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Louise Turgeon DE TOUT DE RIEN
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Jeudi le 03 mars, 2005
On travaille pour l'intérêt public / Texte de mon ami Gilles Théberge
C'était bien la dernière chose à dire, mais il l'a dite. Et c'est probablement ce qu'il pensait vraiment. La preuve en est qu'il a été expulsé du cabinet. Je ne sais pas si ça vous arrive, mais je me demande parfois si c'est bien vrai, s’ils pensent vraiment ce qu’ils disent, quand des politiciens annoncent leurs intentions dans différents dossiers.
Mon questionnement se formule comme suit : quelle part de ce qu’il dit est vraiment le fond de sa pensée?
C’est un peu cynique direz-vous. Malheureusement, c’est à cela que nous en sommes réduits. Une espèce de cynisme par défaut comme une police de caractère par défaut. Parce que dans les faits, vous avez certainement remarqué qu’entre les annonces des politiciens et leurs résultats, la réalité est toujours passablement différente.
Ici, la déclaration de l’ex-ministre ne souffre pas d'équivoque : "Quand on fait le budget du Québec, dit-il, les orientations ne sont ni trop économiques ni trop sociales. Il y a que 80% de la population gagne 30 000$ ou moins. C’est à eux qu’il faut penser." Puis, il a laissé tomber avec l’assurance de César franchissant le Rubicon : "Dans un gouvernement, on ne travaille pas pour un parti, on ne travaille pas pour un premier ministre, on travaille pour l’intérêt public." La question est de savoir si, cela dit, le député trouvera maintenant l’eau trop froide.
Notez que sa déclaration par rapport au budget de l’État québécois ne donne pas de détail quant au résultat réel escompté. Par comparaison, pensons au budget fédéral qui vient d’être déposé. Les baisses d’impôt claironnées par le gouvernement risquent de vous décevoir, s’établissant à quelques misérables dizaines de dollars de plus dans vos poches. Quant à la déclaration de monsieur Séguin, c’est clair, elle frappe l’imagination, la mienne, la vôtre aussi sans doute. On aime bien ça les déclarations qui mettent sur la table les tripes de nos principes. Le député d’Outremont, il faut lui rendre justice, a toujours démontré beaucoup d’intérêt pour les petits que nous sommes.
Mais la réalité finit toujours par rattraper les héros, et c’est probablement ce qui est à l’origine de sa deuxième déclaration concernant ses orientations politiques futures. Alors qu’on lui demandait s’il était toujours fédéraliste, la réponse de monsieur Séguin se fait cette fois moins limpide, et pour cause. Citant l’ambigu premier ministre Bourassa après l’échec de Meech, le député a déclaré : "Quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, le Québec est et sera toujours une société distincte, libre de ses choix et capable de son développement" (sic).
Quinze ans plus tard, nous, qui lui avons survécu, savons maintenant que Robert Bourassa maîtrisait à la perfection l’art de souffler le chaud et le froid, l’un ayant l’air de l’autre et vice versa. Il n’y eut pas de référendum, et ces apparences de fermeté se perdirent dans les embruns de sa personnalité complexe.
En sera-t-il de même du député d’Outremont? Après avoir démonté savamment les mécanismes pervers du déséquilibre fiscal inscrit dans les gènes du régime fédéral, le député sera-t-il capable de tirer la ligne? Sera-t-il capable de conclure, et d’aller au bout de la logique qui l’anime depuis des années? Ou bien finira-t-il par rejoindre le club des fédéralistes fatigués tel Léon Dion qui l’était tellement, qu’il n’aura jamais été capable de franchir le dernier pont…
Dans le contexte d’un déséquilibre fiscal patent, aller au bout de son raisonnement, ça se traduit comment dans les faits? Est-ce que contribuer à sortir le Québec de la maison de fou dont parlait René Lévesque, une fois qu’on a compris qu’il n’est pas dans notre intérêt d’y rester, ce ne serait pas ça, travailler pour l’intérêt public?
Restons prudents. Avant de commander le ciment pour construire le socle de sa statue, attendons de voir de quel côté du clocher, le coq d’Outremont va maintenant se tourner.
GILLES THÉBERGE
L'ÉPICENTRE
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