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| Un Jour à New York... |
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Dimanche le 27 mars, 2005 |
Ouache, que ça sent le cigare ici ! dit une voix.
Les deux hommes dans leur conversation n’ont pas entendu l’arrivée du nouveau venu.
Bonsoir Messieurs, je suis Marcel Ferland, je me suis permis d’entrer, la porte était entrouverte. Gévry a tout juste le temps de jeter un coup d’oeil à ce nouvel arrivé, avant que ce dernier ne réquisitionne la toilette en invoquant une petite urgence du moment.
À voix basse Gévry donne sa première impression à Tom.
Allez savoir pourquoi, mais je m’étais fait à l’idée qu’il était chauve, petit de taille, portant lunettes avec un cordon de retenue.
Moi c’est le contraire, rajoute Tom, je l’imaginais plus grand, blond, veston-cravate avec un étui argent pour ses cigarettes et un fume-cigarette pour les griller.
Marcel Ferland a les cheveux clairs semés et en broussailles, un front large, un visage rond, à moitié caché par une barbe bien entretenue.
Il porte des jeans épais, une chemise à carreaux sans cravate, un veston bleu dont on perçoit la qualité de confection.
Je crois que vous êtes, Gévry, en tendant la main à ce dernier. Déduction facile, un fils est toujours plus jeune que son père, ça va de soi et le monsieur derrière vous ne peut-être autre que monsieur Niquet, un ami intime de votre père.
J’ai été moi aussi à l’époque un ami proche de votre père.
Je vous prie de m’excuser Maître Ferland, je suis un peu mal de vous déranger à une heure aussi tardive...
Je vous en prie, vous n’avez pas à vous excuser,
je n’avais qu’à trouver une excuse auprès de monsieur Niquet au moment où il m’a contacté. Au contraire, je serais même venu à trois heures du matin s’il l’eut fallu.
Un peu de porto, demande Tom en s’adressant à Me Ferland.
Non merci, dit celui-ci, je ne bois pas et je ne fume plus depuis le vingt quatre janvier dernier à cinq heures vingt de l’après-midi. Ce qui fait exactement cent sept jours et huit heures en ce moment.
Je crois, dit Tom, que vous avez peut-être arrêté de fumer, mais que vous n’avez pas oublié la dernière... Croyez-vous tenir le coup encore longtemps !
Bof... je l’espère, je ne veux plus revivre l’esclavage que j’ai connu. Je me levais la nuit pour fumer... Je faisais tout avec une cigarette. il me fallait une cigarette pour le café, une cigarette pour parler au téléphone, une cigarette pour réfléchir, une cigarette pour rédiger une simple note, une cigarette pour écrire, une cigarette pour lire, une cigarette pour toute chose que j’avais à accomplir. Sans compter le nombre de chemises et de pantalons que j’ai brûlé avec un feu de cigarette, les tapis, moquettes, tout y a passé y compris mon siège d’auto. Sans oublier le fauteuil en cuir d’un ami qui nous avait invités à dîner. Je n’ai jamais eu le courage de lui avouer...
Le pire, une certaine fois à deux heures du matin, en plein hiver alors qu’il faisait moins vingt-deux Celsius, je me suis habillé et suis sorti pour aller m’acheter un paquet, car je ne trouvais pas les miennes. Pauvre idiot, que je me disais, chemin faisant, espèce de flanc mou sans volonté... je m’abîmais d’insultes et surtout sur le chemin du retour, car le magasin était fermé bien entendu. Comment peut-on être dépendant à ce point. Enfin, c’est du passé... Mais je ne suis pas venu vous donner une recette sur la façon d’arrêter de fumer. Parlons de ce jeune homme qui est venu de France pour parler à des gens qui ont connu son père, privilège qu’il n’a pas eu.
Marcel Ferland s’exprime de façon calme et posée. Sa voix est ronde et chaude.
Vous savez mon jeune ami, le nom que je porte aujourd’hui, je le dois à l’un de vos compatriotes.
En l’honneur d’un grand champion français. Mon père était un grand amateur de boxe. À l’époque où je suis né, son boxeur préféré était français et portait le nom de Marcel Cerdan.
Alors, il s’est dit, Cerdan Ferland ou Ferland Cerdan c’est pareil et j’ai hérité du prénom Marcel.
Honnêtement je n’ai pas de talent pugilistique, mais sur le plan juridique je suis prêt à me battre pour les causes dans lesquelles je crois.
Tom Niquet, tout comme Gévry, écoute l’avocat, mais Tom est aussi intrigué à connaître davantage une partie de l’histoire de son ami Renaud disparu.
S’adressant à l’avocat Ferland, Tom lui dit :
Écoutez, je sais que vous étiez très proche de Renaud, il m’a souvent parlé de vous et peut-être vous a-t-il parlé de moi à l’occasion. Il est tout de même curieux que nous n’ayons jamais eu à nous rencontrer plutôt.
Vous savez monsieur Niquet, la vie a une façon d’agir que souvent nous nous croyons victimes de certains évènements alors que souvent et beaucoup plus tard, on se rend compte que nous en sommes plutôt les bénéficiaires. Allez donc expliquer pourquoi...
Renaud m’a souvent parlé de vous, son ami avocat, il avait beaucoup d’estime pour vous, de dire Tom.
C’était réciproque et nous avions beaucoup de respect l’un envers l’autre, une grande complicité, nous étions comme des frères. Nous partagions une passion, le golf. Je tapais la balle beaucoup plus loin que lui mais il arrivait toujours à me rattraper avec sa précision. Il était toujours droit.
Pas uniquement au golf, il l’était aussi dans la vie...
Lorsque j’ai appris par les journaux sa disparition officielle, je fus onze jours sans pouvoir entrer au bureau. J’étais incapable de fonctionner. L’incrédulité a fait place à la colère, une colère crée par l’impuissance de ne pouvoir agir sur les évènements. J’ai pensé me rendre à New York, faire ma propre enquête, vérifier ses allées et venues, mais les jours ont passé, puis les semaines, les obligations quotidiennes ne me laissaient pas beaucoup de choix. Les mois ont passé et tranquillement une certaine résignation s’est installée. Le mystère demeurait entier et personne n’a pu apporter ne serait-ce qu’une parcelle de réponse. J’aurais voulu savoir, comprendre, palper quelque chose de concret.
Je cherchais à voir une évidence, j’aurais eu la certitude, la preuve de sa mort, la suite serait différente. Mais, il n’a rien de pire que le doute.
Le doute s’attaque à l’imagination et là c’est terrible. |
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