l’hiver est tombée la semaine dernière. Conditions idéales pour le pelletage.
À ce compte un prospect se dégage de la masse et montre un certain talent. Je ne devrais pas le nommer pour que vous ne le sélectionniez pas dans votre équipe avant que j’aie eu le temps de le faire...
Mais je suis généreux et je vais vous le dire quand même : il s’agit de Jean-Marc Fournier, fidèle parmi les fidèles de Jean Charest.
Le ministre Fournier donc vient de lancer une énième crise sociale avec sa proposition tarabiscotée, tordue à souhait, assaisonnée de raisonnements abscons, tout ça à une masse d’étudiants de plus en plus sceptiques, et qui semblent savoir compter.
Comme quoi, malheureusement pour lui, on ne fréquente pas impunément l’école. Songez-y, la semaine dernière à Montréal il y avait parmi les manifestants des étudiants en médecine de l’Université de Sherbrooke, des étudiants de Mc Gill, et l’on nous apprend que pour la première fois de son histoire, les étudiants des cycles supérieurs de l’Université Laval viennent de se joindre à la coalition.
Ainsi donc, 103 millions de vos beaux dollars sont passés illico de l’état de bourses à l’état de prêts.
Mais comment ça marche le programme de prêts et bourses ?
C’est simple, l’argent est prêté par les banques mais garanti par le gouvernement qui paye les intérêts pendant les études. En soustrayant les 103 millions, c’est donc une économie nette de 103 millions que fait le gouvernement.
Qui paye? Ce sont les plus pauvres de la société parmi les étudiants qui rembourseront les prêts, c’est-à-dire les 103 millions plus les intérêts.
Mais qu’en est-il au juste de cette décision ( notons-le, il ne s’agit pas d’une proposition mais l’annonce d’une décision)?
Elle consiste en ceci essentiellement : remettre plus tard une partie de la dette, au tiers des étudiants qui ont droit à l’aide financière. Par conséquent, un étudiant ayant fait un parcours classique et sans faute à l’issue d’un bac aura une dette totale de onze mille cinq cents dollars selon le nouveau régime, au lieu des douze mille cinq cents dollars selon la situation prévalant avant les coupes du pédagogue, Pierre Reid.
À court terme, avec son nouveau programme le gouvernement fait des économies considérables. Ne payant plus de bourses il décaissera, mais plus tard, environ 40% des 103 millions initiaux.
Voici comment le ministre utilise la technique éculée du pelletage. Reporter la dépense dans le temps à 2009 2010 peut être habile. Après tout où sera-t-il lui à ce moment, Jean-Marc Fournier?
Depuis le début de la grève, les leaders étudiants n’ont eu de cesse de dénoncer le côté inique de la position gouvernementale, parce qu’elle laisse sur le carreau bien plus que la moitié de nos escoliers… C’est que, voyez-vous, avec ce nouveau mode de fonctionnement, il y a 65% des étudiants qui verront leur dette d’étude augmenter globalement de la somme nette des coupures de bourses soit 103 millions.
Il n’y a que le gouvernement qui se montre incapable de comprendre que quand on est étudiant dans la société québécoise, à moins de faire des études en diététique, il est plutôt fréquent que le menu de base soit à saveur de beurre d’arachide.
Entre l’indigence et la pauvreté il n’y a souvent qu’un fil ténu qui ne tient pas à grand chose. Avec moins de moyens et un avenir incertain, les étudiants d’aujourd’hui et de demain ne verront pas de sitôt leur situation s’améliorer au cours des prochaines années.
Pourtant, l’éducation n’est-elle pas définie comme étant une priorité par ce gouvernement. Or, une priorité nous rappelle monsieur Robert, c’est la qualité de ce qui passe en premier.
Faut-il comprendre que pour ce gouvernement, la priorité signifie fragiliser davantage une classe sociale qui représente l’avenir de notre société ? Il faut croire que oui, puisqu’il s’y attaque avec vigueur depuis l’an dernier. D’abord en sabrant brutalement dans la dépense, ensuite en persistant dans l’erreur.
Et il demande aux pauvres de financer les plus pauvres.
Est-ce bien aux pauvres de financer des compressions gouvernementales, alors que d’un même souffle, il nous promet des baisses d’impôts d’un milliard de dollars ?
La bataille entreprise par les étudiants et les étudiantes du Québec est juste et elle montre que cette grogne gagne en force de jour en jour. Et, semble-t-il la population est fermement derrière ses enfants.
Monsieur Fournier, après avoir pelleté ses obligations dans l’avenir, devra néanmoins nettoyer sa propre cour à court terme, s’il veut rentrer chez lui sans devoir enjamber les dégâts qui s’amoncellent et qu’il a générés par son seul entêtement.
GILLES THÉBERGE
L'ÉPICENTRE
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