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Un jour à New-York... (chapitre 2)
 

Dimanche le 23 janvier, 2005


Tu ne préfères pas que l’on cause de tout ça demain Gévry !

Si ça ne t’ennuie pas, je préférerais maintenant maman, il me semble que je sois bien disposé, d’autant plus que je n’ai pas sommeil.
Celui qui fut ton géniteur, je dis cela, parce que son rôle s’est arrêté là, avait ton âge lorsque je l’ai connu, vingt-huit ans. Moi j’en avais vingt-deux. J’étais à Paris depuis deux ans et je travaillais à temps partiel, au service des secrétaires volantes. Je travaillais trois jours semaine chez Peugeot Avenue de la Grande-Armée. Du jeudi au dimanche soir, j’étais danseuse aux Folies Bergères.

Toi, danseuse aux Folies Bergères ...
Ne fais pas cette tête là Gévry, ta mère n’était pas un boudin, surtout à vingt ans. Même qu’une fois dans un bistrot, un monsieur américain m’a suivi et a demandé au patron qui parlait anglais, s’il voulait bien lui servir d’interprète. Il voulait que j’abandonne tout pour le suivre à Hollywood et qu’il ferait de moi une vedette de cinéma comme Charles Boyer, un français qui faisait carrière aux U.S.A.
Aujourd’hui je serais américain, réplique Gévry.

Pas nécessairement, à l’époque je n’avais pas encore rencontré ton père et puis si on change quelque chose dans notre destinée, tout ce qui vient après est également différent. Tu serais toi, sans être toi, tu serais quelqu’un d’autre. Mais moi, je serais toujours la même mère. Alors j’ai dit non simplement et aujourd’hui je ne regrette rien... et puis, je n’étais pas idiote, Brigitte Bardot était une grande vedette de cinéma et elle n’avait pas eu à suivre un parfait inconnu aux U.S.A. Malgré que...et pis non, j’étais très bien dans ma peau.

À l’époque j’étais fiancé avec Gérard, un garçon que j’avais rencontré au dancing Drouot sur le Boulevard des Italiens. Il était un fan de Johnny Halliday alors que moi je n’étais pas très Halliday, je croyais qu’il avait des yeux artificiels. D’autant plus que ce garçon voulait à tout prix être reconnu comme un chanteur américain, alors que moi je préférais les chansons de Montant, Bécaud ou même Brassens. J’avais sympathisé avec Gérard parce que, je ne me souviens pas trop, mais je crois qu’il était aussi originaire de la Vendée. Ça nous faisait un point en commun, mais c’était le seul que nous avions.

Alors pourquoi ces fiançailles.
Bof, j’étais seule à Paris, il était gentil, nous allions au cinéma, au dancing et quelques fois avec la voiture d’un copain à lui nous faisions des petites balades en province. Un jour nous étions tout près de l’aéroport d’Orly, nous allions voir décollé les avions, ça nous faisait rêver, on s’est fait arrêter par un barrage de C.R.S. On a demandé à Gérard de mettre les mains sur le capot et d’écarter les jambes. L’un deux m’a dit : mademoiselle, il va vous falloir nous suivre au commissariat pour interrogatoire. La voiture de votre petit ami est une voiture volée. Gérard a écopé de trois mois de prison pour complicité. J’ai rompu avec lui. Mais lui, pas. Gérard était jaloux.

Jaloux comme un pinson, il me poursuivait partout. De plus, il lui arrivait de plus en plus souvent de prendre une bonne cuite et dans ces moments là, il devenait violent. Après sa libération à la prison de la Santé, il était devenu insupportable. Il téléphonait chez mon employeur, ou m’attendait devant chez moi. Nous avions des discussions à n’en plus finir. Un jour je me suis décidé et je suis déménagée dans un nouveau quartier. J’habitais rue Lafayette. Pendant deux bons mois, je fus sans nouvelle de Gérard.

Un soir je marchais sur la rue près de chez moi, lorsqu’un taxi s’est arrêté brusquement, Gérard en est descendu s’est dirigé vers moi et m’a giflé brutalement. Avec tellement de force que je suis tombée à la renverse sur le trottoir. Avant que j’aie eu le temps de me relever, est arrivé de nulle part, un inconnu qui a attrapé Gérard, lui a cogné dessus comme un champion de boxe et qui l’a catapulté tête première dans le taxi dont la portière était demeurée toute grande ouverte. Il m’a aidé à me relever et m’a offert à me raccompagner.

Devant mon refus, qu’il a dit comprendre, il a ajouté qu’il valait mieux ne pas rentrer immédiatement après un tel choc. J’ai donc accepté d’aller prendre un thé avec lui au bistrot d’à côté.
Nous avons parlé jusqu’à minuit. Il m’a dit qu’il était canadien.
C’était facile à deviner avec l’accent, glisse Gévry.
Non pas du tout, son français était neutre, ce sont plutôt les expressions qu’il utilisait qui m’amusait beaucoup. C’était charmant, poétique et très coloré. Même qu’un jour, à la radio, on tenait une interview avec un chanteur canadien, qui venait du Québec, Jean-Pierre Ferland.

Tu te souviens même du nom du chanteur !
Oui, pour la simple raison, que l’animateur avait demandé à cette vedette canadienne de donner sur les ondes des expressions purement québécoises, celui ou celle qui en trouvait la signification, méritait un disque de Jean-Pierre Ferland. On demandait la signification de l’expression : « être cassé comme un clou. » J’ai tout de suite appelé à la station radio et j’ai depuis un disque de ce chanteur du Québec.
C’est bien gentil d’être cassé comme un clou, mais tu ne m’as toujours pas dit ce que ça signifie, interrompt Gévry.

Ça veut dire simplement, je n’ai plus un rond, je suis fauché, tu vois, c’est joli comme expression.
Et alors ton canadien...
Bien, c’est lui qui m’a baptisé Mimi, il trouvait que Marie-Rose était trop long à prononcer et qu’en plus ça faisait vieillot. Depuis notre rencontre et pendant les trois mois qui ont suivi, on ne s’est pas quitté. J’étais sa Mimi... Ce fut les trois mois les plus beaux de ma vie. A ta naissance malgré tout ce qui est arrivé par la suite, je t’ai donné comme prénom, son nom de famille, Gévry. Je trouvais ou plutôt je voulais pour toi un prénom original probablement unique.

Ah, j’oubliais, toujours à la même époque à R.T.L. ou je crois plutôt que c’était à Europe Un, on avait fait venir un animateur canadien assez marrant, j’ai oublié son nom mais il mettait des « yabadabadous » partout...
Maman, ce qui m’intéresse , c’est de savoir ce que signifie le : malgré tout ce qui est arrivé par la suite...
Ton père, c’est bien de lui qu’il s’agit, était correspondant de presse. Il était en poste à Paris depuis septembre précédant notre rencontre. On s’est connu fin novembre. Il est reparti dans son pays la dernière journée de février. Son père semble-t-il, était souffrant. De plus son agence voulait lui confier une autre assignation temporaire. Il a donc négocié son retour sur Paris et on lui avait fait la promesse de le retourner le ou vers le premier octobre de la même année.

On s’est quitté sans se douter que jamais plus, nous allions nous revoir.
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