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Vivre à en mourir...
 

Lundi le 16 février, 2009



Toutes sortes de pensées me torpillaient l’esprit.
Tiens, y a mon ami Denis Lachapelle de CKAC, vingt-cinq ans, marié père d’une jeune fille d’un an. Il va à la pêche en avion, au retour son avion fait une mauvaise manœuvre et se retrouve sans dessus dessous
sur un lac. Il se sort de là, mais replonge pour dégager son frère et se noie. Son frère est toujours vivant.

J’ai aujourd’hui cinquante-deux ans, j’ai vécu plus du double que lui en nombre d’années, est-ce de la chance que faire plus qu’un autre.
Tiens, regarde-moi cette bonne femme qui traverse la rue, comment a-t-elle pu se trouver un mari ? Mal coiffée, les tétons sur le ventre, le ventre qui déborde pis, elle n’a pas de cancer elle et elle se fout pas mal que moi j’ai un cancer et un mois à vivre.

J’ai eu une longue conversation avec moi-même.
J’arrivais à m’expliquer des choses que j’ignorais.
Je regardais le ciel et j’avais l’impression que c’était la première fois que je le voyais avec un bleu pareil.

Je venais surtout de comprendre la vie dans son ensemble.
Tu viens au monde sans l’avoir demandé, tes parents ce sont eux, ce n ‘était pas ton choix. Tu vas bientôt mourir sans l’avoir demandé et ce n’est toujours pas ton choix. Mais qui décide…

J’en vins à la conclusion que je sois d’accord ou non, ce n’est pas moi qui prend la décision.
Alors pourquoi, ferais-je toute une histoire parce que j’allais mourir dans moins de deux mois. Pour qui cette situation était plus importante que moi-même.
Tiens regarde les pages de décès chaque jour dans le journal. Regarde les photos de ces gens, qui te sont tous inconnus, ils ont vécu et ils sont morts et toi tu ne t’en porte pas plus mal. Aujourd’hui, c’est ton tour…

Si tu acceptes la situation et surtout le verdict, ça devrait bien se passer.
Mais si je me rebute, je refuse, je pleure, je fais des crises, je tape sur le mur, ou autre, ça ne changera rien au verdict final.

Je quittai ce café terrasse en me disant, tant pis si tu meurs, tant mieux si tu vis, laisse celui ou celle qui prend cette décision avec son problème, ce n’est dorénavant plus le mien.
Encore mieux, oublie tout ça et vis ce que tu as à vivre.

Sans me rendre compte, je venais d’apporter à mon problème, d’abord une acceptation et ensuite une indifférence.
Pas de combat, pas de révolte, de l’indifférence…

C’est en réfléchissant à tout ça, que je compris que si nous sommes indifférent à quelque chose, ce quelque chose n’a aucune emprise sur nous, puisque nous y sommes indifférents.
J’étais heureux de ma décision et je rentrai à la maison serein.

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