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Louise Turgeon DE TOUT DE RIEN
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Samedi le 23 avril, 2005
Gilles Théberge
Doucereux, doux, onctueux, mielleux, patelin, voici, glanés dans un dictionnaire quelconque, quelques synonymes de Benoît. Est-ce vraiment le caractère de celui qui vient d’être élevé au rang de Souverain Pontife au terme du dernier Conclave?
Tout a été dit ou presque au sujet du nouveau pape. Il y a quelque temps, on nous présentait à la télévision une série documentaire sur la Sainte Inquisition et le cardinal Joseph Ratzinger y était présenté comme étant le dernier chef de cette institution. Bien qu’elle ait changé de vocable, l’organe répressif qui se nomme maintenant la Congrégation pour la Doctrine de la Foi demeure peu rassurante. On dit que son action serait fortement influencée par une puissance quasiment occulte, l’Opus Dei. Et c’est Joseph Ratzinger, devenu Benoît XVI, qui a été le préfet de cette institution au cours des quinze dernières années.
Gardien des dogmes et de la foi, chasseur d’apostats et de mécréants, la Congrégation veille. Les nouveaux Albigeois n’ont qu’à bien se tenir. Mais ce qui effraie davantage, n’est-ce pas le fait que le pape dise vouloir poursuivre dans la lignée de son prédécesseur? À ce compte, ce ne sont pas vraiment les histoires anciennes aux airs rocambolesques qui importent. Ce sont plutôt toutes ces questions restées en suspens, ces problèmes modernes qui n’ont eu de cesse de s’exprimer, devenant toujours plus aigus, année après année, tout au long du dernier pontificat.
En bonne place, il y a évidemment le rôle des femmes dans l’Église. Pour Jean-Paul II, la femme était idolâtrée en la personne de Marie. Quant aux autres, c’était, on le devinait bien, des mères éleveuses d’enfants. Et pour caricaturer un peu, disons qu’on les voyait peut-être aussi comme de bonnes repasseuses de soutanes fripées. Quand il n’y aura plus de prêtres, elles seront toujours là, prêtes à repasser leur propre robe. Imaginerait-on le contraire? Et pourquoi est-ce qu’une femme croyante et pieuse ne pourrait pas être prêtre?
La question de la procréation et du contrôle des naissances est aussi un enjeu majeur, surtout dans les pays en voie de développement. À ce sujet, l’Église reste rigide dans ses positions. Et comme les peuples les plus vulnérables sont également les plus soumis aux dictats religieux, nous assistons impuissants en ces lieux, à la croissance de la misère résultant d’une explosion mal contenue de la natalité.
C’est sans compter qu’en partie grâce à ces positions rétrogrades, on voit une Afrique se mourir de sida, alors que l’utilisation du condom pourrait éviter tellement de ces drames humains qui n’ont rien de bien spirituels.
Et puis, il y a aussi les pauvres ordinaires, ceux qui sont exploités sans vergogne par des régimes dont le propre est d’exploiter ses masses sans défense. Qu’on pense aux luttes sans fin des sans terre au Brésil, par exemple. En fait, la question est de savoir quelle est la place qu’occupent les pauvres dans la pensée et les œuvres de l’Église? Vous souvenez-vous de l’image d’un Jean-Paul II en colère, tout juste sorti de l’avion papal, réprimandant sans ménagement un pauvre prêtre sud-américain qui avait le malheur d’être identifié aux théologiens de la Libération. Et non de la Révolution comme le disait le cardinal Turcotte à la télévision la semaine dernière.
Nous savons très bien que la misère du monde est indescriptible en dehors de notre confortable hémisphère. Et c’est précisément les pauvres que fréquentait Jésus-Christ de son vivant, les pauvres et les déshérités si l’on en croit l’histoire. On n’en a pas vu beaucoup à Rome des pauvres récemment, ils n’avaient ni les moyens d’aller pleurer Jean-Paul, ni ceux d’aller acclamer Benoît.
À la place, on n’a pas manqué de voir défiler un cortège imposant de puissants, certains d’ici même, qui soit dit en passant ont tous voyagé aux frais de leur peuple… Une commandite en vaut une autre n’est-ce pas?
La liste des problèmes auxquels notre monde est confronté est longue. Elle est pour ainsi dire sans limites, et historiquement l’Église y est intimement liée. Ce que l’humanité en attend, c’est qu’elle soit partie prenante à leur solution. Au-delà de l’analyse politique qui a cours depuis l’agonie de Jean-Paul II, l’humanité souffrante aujourd’hui attend que l’Église apporte un message d’espoir et une action salvatrice. N’est-ce pas ce que Jésus avait promis? Il n’est pas certain que le dogmatisme traditionaliste et radical affiché par Jean-Paul II au cours de son pontificat ait vraiment produit cet effet. Malgré les apparences.
Le défi de Benoît XVI est là, tout entier. Ou bien il maintiendra une ligne dogmatique cassante, ou bien il se révélera capable de compassion. En un sens, nous verrons s’il prend acte du fait que nous sommes tous entrés dans un nouveau millénaire, et que les problèmes de demain, auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui, ne peuvent être résolus avec les solutions d’hier…
Nous avons connu un pape de transition il n’y a pas si longtemps. Le bon Pape Jean XXIII. Et si Benoît XVI nous faisait la bonne surprise de nous montrer que Dieu a bien entendu la détresse de l’humanité!
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