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| Un Jour à New-York.... |
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Mercredi le 12 janvier, 2005 |
Renaud a l’impression de regarder un film qui se déroule au ralenti. Bill Yale est face à lui, à moins d’un mètre.
- Hi, Rino, prononçant le e comme un i.
Renaud est totalement subjugué. De toute sa vie il n’a vu des yeux et un sourire semblables.
Des yeux d’un bleu gris acier, des yeux qui vous parlent et vous écoutent en même temps. Des yeux qui semblent tout saisir d’un seul coup d’œil. Un regard limpide, franc, inquisiteur, curieux et attachant.
Le sourire n’est pas en reste. Une dentition parfaite. Des dents d’une blancheur inouïe. Un sourire qu’on ne peut voir qu’à la télé avec trucage pour la publicité.
Tout en lui serrant la main chaleureusement, du même geste Bill pose le bras gauche sur les épaules de Renaud et amorce le pas vers son bureau.
Renaud est incapable de dire un mot, il est ébloui. Il ne voit personne d’autre. Il a l’impression que le monde s’est arrêté et que le personnage qui est devant lui n’a aucun autre intérêt dans la vie que son invité.
Tout en s’assoyant mécaniquement dans la chaise face à son hôte, Renaud est également fasciné par la pureté du visage. Aucune ride, aucune imperfection.
-Reno, j’aime votre projet. « I like it, I take it » ( j’aime, je prends) dit Yale d’un ton enthousiasme accompagné d’un sourire auquel on ne peut répliquer.
Renaud n’est pas sans remarquer par contre le timbre de voix particulier de Yale. On dirait Donald Duck, se dit-il.
-Qu’est-ce que ça veut dire, demande hésitant Renaud, I like it, I take it.
-Ça veut dire que vous n’avez plus à chercher, que l’avenir s’annonce extraordinaire pour vous. Je m’occupe de vous Reno. Le futur prend forme aujourd’hui Reno. Vous avez devant vous en personne, le plus grand avocat au monde.
Brusquement Yale quitte sa chaise et grimpe d’un seul bond sur son bureau. Il met la main droite dans la poche intérieure de son veston et en ressort un porte-documents miniature. Il place le bras en l’air en se tenant sur la pointe des pieds pour se grandir.
D’un geste sec et rapide laisse tomber et défiler jusqu’au plancher, une série de cartes insérées et reliées individuellement dans un plastique.
Toutes ces cartes Reno, sont les cartes d’affaires des plus grosses sociétés au monde. Ce sont mes clients.
Yale laisse le tout tomber par terre, l’une des jeunes femmes s’empresse de tout ramasser.
Yale reprend place dans son fauteuil. Les bras repliés, il pose la tête entre ses mains. Sans regarder qui que se soit :
-Esther, vous m’appelez immédiatement Denver, vous Sherley, Philadelphie, Jane vérifiez d’abord les heures là-bas et vous me contacter Londres, Anthony, vous savez qui je vais vous demander d’appeler .
-Monsieur Friello, est aux îles Fidji jusqu’à la fin du mois, répond le jeune homme en complet gris.
-Vous me le rejoignez là où il peut être, enchaîne Yale.
Grace, je vous confie notre ami à Fort Lauderdale. Judy, ils ont trois heures en moins à Los Angeles, vous me le rejoigner avant l’heure du lunch là-bas.
Il nous faut du monde à nous, c’est un excellent projet, j’en suis abousourdi, termine Yale.
Abasourdi, monsieur Yale, abasourdi dit Anthony à mi-voix.
Yale n’a pas semblé vexé ou gêné.
Vous avez sûrement très faim Reno, Ted va vous amener manger de la soupe à la tortue, elle est vraiment excellente.
Ted, tu amènes notre invité à l’un des meilleurs restaurants de New-York, The Bluegreen Tavern.
- « The best in the world » ( c’est la meilleure au monde ), rajoute Ted.
-La soupe ou la taverne, interroge Renaud?
-Ted, as-tu remboursé les billets d’avion de Reno.
Ted, met rapidement la main dans sa poche et sort une liasse de billets.
-Tu lui mets le double, renchérit Yale, pour les petits extras.
Ted retient une légère grimace.
-Merci, dit Renaud, mais ce qui m’intéresse c’est le projet, c’est pour ça que je suis venu jusqu’ici.
-Mais je vous ai déjà dit Reno, «I like it, I take it». Tout est réglé, la seule chose que je vous demanderais de faire, c’est qu’aussitôt de retour chez vous, vous nous prenez rendez-vous avec le président de la plus importante banque canadienne. Il serait préférable de faire des affaires avec une banque canadienne, on économisera trente pour cent sur chaque dollar à cause de la dévaluation.
-Mais comment je fais, demande Renaud.
-Vous lui dites simplement que vous appelez de ma part, BIll Yale, c’est tout, Bill Yale. Ensuite vous me confirmez la date et l’heure du rendez-vous. Il ne faut pas mettre les présidents de banque sur un pied d’estrade!
