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Des âmes perdues...
 

Lundi le 25 septembre, 2006


Seul, les humains ont une âme! Pas les animaux.
Facile à dire, mais comment en faire la preuve!
Faudrait aussi savoir, c’est quoi une âme, comment c’est fait une âme.

On peut dire dans mon âme et conscience.
Ça peut toujours aller pour la conscience, nous en avons une vague idée, mais l’âme? C’est où, c’est qui, c’est comment.
Ça fait quoi, à quoi ça sert.

Pourquoi les humains auraient une âme et pas les animaux.
Tout ce qui est vivant doit sûrement avoir une âme.
Parce que l’âme c’est la vie. Lorsqu’on dit d’un endroit qu’il n’a pas d’âme, on veut dire que l’endroit est mort, qu’il est sans vie.

Donc ce qui est en vie a une âme. Même une mouche a une âme.
(petite, mais quand même).
Et les vaches, et les chevaux, et les chiens, et les chats?
Justement, le chat de ma blonde Sylvie m’a fait vivre une drôle d’expérience.
Il s’appelait Gustave et il avait 19 ans.

En l’an 2000, nous habitions en banlieue de Paris (à 13 kilomètres).
Son chat Gustave, de toute son existence ne m’a jamais manifesté le moindre intérêt. Pourtant pendant les douze ans, où nous avons fait vie commune, il avait déjà sept ans lorsque je l’ai connu, j’ai toujours été gentil avec lui. Je ne l’ai jamais grondé, disputé ou même élevé la voix en sa présence. J’ouvrais la porte lorsqu’il voulait sortir, j’ouvrais la porte lorsqu’il voulait entrer. Je réouvrais la porte lorsqu’il voulait ressortir et réouvrais la porte lorsqu’il voulait entrer à nouveau.

Pas le moindre signe de remerciement, jamais. Il passait devant moi comme si j’étais une décoration. J’étais son serviteur. Les seules fois où j’avais l’impression qu’il savait que j’existais, c’est lorsque je m’assoyais dans un fauteuil en particulier, car il était convaincu que ce fauteuil lui appartenait.

Il poussait quelques grognements qui voulaient dire : pose ton cul ailleurs, bonhomme, c’est ma place.

Et un beau matin du printemps 2000, ma blonde me dit ; Gustave est malade!
Toute la partie arrière de son corps était paralysé, il ne bougeait plus.

J’ai étendu une couverture sur le gazon et ma blonde a déposé Gustave au soleil du printemps. Je crois que c’est la fin pour lui, me dit-elle. Je ne veux pas qu’il souffre. Je parle à mon chat et je sais qu’il me comprend.

Une heure plus tard, nous étions en route pour la clinique vétérinaire de Versailles à une trentaine de kilomètres de la maison.

Soudainement, en cours de route, Gustave a levé la tête et m’a regardé droit dans les yeux pendant une dizaine de secondes. Ses yeux m’ont parlé, il m’a dit merci. Merci pour toutes ces années passées, même si j’ai été chiant envers toi,
je t’aimais bien quand même.

À quelques minutes de l’arrivée, il m’a à nouveau regardé. Cette fois, c’était pour me dire, salut bonhomme, je suis au terminus de la vie, c’est la dernière fois que l’on se voit, prends bien soin de toi et de Sylvie, ma maîtresse.
Tu peux prendre mon fauteuil maintenant.

Sur le chemin du retour, nous avons fait tout le chemin, sans se dire un seul mot. Je sentais la grande tristesse de ma blonde. Elle est demeuré impassible. Pour ma part, je demeurais stupéfait et convaincu, que les deux regards de Gustave, avaient une signification particulière.

Le lendemain matin, j’étais seul à la cuisine et comme tous les matins, je me suis fait un café, j’ai pris la tasse et suis allé m’installer devant mon ordinateur.

Et là, soudainement j’ai réalisé avec stupéfaction, que j’avais la tasse du chat.

C’est à dire, une petite tasse fine de fantaisie, que ma blonde avait achetée et fait imprimé la photo de Gustave.
Il était impossible que j’aie choisi cette tasse délibérément.

Je n’étais pas au bout de mes surprises, le même soir, nous étions tous deux couchés, je venais à peine de fermer les yeux, lorsque j’ai senti les pas d’un chat au pied du lit. J’étais héberlué, à un point tel, que je me suis assis carré dans le lit. Sylvie m’a dit, sans bouger, recouche-toi, c’est Gustave.

Pendant trois soirs consécutifs, Gustave est venu faire un tour de lit.
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