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La rumeur - Un texte de Gilles Théberge


Dimanche le 04 septembre, 2005

" Un kamikaze ! ", s’écria un petit farceur sur le pont de Bagdad où défilaient des milliers de fidèles venus rendre un hommage posthume à un Imam célèbre. Sur le coup de cette rumeur, la panique s’installe. La foule est immature comme disait l’autre. Elle éclate alors au pas de course, piétinant femmes et enfants surtout, tandis que d’autres se précipitent dans l’eau pour échapper au danger. Résultat : plus de 800 morts.


Est-ce là la nouvelle mouture de l’action terroriste ? On crie simplement au loup, et nos ennemis meurent tout seuls sans qu’on doive élever autre chose que la voix, comme Josué faisant s’écrouler les murs de Jéricho au son de la trompette.

La rumeur, l’imagination, quelle puissance.

Un autre exemple éloquent de ce principe nous est gracieusement donné au sujet du prix de l’essence. Il y a dans le prix du pétrole, disaient encore récemment certains analystes, une prime à la spéculation. Elle s’établissait à environ 20 dollars le baril il y a quelques semaines à peine, alors qu’il franchissait ses premiers sommets historiques.

Mais les choses ne traînent pas en ce domaine. Le moindre événement réel ou appréhendé crée la panique dans le poulailler. Et si le président Bush avait la diarrhée hein? Et si le Prince Charles devenait Roi ? Et si Saddam s’échappait de sa taule ? "Tacou ?" s’écrie tout à coup un courtier. "Oui, tacou que ! " lui font écho le chœur des complices, prédateurs déguisés en courtiers, à la solde des pétrolières

Comme si elle était devenue la substantifique moelle du commerce, la rumeur s’impose en tant que principe régulateur du marché. Il y a quelques mois à peine, l’on considérait raisonnable une certaine marge, excédant le prix de production du baril. Ce principe étant bafoué, il est devenu obsolète. Comment pouvons-nous concevoir que ceux qui tripotent les prix avec une facilité déconcertante puissent revenir à des pratiques plus acceptables?

Quoi d’autre que la rumeur peut expliquer la croissance indécente et immorale des prix à la pompe à laquelle nous assistons impuissants. Impuissance amplifiée par le fait que les politiciens qui prétendent avoir réponse et solution à tout se révèlent curieusement impuissants. Évitons les raccourcis, mais réalisons tout de même qu’eux-mêmes sont pour l’instant hors d’atteinte. Qui va payer l’essence du Prince Consort au cours des quatre prochaines années ? Celle de Martin ? Et celle de Charest ? Poser la question c’est y répondre : c’est nous tous qui allons payer, pour eux et pour nous.

Faut-il alors s’étonner d’entendre leurs raisonnements techniques dépourvus de toute compassion pour le bon peuple désemparé qui n’a pas le choix de se déplacer pour se rendre au travail ou répondre à d’autres impératives obligations ?

Et pourtant, malgré tous les avatars le pétrole est là et restera en quantité suffisante pour répondre aux besoins de la population et de l’activité économique. La preuve en est que vous pourrez en obtenir à souhait à la simple condition de vider votre escarcelle dans la tirelire des pétrolières.

L’essence nous est essentielle. Pourtant, une crise née de rumeurs, craintes et d’angoisses fabriquées de toutes pièces permet à une industrie sans éthique et sans encadrement, d’exploiter de façon indécente des populations otages de la vie moderne.

Dans un tel contexte, il est choquant d’entendre les politiciens faire la morale au peuple et leur dire de réduire leurs transports…. Vous qui connaissez votre situation, comment choisiriez vous de leur répondre ? Claque derrière la tête ou coup de pied au… ?


GILLES THÉBERGE
L'ÉPICENTRE


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