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| Un jour à New-York... |
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Mercredi le 25 mai, 2005 |
Renaud…explique-moi.
Tiens assied-toi et bois ce jus, ça va te faire le plus grand bien, lui dit Renaud.
Je n’y arrive pas Renaud, t’as pas idée de ce que je ressens, toi mon ami que je croyais dans un autre monde…
Mais, Marcel je suis dans un autre monde.
Oui, oui je sais, mais sur la terre, dire que quelqu’un est dans un autre monde, c’est qu’il est mort. Et revoir un mort qui est vivant c’est un choc émotionnel indescriptible.
Mais je ne suis pas un mort-vivant, je n’ai jamais été mort, je suis bel et bien vivant comme tu peux le constater.
Oui je sais, mais… c’est plus fort que moi, plus fort que ma raison, je vais devenir fou. Comment pourrais-je expliquer à des gens ce que je vis présentement.
Tu imagines à un dîner, je dis à des amis : Je sais que vous n’allez pas me croire, mais ce que je vais vous raconter est réel et véridique.
J’avais un ami très proche qui un jour a été porté disparu. Pendant trente longues années, je n’ai jamais revu cet ami. Puis on s’est rencontré à nouveau comme si on s’était quitté la veille.
Ces amis vont me dire, oui ce genre de choses arrive assez fréquemment, des parents qui ont perdu des enfants ou des frères et sœurs qui ont été séparés et qui se retrouvent même après cinquante ans de séparation.
Oui d’accord, sauf que moi, j’ai revu mon ami sur une autre planète, située à quatorze années lumières de la Terre. Je crois que je n’aurai pas le temps de terminer mon récit. Une ambulance sera déjà en avant de la porte pour m’amener à l’asile.
Est-ce que je peux avoir un autre verre de ce jus Renaud, il est vraiment bon et de plus j’ai l’impression que l’angoisse soudaine qui s’était emparée de moi semble diminuée. Renaud je vis quelque chose d’incroyable, je n’arrive pas… mais que je suis bête, je suis là à te raconter ce que je ressens alors que tu as déjà vécu tout ça et que c’est grâce à toi si je peux partager ces moments exceptionnels.
A bien te regarder, tu n’as pas changé du tout Renaud-Pierre, tu n’as même pas vieilli, tu me sembles dans une forme superbe, alors que moi pour la même période j’ai pris dix ou quinze kilos en plus, j’ai quelques cheveux blancs sur un front de plus en plus dégarni. Je ne fais presque plus de sport, il y a belle lurette que je n’ai pas chaussé les patins. Bien sûr, j’ai une vie normale comme tout le monde. Bureau, dossiers, maison, télé, cinq jours par semaine, du lundi au vendredi. Fin de semaine, on va au chalet. Départ vendredi soir en plein trafic avec femme, enfants, le chien, le chat, retour dimanche soir, en plein trafic avec femme, enfants, le chien, le chat. Et on recommence.
Mais là je peux dire que tu m’as sorti de mon quotidien et de la routine.
Tu sais Renaud-Pierre, souvent j’ai pensé à toi, souvent j’ai parlé de toi et souvent j’ai été envahi par le doute. S’il était vivant, me disais-je, impossible me disait ma raison, s’il était vivant il te le ferait savoir et je sombrais dans une sorte de résignation, impuissant que j’étais à élucider ce qui avait bien pu t’arriver. Vivre avec le doute est quelque chose de très lourd. Ca vous revient périodiquement, si…le fameux si…
Et quand on ne sait pas, on imagine les pires scénarios. Je me disais peut-être une bande de voyous lui ont sauté dessus pour le voler. Mais connaissant mon ami, il s’est férocement défendu pour succomber par la force du nombre et on l’a laissé là agonisant dans un endroit désert. Non seulement je le pensais, je voyais les images. Peut-être l’a-t-on drogué, pour lui enlever un organe de son vivant et le laisser crever par la suite. Je te vois, je te parle et pourtant je n’arrive pas à concevoir que tout ça est réel. Que dois-je faire Renaud ? Que dois-je penser, que dois-je dire ?
Bien écoute Marcel, je suis aussi heureux que toi de te voir à nouveau, arrête de compliquer les choses, profitons du moment de cette réunion. Après tant d’années, j’étais aussi impatient de te revoir, tu m’as beaucoup manqué… Surtout la première année où je suis arrivé sur cette planète. Mais aujourd’hui je me dois de constater que je suis davantage ummite que terrien. En fait, j’ai maintenant passé plus de temps sur la planète Ummo que sur la Terre.
Je serais incapable de retourner vivre là-bas.
Je sais que mes parents sont décédés, mais ils n’ont pas souffert de ma disparition à l’époque.
Mes amis ummites sur terre se sont occupés d’eux. Mais ce serait long et compliqué Marcel, de te faire un tableau de toute la situation vécue à ce moment-là. Ça faisait parti de notre entente, je voulais protéger d’une certaine façon les gens que j’aimais, parents, amis et même à l’occasion des gens que je ne connaissais pas.
Sans vouloir diminuer ton talent de juriste, il est même arrivé à deux ou trois reprises où je suis intervenu dans le cour de ta vie, par l’entremise de mes frères ummites en mission sur Terre.
Je te remercie pour ton aide, dois-je partager une partie de mes honoraires, demande Me Ferland ?
Toujours blagueur, mais même si ta proposition était sérieuse, elle ne servirait à rien, car ici sur cette planète, l’argent n’existe pas. Quelles sont les plus grandes sources de malheur sur Terre ?
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