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Connaissez-vous monsieur McCuaig? / Gilles Théberge


Lundi le 28 mars, 2005

Connaissez-vous monsieur McCuaig?


Moi, je ne le connaissais pas jusqu’à ce que je reçoive une gentille lettre de ce monsieur le mois dernier. Permettez-moi de vous le présenter: M. McCuaig, Cameron de son prénom, est le vice-président du Service à la clientèle de Bell Mobilité. Récemment donc, M. McCuaig m’écrivait pour m’annoncer une bonne nouvelle intitulée: Changements et améliorations apportés à votre service mobilité prépayé de Bell.

Depuis quelques années, je possède un téléphone cellulaire que j’utilise selon mes besoins. La meilleure formule pour moi est d’utiliser des cartes prépayées de 10$ par mois, pour un total de 120$ par année. C’est un service d’appoint. Il y a quelque temps, désolé de perdre un solde inutilisé pour avoir oublié d’appliquer une carte au bon moment, j’ai opté pour un renouvellement automatique sur carte de crédit. Plus de problèmes, plus d’erreurs, un contrôle efficace de la dépense et l’accumulation assurée d’une banque de temps d’antenne utile en cas de besoin.

Mais là, M. McCuaig m’a considérablement refroidi en annonçant qu’à compter du 31 mars, le temps d’antenne non utilisé sera échu… Et ainsi de suite à chaque mois, malgré l’ajout automatique de la banque de temps.

Après vérification, ma banque s’établit présentement à 35$. Si je suis le raisonnement de M. McCuaig, le 31 mars prochain les 35$ que j’ai payés s’effaceront et un nouveau montant de 10$ sera prélevé sur ma carte de crédit. Par conséquent, j’aurai payé 45$ et je ne disposerai que de 10$. Pas de problème, me dit M. McCuaig, si vous dépensez votre temps d’antenne, votre compte sera regarni de façon automatique à même votre carte de crédit. Et dans un élan de magnanimité, il m'accorde, écrit-il, 5$ supplémentaires de temps d’antenne gratuitement. Non mais, on me prend pour une valise ou quoi?

Voilà selon moi un exemple patent de malhonnêteté intellectuelle. La plupart des gens qui, comme moi, utilisent un téléphone cellulaire avec des cartes prépayées le font parce qu’ils ont identifié correctement leurs besoins. Ils utilisent leur appareil cellulaire comme un service d’appoint ou de sécurité. Ils aiment pouvoir compter sur une certaine banque de temps d’antenne, une marge de manoeuvre qui, en certaines circonstances, peut s’avérer utile, voire nécessaire. Mais entre vous et moi, en temps normal, quand bien même on me donnerait cinq ou dix dollars supplémentaires, ça ne fera pas que j'utiliserai davantage mon cellulaire. Et si je n’ai rien à dire à personne, est-ce que je vais téléphoner à M. McCuaig pour m’enquérir de sa santé?

Le but de Bell Mobilité est clair. Il s'agit de créer ou de stimuler artificiellement l’utilisation de l’appareil afin de faire plus d’argent. Mais au-delà de cet aspect qui en soi est légitime, le fait d’anéantir régulièrement le temps d’antenne payé mais non utilisé est un abus dont je cherche vainement le nom. À la limite, je me demande quelle différence il y a entre faire ça et plonger sans vergogne sa main dans la poche de quelqu’un pour y prendre son argent? Est-ce que le mot pour désigner cette pratique ne commencerait pas tout simplement par la lettre "V"?

J’en conclu qu’on est en train de rire de moi. Et comme disait Léo Ferré: « On peut rire de moi, ça dépend de quel rire ». Je ne trouve pas drôle le rire de M. McCuaig. Semble-t-il que je ne suis pas le seul. En effet, je lisais dans le journal La Presse, édition du jeudi 17 mars page A-14, que Mme Nicole Racine de Laval aurait fait la même analyse que moi et qu’elle en serait arrivée à la même conclusion. Elle n’a pas aimé non plus le rire de M. McCuaig, tant et si bien qu’elle a entamé des démarches de recours collectif à l’encontre de Bell Mobilité. Son intention est de faire reconnaître qu’il est illégal pour Bell Mobilité de "s’approprier sans compensation et sans droit des sommes qui ont été payées au fil des ans par ses clients".

L’enjeu est important comme vous pouvez en juger. Si, comme moi, vous payez régulièrement du temps d’antenne, que votre compte est actif et que vous accumulez ainsi du temps d’antenne, de quel droit Bell Mobilité peut-il vous priver de ce qui vous revient. Ce temps d’antenne vous appartient, vous l’avez payé en dollars véritables. Seul l’arbitraire ou l'appât du gain peut dicter une telle action de la part de Bell Mobilité et, en cela, les puissants sont habiles à les utiliser quand ils se sentent assez forts pour le faire sans coup férir.

Si vous avez reçu cette lettre, sachez que vous pouvez obtenir plus de renseignements sur la démarche de Mme Racine en vous adressant au cabinet d’avocats chargé de cette affaire. Il s’agit de messieurs Belleau et Lapointe que vous pouvez joindre à l’adresse suivante: BELLEAU LAPOINTE

J’ignore ce qu’il adviendra de cette affaire. Je sais une chose cependant: lorsque nous avons de bonnes raisons de nous sentir lésés, il est de notre devoir de réagir. C’est un droit individuel et c’est un devoir citoyen


GILLES THÉBERGE
L'ÉPICENTRE

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