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Un jour à New-York...
(Suite de dimanche 12/12/04)
 

Mercredi le 15 décembre, 2004


La cabine n’est pas plus propre que le lobby, les appuis-mains ont été arrachés, et le miroir du fond ressemble à un casse-tête dont la moitié des morceaux sont introuvables.
Mais qu’est-ce que c’est, 14,15,16,18. Pas de bouton pour le 17. Ils ont vraiment le 17 comme superstition. Renaud appuie sur le 18. L’ascenseur grimpe lentement en poussant des cris de douleur lorsque la cabine semble frotter sur les murs. En gémissant la porte s’ouvre au 18ième, Renaud n’ose pas s’aventurer, en tenant le revers des portes de ses deux mains, il passe la tête à l’extérieur. Sur le mur d’en face, une inscription presque effacée : Pour le 17ième, utiliser l’escalier à votre gauche.

Il revient dans la cabine et appuie le 16 ième. Même manège, même inscription : Pour le 17 ième, utiliser l'escalier à votre gauche.
Je retourne au 18 ième se dit-il, c’est plus facile descendre que monter.
L’escalier est en vieux bois décapé sur deux paliers, il longe le mur pour le deuxième palier, la rampe ou garde-fou est manquant.
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Suite de dimanche dernier.
17 ième étage, il y a bel et bien un 17 ième étage mais pas d’ascenseur pour le desservir.

Un long corridor sombre, les appartements impairs du côté gauche, le 204 devrait donc, être sur la droite. 212, 210, 208 ... 206, et plus rien. Il voit bien une porte qui ferme le corridor mais sans numéro. Renaud décide d’aller voir de plus près. Au centre de la porte un papier blanc jauni retenu par une petite broche, on peut y lire, écrit à la main 204. La peinture est écaillée à plusieurs endroits.

Délicatement il colle l’oreille gauche sur la porte, sans qu’une autre partie de son corps ne lui touche. Tout est silence, aucun bruit audible.

Vaut mieux se dit-il, attendre 9 heures et revenir. En se retournant, sa mallette donne contre la porte. Aussitôt des aboiements se font entendre de l’intérieur, si Renaud se fie à son oreille il s’agit d’un gros chien.

Renaud n’ose plus bouger... Il retient son souffle. Les aboiements cessent.

Tournant le dos à la porte, il fait un pas en avant lorsqu’il entend un claquement sec. La porte vient de s’entrouvrir, quelques centimètres seulement, du moins pas suffisamment pour voir la personne derrière.

Qu’est-ce que vous voulez! dit une voix de l’intérieur.
-J’ai rendez-vous avec mister Schawrtz, répond timidement Renaud, suis-je au bon endroit !
- « Son of a bitch » ( fils de pute ) il n’est que 7.45 du matin. Allez en face de l’autre côté de la rue, il y a un petit snack bar, on ira vous chercher, le moment venu. Et la porte se referme aussi sec.

Renaud n’insiste pas davantage et ne rajoute rien.

Un snack bar des années cinquante ou même d’avant guerre, se dit Renaud en poussant la porte d’entrée.
Cinq cabines banquettes en cuirettes usées, de couleur or et vert, deux sur le mur de gauche trois au fond faisant face à l’entrée, au centre deux tables pouvant accommoder quatre clients chacune.

Un comptoir sur la droite, onze tabourets ronds y faisant face. Deux clients y sont déjà installés, dont l’un s’est endormi, la tête en travers sur ses avant-bras.
Derrière le comptoir, une bonne femme énorme qui le regarde sans le voir.

Ses yeux sont fixés à l’horloge accrochée au mur, elle murmure quelque chose d’incompréhensible sans détourner les yeux de l’horloge comme si elle attendait une réponse magique de cette horloge.

Renaud hésite entre une cabine ou le comptoir.
-Vous serez servi plus vite au comptoir, lance la bonne femme!
-Un café, dit Renaud en prenant place sur le dernier tabouret au bout du comptoir.

-Il est fait depuis cinq heures ce matin, mais il en reste un fond, je vous l’offre gratuitement, fait la bonne femme en esquivant un demi sourire. Juste ce qu’il faut pour que Renaud s’aperçoive qu’il lui manque une dent du haut en plein centre.

-Si j’en fais du neuf, je vais être obligé de vous le charger, capiche!
-Ça va aller, madame, ça va aller.

-Si vous voulez autre chose, jeune homme, je m’appelle Jenny! Ça fait trente-cinq ans que je suis là, à me faire exploiter par un bâtard de blanc, de plus il est juif. Cette baraque pourrie, c’est grâce à moi si ça fonctionne. Tous les matins je suis là à cinq heures. Les cinq cabines sont pleines, les deux tables et le comptoir, 39 clients à part ceux qui attendent debout qu’une place se libère... Le Georges de mes deux, il s’est bien foutu ma gueule!

-Georges c’est le proprio...

-Mais non, frenchie, je parle de Georges Washington, il n’a pas pensé à moi, lorsqu’il a aboli l’esclavage... Quel salaud.
-Vous m’avez appelé frenchie!
-T’es français ou pas, avec un accent pareil, t’es sûrement pas du bronx.
-J’suis Canadien, Canadien-français ou plutôt Québécois.
-Québécois? Québécois tu dis, c’est la première fois que j’entends ça, c’est une tribu?
Et avant que Renaud ait le temps d’apporter une explication Jenny rajoute aussitôt.
-Quand je pense que nos p’tits gars se sont fait chier pour vous les Français, à la dernière guerre, le fils de ma sœur est revenu avec une jambe en moins. C’était mon filleul, une future vedette au baseball. Comment veux-tu courir les buts avec une jambe en moins, même avec un triple, on l’aurait retiré avant qu’il n’atteigne le premier but.

-Je ne suis pas très connaisseur en baseball, ajoute Renaud.
-C’est aussi bien comme ça, Frenchie, tu serais écœuré, ces gars-là gagnent des millions et des millions par année.
Des millions, je te dis, à faire quoi! A se gratter le moignon qu’ils ont entre les deux jambes et à cracher par terre. Si au moins, mon filleul avait pu en profiter.

(Suite dimanche prochain, 19 décembre.)

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