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| Un Jour à New York... |
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Mercredi le 30 mars, 2005 |
Toutes les issues et déroulements se bousculent sans pouvoir s’arrêter. Pour me consoler ou donner bonne conscience ou du moins remplir un vide dû au manque d’explications, je me suis dis mon ami Renaud est dans un monde meilleur que nous connaîtrons tous un jour.
Gévry a une sympathie immédiate pour cet homme.
Dites-moi, maître demande Gévry, est-ce que vous saviez ce que mon père allait faire à New York?
Mon jeune ami, je vous en prie, laisser tomber le maître, surtout à cette heure ci. Mais pour répondre à votre question, oui je savais qu’il allait présenter un projet et de plus je crois avoir été le dernier à lui parler. La veille de son départ, nous avions discuté une vingtaine de minutes au téléphone sans compter que nous avions déjeuné ensemble la journée même. Mais détail important au moment du déjeuner il n’a pas été question une seule fois d’un voyage à New York pour le lendemain. Ce n’est que le soir même que Renaud a reçu un appel de New York de quelqu’un lui demandant de s’y rendre tôt le lendemain. C’est à ce moment-là qu’il m’a téléphoné pour me prévenir de son départ. C’était un mardi...3 septembre.
Cette date est restée gravée. Chaque année à cette date j’entends à nouveau ces dernières paroles :
On se voit vendredi, je reviens demain soir, mais si vendredi je ne suis pas là, dis-toi que j’ai été kidnappé... par un groupe de jolies filles en quête d’exotisme. Si j’aime vraiment ça, bien adieu, je ne reviens pas.
Il a dit ces paroles sur un ton enjoué.
Et il n’est jamais revenu.
Ce qui me trouble, d’ajouter Marcel Ferland, je crois qu’il s’agissait de paroles prémonitoires, du moins quelque chose s’y rapprochant. Évidemment qu’il n’a pas été kidnappé par des jeunes filles. Mais c’est un peu comme dans un rêve, on voit des choses auxquelles on n’attache pas trop d’importance ou encore on en comprend pas la valeur symbolique. Alors, me dis-je, pourquoi une personne ne pourrait-elle pas effleurer l’inconscient de quelque chose qui doit lui arriver dans les prochaines heures, si cette chose est hors du commun. Enfin, je dis ce qui m’a traversé l’esprit. Renaud n’était pas un voyant ou médium ou quelque chose du genre. Au pire, il lui arrivait comme tout le monde de jeter un coup d’œil à son horoscope à l’occasion.
J’ai été longtemps bouleversé et je le suis encore à vrai dire, par ces dernières paroles. Il existe tellement de faits bizarres et troublants vécus par des gens ou même l’histoire d’animaux, chiens ou chats, qui ont parcouru des distances inimaginables avant de retrouver leurs maîtres. On est porté à croire que ces choses n’arrivent qu’aux autres ou à des inconnus vivant dans des pays étrangers. Mais, je ne sais trop quoi dire ou penser, car je n’ai aucune réponse à apporter.
Simoniac, d’enchaîner Tom Niquet, il aurait pu au moins nous appeler, s’il y avait autant de belles femmes après lui, j’aurais appris l’anglais beaucoup plus tôt.
La remarque de Tom a quelque peu déridé tout le monde.
Quel était ce projet, demande Gévry, et comment a-t-il connu ces Américains?
Je veux bien vous raconter ce que je sais, mais je vous préviens la nuit va être courte. Il lui arrivait tellement de choses à Renaud.
Si vous voulez, je vais revenir en arrière. Renaud lorsqu’il était étudiant travaillait comme réceptionniste dans un gros motel de la Rive-Sud.
Souvent le soir et presque toutes les fins de semaines. Renaud, même après que ses études furent terminées continuait à l’occasion à faire un peu de service au motel. Le jeune couple qui était propriétaire du motel s’était lié d’amitié avec Renaud et avait très confiance en lui. À l’époque des vacances ou d’une occasion où ils devaient s’absenter, il demandait à Renaud de prendre la relève. Renaud ne disait jamais non.
Et c’est ce qui est arrivé au mois de juin au moment de la Saint-Jean-Baptiste, fête nationale du Québec.
Renaud avait accepté le poste de garde pour trois jours.
Le dimanche matin, m’a raconté Renaud, j’étais à la réception. Belle journée en perspective, le soleil était déjà présent. C’était très calme. Je lisais le journal au comptoir de la réception tout en prenant un café. Peu de chambres avaient été louées et il n’y avait personne dans le lobby.
Tout à coup j’entends des voix, celles de jeunes femmes qui descendent l’escalier. Elles parlent anglais entre elles et elles s’installent nonchalamment dans les fauteuils du lobby. Elles sont légèrement vêtues et aucune d’entre elles ne portent de soutien-gorge. Elles sont quatre. J’ai l’impression qu’elles ont couchées toutes habillé. Les blouses autant que les jupes sont horriblement froissées. De plus, les coiffures sont plus que défraîchies. Les filles sont passablement jolies, mais ce petit manque d’hygiène ou de coquetterie est loin de les servir.
Je continue à feuilleter mon journal, lorsque j’entends à nouveau des voix de femmes qui ricanent dans les escaliers. Je lève les yeux pour apercevoir un colosse mal habillé escorté de deux jeunes femmes. L’homme est pieds nus, des shorts kaki usés, une simple camisole plus grise que blanche. Ses cheveux sont en broussaille. Il se dirige vers les quatre jeunes femmes descendues plus tôt. Il cause un peu avec chacune d’entre elles et se dirige vers la sortie. Une fois à l’extérieur, il allume un énorme cigare. Il est à peine dix heures du matin.
Machinalement je jette un coup d’œil au registre des chambres louées la veille. Sur les vingt chambres du deuxième, sept seulement étaient occupées. Je vérifie la liste des noms des clients.
Une seule des chambres a été louée par une personne avec un nom anglais. J’en viens vite à la conclusion que tout ce beau monde a couché dans la même chambre. À sept dans un lit double ça me paraît bizarre, surtout que le bonhomme avec une stature semblable devait occuper les deux tiers du lit. Mais il y a tellement de choses inhabituelles qui se produisent dans un motel, que je n’en porte pas un jugement. |
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