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| Un nouveau trou pour Saddam ! |
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Mardi le 16 décembre, 2003 |
Ils ont pogné Saddam! We got him, a dit le gars à tv. Et après?
On fait quoi avec lui? Bon on va lui faire un procès. Et après?
On ne pourra sûrement pas l’accuser de possession d’armes massives. On n'en n'a pas trouvé une seule. Pourtant Saddam l’avait dit plusieurs fois. Mais on ne l’a pas cru, ou plutôt on a fait semblant de ne pas le croire. Sinon, on ne pouvait attaquer l’Irak sans raison.
Malgré tout ce qu’on peut lui reprocher, à première vue, il m’a fait pitié. Un homme qui détenait les rênes de tout un pays, retrouvé au fond d’un trou. Comment peut-on en arriver là?
Si on voulait vraiment le punir, il fallait ne pas le trouver. Faire semblant de le chercher mais pas le trouver. C'eut été la façon la plus terrible de le punir. Il aurait passé le reste de ses jours, à se cacher, à se terrer, à vivre de nuit, à ne pas sortir en public, à manger à la sauvette, à se méfier de toute personne lui adressant la parole, bref, à faire une vie d’ermite. Être privé de liberté sans être en prison est encore pire que privé de liberté en prison.
En prison, on s’occupe quand même de vous. On vous apporte votre dîner, vous avez un lit pour dormir, on occupe vos temps libres. Vous avez quelqu’un à qui parler. Vous pouvez tuer le temps de bien des façons, en bricolant, en étudiant, et vous savez qu’un jour, peut-être, on va vous remettre en liberté. Mais en laissant Saddam en liberté on le condamnait
à la pire des punitions.
Cet homme est déjà cruellement puni. Il a perdu deux de ses fils, perdu le pouvoir, l’argent et la liberté. Il a 66 ans, et son avenir est de ne pas en avoir. On va le condamner à mort.
Exécution, terminé. Qu’importe le sort qu’on lui réserve, rien ne saura ramener toutes ces vies perdues, non seulement en Irak, mais partout ailleurs.
Il y a une dizaine d’années, on m’a sollicité pour aller discuter, à leur demande, avec des prisonniers à la prison de Ste-Anne des Plaines. Je me suis retrouvé autour d’une table au milieu d’une quinzaine d’entre eux. La particularité? Tous avaient tué. Tous des assassins.
Le plus célèbre était sans doute le Caporal Lortie. Assis à ma gauche, ce dernier m’a surpris par sa vivacité d’esprit, et un certain sens de l’humour. Pour chacun d’entre eux, 25 ans minimum. J’ai fait un tour de table.
- Toi, pourquoi es-tu ici?
- J’ai tué mes parents.
- Et toi?
- J’ai tué le chum de ma blonde, par jalousie.
- Et toi, ça fait combien de temps que tu es ici, et pourquoi?
-Ça fait 17 ans monsieur. J’ai tué ma belle-mère.
Tous regrettaient leurs actes, tous acceptaient leur condamnation. Ce fut une soirée riche en émotions de toutes sortes, et une expérience difficile à vivre.
Vous êtes tiraillé entre la compassion, le pardon, le désir de leurs aider à supporter cette épreuve, et la vérité implacable que leurs crimes auraient peut-être pu se produire contre un membre de votre propre famille.
Un seul d’entre eux, en retrait au bout de la table, n’a pas dit un seul mot de la soirée. Un jeune homme dans la trentaine, bonne figure, un regard franc, il portait un chandail du Canadien. Je me demandais quel geste malheureux il avait pu poser.
Intrigué, je lui ai demandé...
- Comment vous appelez-vous?
- François monsieur.
- Depuis combien de temps êtes vous ici François?
- 11 ans monsieur!
- Et qu’avez-vous fait pour vous retrouver ici?
Rien monsieur, moi je suis le gardien qui accompagne le groupe!
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