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| Le plus mauvais gag diffusé, Jean Pierre Ferland ! |
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Mardi le 24 mai, 2005 |
Le gag réservé à Jean-Pierre Ferland fut un succès monstre, pourtant j'étais loin d'en être satisfait. Nous avons tourné un scénario qui n'était pas prévu. Un scénario qui était à l'opposé de mes principes dans le tournage d'un gag. Je prêchais depuis toujours qu'on ne devait pas utiliser d'aucune façon un élément dramatique où le piégé y avait un rôle actif.
Pour la réalisation de ce gag, il fallait obtenir la permission de jeter des voitures à l'eau, les cours d'eau étant sous juridiction fédérale. Il fallait négocier les coûts d'utilisation du traversier faisant la navette Sorel-Berthier. Il fallait assurer la récupération des véhicules qui seraient jetés au milieu du fleuve, prévoir l'utilisation d'un hélicoptère pour avoir des prises de vues spectaculaires. Sans compter que nous avions besoin d'une centaine de figurants, prêts à jouer le jeu.
Gilles Denis était le réalisateur attitré à ce gag particulier, Gilles aimait les choses spectaculaires, il était également le réalisateur du gag explosif dont fut victime Pierre Péladeau.
Ce matin -là, tout était en place pour le tournage. Il ne manquait que l'arrivée de Jean-Pierre Ferland. Ce dernier avait été retenu à la station CJSO de Sorel, par le directeur de la station, Louis Delisle (décédé depuis) qui attendait notre appel téléphonique pour se mettre en route pour le traversier qui devait ramener Jean-Pierre.
Mais voilà qu'à la toute dernière minute, Gilles Denis vient me voir en catastrophe.
-Marcel, nous avons un grave problème, ils ont décidé (les dirigeants du traversier) qu'ils n'acceptent plus le scénario, car selon eux ça pourrait nuire à leur image.
-Quoi, nuire à leur image! Mais tout le monde sait que c'est un gag et ça va être vu comme un gag. De plus, ça fait trois mois qu'ils ont le scénario en mains.
-Ils préfèrent un bris mécanique à une grève me dit-il.
Conclusion, le scénario original n'est pas celui qui a été diffusé. Vous allez vite comprendre que le comportement de Jean-Pierre Ferland sur le traversier aurait été totalement différent.
Nous devions originalement arrêter le bateau au milieu du fleuve et là, le capitaine nous annonçait qu'il était forcé de s'arrêter car les employés ou préposés avaient décidé de se mettre en grève instantanée.
La raison invoquée, était que le gouvernement proposait la construction d'un pont ce qui mettrait fin aux opérations du traversier et par conséquent mettait en péril la conservation de leurs emplois.
Pour protester, un porte-parole des employés annonçait aux passagers qu'ils allaient jeter des voitures dans le fleuve.
Croyez-vous sincèrement que Jean-Pierre Ferland aurait dit: Allez-y, allez-y, jetez la mienne.
Jean-Pierre est un homme de caractère et je crois qu'il aurait plutôt dit: Le premier qui ose toucher à ma voiture, je lui mets mon poing sur la gueule…
Jeter sa voiture ou plusieurs voitures en guise de protestation aurait sûrement provoqué une pluie de gros mots et le déroulement du gag aurait pris une tout autre tournure.
Mais voilà, le capitaine a dit : Nous avons un problème de moteurs et pour éviter de couler nous allons procéder à un délestage en jetant quelques voitures à l'eau.
Jean-Pierre Ferland ne sait pas nager, de plus il craint l'eau.
J'imagine que, dans son esprit, il a vu l'espace d'un moment, le bateau couler rapidement et se retrouver au milieu du fleuve dans une eau froide avec une bouée de sauvetage autour du cou.
Dans son esprit, c'était quelque chose de terriblement dramatique qu'il voulait et avec raison, éviter à tout prix.
Voilà pourquoi, il a crié: Allez-y, allez-y… Jeter la mienne comme les autres.
Lorsque je me suis dirigé vers lui pour le dénouement du supposé gag, je n'étais pas à l'aise, je m'attendais au pire… Heureusement derrière moi se sont amenés rapidement Dominique Michel, Jean Bissonnette et d'autres membres de l'équipe de l'émission qu'il animait à ce moment à Radio-Canada.
Jean-Pierre Ferland a souri. Puis ce sourire timide a été suivi d'un grand sourire… de soulagement.
Il venait de vivre des moments d'angoisse terrifiants. Je n'étais pas très fier.
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