-Pied d’estale, monsieur Yale, d’estale, lui souffle à nouveau le jeune Anthony.
-Reno, enchaîne Yale, en contournant son bureau, j’ai été ravi de vous connaître. Vous êtes un jeune homme qui me plaît beaucoup d’allure. Vous allez adorer la soupe à la tortue.
Yale face à Renaud le prend par les épaules et l’embrasse sur le front. Avant que Renaud n’aie le temps de réagir ou même de dire un mot, il se retrouve dans le passage.
Ted et Renaud ne se sont pas adressé la parole depuis qu’ils ont quitté le bureau de cet étrange avocat.
Une fois dans la rue, Renaud jette un dernier coup d’œil à l’édifice.
Ted le tire de sa torpeur en lui criant :
-Monte dans ce taxi, le compteur roule déjà.
Renaud laisse tomber un, bonjour monsieur, en français au chauffeur du taxi.
Bonjour à vous, lui répond le chauffeur, au grand étonnement de Renaud.
-Mais vous parlez français, réplique Renaud, incrédule.
Oui, misieu, je suis du Zaïre, à New-York depuis vingt-deux ans et lorsque j’ai l’occasion de tomber sur quelqu’un qui parle français, ça me fait grand plaisir.
-Ferme ta gueule de babouin, dit Ted, et «speak white» si tu veux dire quelque chose, nous allons au Blue Green Tavern, en lui faisant signe d’avancer.
Le chauffeur jette un coup d’œil à Ted par l’entremise de son rétroviseur.
-Vous auriez pu y aller à pieds, réplique le chauffeur, c’est à peine à un kilomètre d’ici.
-Stop, crie Ted, nous allons marcher si c’est tout prêt, pourquoi je ferais gagner de l’argent à un bâtard comme toi.
Le chauffeur peut lire dans le regard de Renaud. Mille excuses ...
Le chauffeur lui adresse un grand sourire, habitué à cette jungle, l’agressivité verbale d’un client ne semble pas l’affecter outre mesure.
À peine à cent mètres du restaurant, Renaud fait la remarque à Ted, que malgré l’heure tardive, on semble faire la queue à l’entrée.
-C’est un endroit très populaire, mais tu vas voir ce que j’en fais de la queue, dit Ted, je meurs de faim et je n’ai pas de temps à perdre.
Sans hésiter Ted passe devant tout le monde. Un peu gêné Renaud suit à quelques mètres derrière. Renaud décide d’attendre sur le trottoir pendant que Ted, sans aucune hésitation grimpe la dizaine de marches qui conduisent à la porte d’entrée du resto. Sans comprendre ce qui se dit, Renaud voit Ted gesticulé avec le portier. Ce dernier lui fait signe de monter à son tour.
-C’est un endroit très populaire, mais tu vas voir ce que j’en fais de la queue, dit Ted, je meurs de faim et je n’ai pas de temps à perdre.
Sans hésiter Ted passe devant tout le monde. Un peu gêné Renaud suit à quelques mètres derrière. Renaud décide d’attendre sur le trottoir pendant que Ted, sans aucune hésitation grimpe la dizaine de marches qui conduisent à la porte d’entrée du resto.
Sans comprendre ce qui se dit, Renaud voit Ted gesticuler avec le portier. Ce dernier lui fait signe de monter à son tour.
0Heureusement que vous aviez une réservation, lui dit le portier, sinon y avait une bonne heure d’attente. Le seul petit problème, monsieur, c’est que votre ami ne peut entrer, vêtu de cette façon. Mais la maison sait faire, on va lui prêter, une chemise, une cravate et un veston. C’est par respect pour les autres clients...
Renaud pouffe de rire, lorsqu’il voit arrivé Ted à la table.
Le col de la chemise est trop petit pour être attaché, les boutons de la chemise ont peine à rester boutonnées sur son gros ventre. Un veston à carreaux verts, dont les manches s’arrêtent entre le coude et le poignet. Pour faire encore plus chic, un nœud papillon rouge écarlate.
-Ne te fous surtout pas de ma gueule, fait Ted, comment veux-tu manger dans une tenue pareille. Regarde, comment veux-tu que je porte une fourchette à ma bouche, il m’est impossible de plier le bras, c’est trop juste.
-Une soupe à la tortue avec une paille devrait faire l’affaire dit Renaud en riant, ce sera plus long... mais une tortue c’est pas pressé.
Ted fouille dans sa poche de pantalon et en sort un canif suisse.
-C’est le meilleur outil au monde, dit Ted, tout le monde devrait en porter un sur lui.
Avec la lame, Ted suit la couture qui va du revers du veston jusqu’au dessus du coude.
-Tiens, ils connaîtront mes mensurations pour ma prochaine visite s’esclaffe Ted, de sa voix tonitruante. On avale ça, Rayno et après tu sautes dans un taxi, direction La Guardia. Tu seras dans l’heure de pointe, faut pas perdre de temps et moi j’ai du boulot.
( fin du chapitre 1 )
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