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Louise Turgeon
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Philippe premier - Gilles Théberge


Samedi le 02 avril, 2005

Le temps passe et les événements désastreux se succèdent.

De gros nuages lourds planent, de plus en plus denses, de plus en plus sombres, au-dessus de la tête de Jean Charest.

La marche arrière est devenue le mode de conduite de son gouvernement et, à ce titre, il a maintenant atteint sa vitesse de croisière.



La grogne populaire s’est exprimée à l’encontre d’une bonne partie de l’équipe ministérielle qui ne sait plus où donner de la tête.

Jacques Chagnon est tombé dans les limbes de l’oubli suite à l’étalement de son incompétence dans l’affaire de Kanesatake, Sam Hammad l’a suivi avec l’affaire du Suroît, les agriculteurs ne s’ennuient pas de Françoise Gauthier et la photo de Pierre Reid sert, paraît-il, de cible dans les clubs étudiants. De son côté, Jean-Marc Fournier risque de subir le même sort d’ici quelque temps.

Le seul qui semble conserver à peu près intacte sa crédibilité est le ministre de la Santé et des Services sociaux, le bon docteur Couillard.

On se souviendra que récemment les étudiants se sont rendus à son bureau pour demander qu’il fasse entendre raison au gouvernement auquel il appartient. De là à ce que, dans certaines officines partisanes, son image commence à se propager au fond des bols de soupe de certains, il n’y a qu’un pas que plusieurs pourraient bien avoir franchi en douce.

Le Parti libéral en est un de pouvoir. Essentiellement, c’est un parti qui carbure au pouvoir avec tout ce que cela représente.

L’état de l’opinion publique est par conséquent en passe de devenir une préoccupation importante pour les bonzes du parti et les partisans qui voient s’amenuiser de mois en mois la chance d’obtenir d’ici deux ans un deuxième mandat.

Jusqu’à présent rien ne transpire vraiment. Sauf qu’il serait fort étonnant que derrière certaines portes, on n’ai d'ores et déjà commencé à entendre certains murmures.

D’autant plus que les étudiants sont en passe de mettre le ministre Fournier dans les câbles.

Le rapport de notre société à l’éducation est un enjeu capital qui ne peut se limiter à des opérations comptables. C’est un contrat social qui doit se définir à la faveur d’un véritable débat de société et non par le biais d’un rapport de force trivial.

L’analyse apparente que fait le gouvernement présentement est une tragique erreur de jugement autant que d’appréciation de ce que nous sommes collectivement.

Et puis ce n’est pas fini, d’autres affrontements se préparent puisque le renouvellement de la convention collective du secteur public mijote depuis maintenant trois ans. Le feu couve et les étincelles verbales jaillissent de plus en plus nettement de la part de certains leaders syndicaux.

Si, comme on peut le prévoir, le combat qui se dessine sera costaud, ce pourrait être la goutte qui fait déborder le vase de la patience, débordement que le parti a tenté de contenir depuis les derniers mois.

Pendant que le premier ministre cafouille à répétition, le ministre Couillard de son côté gagne pratiquement tous ses combats avec apparemment une déconcertante facilité.

Son dernier triomphe, et non le moindre, est d’avoir réussi sans faille à imposer le « 1000, Saint-Denis » pour la construction du nouveau CHUM.

Dans moins de temps que l’on pense, Philippe Couillard apparaîtra comme l’incontournable sauveur libéral, la bouée de sauvetage de ce gouvernement qui commence à ressembler au Radeau de la Méduse.

Devant l’inévitable, Jean Charest, larmes aux yeux et main sur le cœur, nous dira à quel point sa famille a besoin de sa présence.

Le couronnement de Philippe premier n’est plus qu’une question de temps.

Si la nouvelle est bonne pour les uns, ce n’est pas de très bon augure pour le Parti québécois. On se rappellera que, dans les années 1990, le départ subit et imprévu de Daniel Johnson suivi de l’arrivée de Jean Charest avaient fouetté les troupes libérales et fait trembler leurs adversaires.

Dans les mois qui viennent, qui voudrait être dans les souliers de Bernard Landry?


GILLES THÉBERGE
L'ÉPICENTRE

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