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Louise Turgeon DE TOUT DE RIEN
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Jeudi le 29 janvier, 2004
Filipo aimait beaucoup aider son père au moulin.
Il amenait l'âne jusqu'à la meule, l'attachait solidement, fixait devant lui le bâton au bout duquel pendait la carotte providentielle. Il lui suffisait alors de donner deux petits coups secs sur le dos de l'âne pour qu'il démarre.
La bête poursuivait sa lente course à la carotte
jusqu'au soir pendant que Filipo rêvassait, étendu sur les sacs gonflés de farine.
Ernesto, son père, portait les gerbes de blé dans la remise et vérifiait de temps à autre les rouages de l'immense moulin.
Le jeune garçon trouvait bien bête l'âne qui courait inutilement jour après jour après une carotte qu'il n'attraperait jamais.
Un soir, alors que l'âne finissait, épuisé, son dernier tour et que Filipo aidait son père à rentrer des gerbes, il fit cette réflexio :
"Tout de même, c'est bête un âne: tourner en rond
toute la journée, dans la chaleur, sans manger, ni boire, et pour une carotte qu'il n'attrape jamais. Il faudrait me donner cher pour prendre sa place!"
Le père de Filipo lâcha sa dernière gerbe, mis ses
mains sur ses hanches et toisa son fils : " Et crois-tu que nous sommes si différents de lui? Nous travaillons aussi dur, jusqu'à la nuit. Alors seulement nous rentrons, nous mangeons, nous montons nous coucher et là, avec un peu de chance, nous rêvons que la vie est facile, qu'elle nous donne tout à profusion sans que nous ayons besoin de travailler. Mais le matin, notre dos endolori et nos mains
calleuses nous rappellent combien éloignée est la carotte et qu'il faudra bien longtemps avant que nous puissions l'atteindre. "
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Notre société est-elle si différente de la situation
décrite dans cette courte histoire? Nous courons
inlassablement vers la réussite qui comblera nos désirs, vers la richesse, vers le confort.
La carotte? Ce sont les publicités, les devantures, le discours des marchands de rêve qui nous incitent à consommer.
Ne vaut-il pas mieux ramener nos ambitions et nos
désirs à des objectifs plus réalistes pour les satisfaire plus sûrement ?
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"La satisfaction intérieure est en vérité ce que nous pouvons espérer de plus grand"
Spinoza
CLUB POSITIF
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