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| Un Jour à New-York... |
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Dimanche le 13 février, 2005 |
Si tu te souviens Gévry, je t’ai raconté hier soir, que lors de notre rencontre à Neuilly avec Dany et Jérôme, il s’était passé un petit événement sans gravité qui allait changer le cours des choses. Toute cette histoire de Dany et Jérôme s’est déroulée dans la première semaine de février et ton père est parti trois semaines plus tard. Là je t’avoue que j’arrive à la partie la plus difficile. C’est peut-être un peu ma faute je crois, pour le reste des événements. Là a commencé une période cauchemardesque.
Mais écoute maman, je ne voudrais pas que tu sois bouleversée à me raconter un épisode de ta vie que tu voudrais oubliée, uniquement pour me faire plaisir. De toute façon, on ne peut rien changer au passé et qu’est-ce que ça pourrait m’apporter de plus dans le futur.
T’es gentil Gévry, d’avoir cette délicatesse, mais je crois qu’aujourd’hui avec le temps qui a passé comme tu dis, je peux te raconter. Non seulement je le peux, mais je dois le faire, je me dois de tout dire, surtout à toi.
Je sens que ce que tu vas me raconter est plutôt moche.
C’est le mot juste Gévry, ton père s’est envolé d’Orly le samedi midi. Bien entendu, il voulait que j’occupe l’appartement à Neuilly jusqu’à son retour. Je suis donc rentré à la maison plus que triste. Je me suis assise sur le lit et j’ai pleuré, j’ai pleuré tout ce que j’ai pu. Sur la table de nuit, il avait laissé ou oublié son eau de toilette préférée. Je m’en suis aspergé, l’effluve de ce parfum me le rendait plus présent. La journée du lendemain ne fut guère plus joyeuse. Je me rendis à mon travail le lundi matin, sans aucun enthousiasme, la journée était morne, un ciel tout gris, des nuages gris, des édifices gris, tout était gris. Je n’arrivais pas à me concentrer sur mon travail, j’avais les nerfs à fleur de peau et j’avais constamment envie de pleurer. En rentrant à la maison ce soir-là, il était environ dix-neuf heures, je suis descendu à une station de métro, je crois que c’était la station Argentine, mais ça n’a aucune importance, mais normalement je descendais à la station suivante. Je me suis dit : Je vais marcher pour entrer, ça va me faire du bien. Quelle ne fut pas ma surprise en arrivant près de chez moi d’apercevoir un attroupement de policiers ou de soldats qui bloquait l’accès à la rue. Un policier m’a demandé si j’habitais cette rue. Devant l’affirmative, il m’a dit je vais vous raccompagner.
Mais que se passe-t-il, lui ai-je demandé, pour qu’il y ait autant de policiers en tenue de combat.
C’est qu’au bout de la rue, il y a l’ambassade de l’Irak et nous sommes prévenus d’une manifestation importante devant l’ambassade ce soir. Ne vous inquiétez pas, nous sommes là pour la protection et la sécurité, ne craignez rien.
Il m’a laissé devant le portail de l’édifice. Avoir su ce qui m’attendait je lui aurais demandé de m’accompagner jusqu’à l’intérieur.
Il y a eu de la casse, de dire Gévry.
Pire que ça, aussitôt que j’ai eu fermé la porte derrière moi et avant que j’aie eu le temps de toucher au bouton de la lumière, on m’a poussé violemment. Je suis tombée par terre en me frappant durement la tête contre le mur. J’allais crier au secours lorsqu’une main rugueuse s’est collée à ma figure m’empêchant d’émettre un son.
Ferme ta gueule salope, m’a dit une voix.
C’était la voix...la voix de Gérard. J’ai failli m’évanouir. Il était entré par effraction et attendait patiemment que j’arrive. Il était passablement ivre. Il m’a avoué qu’il avait réussi à me retracer depuis deux semaines et qu’il savait que Pierre était absent en ajoutant que ça allait être ma fête. J’étais terrorisée, je dirais même paralysée.
Au même moment un policier a cogné dans la fenêtre du salon et a crié de fermer les volets.
Je me suis dis, voilà le moment, je vais à la fenêtre et je crie au secours. Je crois qu’il m’a entendu penser.
Tu vas à la fenêtre, m’a-t-il ordonné, tu fermes les volets rapidement et si tu oses dire un seul mot, tu ne reverras jamais plus ton canadien. Je sais tout sur lui.
J’ai fermé les volets sans même me rendre compte de ce que je faisais. J’étais morte d’inquiétude.
Aussitôt il m’a attrapé par les cheveux et poussé sur le canapé. Il s’est jeté sur moi comme une bête fauve et a tenté d’abuser de moi.
Pendant ce temps de l’intérieur nous entendions les cris des manifestants et j’ai entendu clairement le commandant de l’escouade antiémeute donner l’ordre de charger. Cocktails Molotov, coups de feu, pas de course, cris. Je me croyais au centre du conflit.
Loin de le calmer, la clameur semblait l’exciter davantage.
Peut-être à cause de la boisson, mais Gérard avait complètement perdu le sens de la réalité. Pour lui je lui appartenais, c’était un droit acquis. Il a même cru dans sa démence que j’y prenais plaisir. Je ne crois pas qu’à jeun, il aurait eu ce courage et je te souligne que le mot est mal choisi.
Il s’est relevé tant bien que mal, m’a fait d’autres menaces, en ajoutant que si ce n’était pas lui, ce ne serait personne d’autre.
Il a claqué la porte en disant : « Je reviens demain, ma chérie. »
Lorsqu’il a quitté, j’étais dans un état mental indescriptible.
Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Je me suis assoupi aux petites heures du matin, toujours dans la même position sur le canapé. J’étais incapable de me rendre au travail.
Tu es allé immédiatement au commissariat, s’informe Gévry.
Non,je me sentais trop humiliée et aller raconter à d’autres hommes une histoire semblable ne me souriait pas du tout. Je voyais à l’avance le genre de questions qu’on allait me poser : Vous le connaissiez, peut-être l’avez-vous provoqué, racontez-nous les détails....Je me demandais si on n’allait pas arriver à me faire sentir plus coupable que victime.
J’ai ouvert les volets sans voir les débris dans la rue, causés par l’émeute de la veille. |
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