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Un Jour à New-York...
 

Dimanche le 06 février, 2005


Maintenant Jérôme si pour toi, ce n’est pas suffisant, ça devient un problème, c'est-à-dire ton problème. Pour ce qui est de ta bonne femme, c’est une autre histoire. Je crois qu’elle t’a fait toute cette mise en scène uniquement pour te faire réagir. Elle a sauté sur la première occasion, inventer quelque chose qui te donnerait un choc. À ce que je vois, elle a réussi et de belle façon. En ce qui me concerne, j’ai été mêlé malgré moi à ta vie privée, je suis allé chez toi de bonne foi croyant qu’elle voulait me parler de quelque chose te concernant ou encore qu’elle voulait mettre au point une soirée surprise pour ton anniversaire. Mimi peut te le confirmer. Maintenant Jérôme, sans vouloir te faire la morale, à toi d’agir en homme. Tu peux mettre en doute tout ce que je viens de te dire, ce qui pourrait affecter notre relation. Non seulement tu risques de perdre ta bonne femme, comme tu dis, mais aussi un ami. Moi je trouverais ça dommage dans un cas comme dans l’autre.
Là-dessus Pierre s’est levé et s’est versé un autre cognac en tendant la bouteille vers Jérôme, qui a fait signe que oui de la tête. Pierre s’est approché de lui, a rempli son verre et lui a tapé sur l’épaule en ajoutant :
Je suis peiné pour toi, Jérôme, demain ça ira mieux et le temps arrange tout. Ce n’est pas la force de l’épreuve qui nous frappe qui est importante, mais la force qu’on y met pour la traverser.
Je te fais toutes mes excuses Pierre, s’est empressé de dire Jérôme, ainsi qu’à toi Mimi. J’ai réagi trop émotivement, mais j’étais blessé, bouleversé, humilié... et puis, je ne sais pas quoi dire. Tu as raison, il y a deux jours tu ne connaissais même pas Dany et ce n’est pas toi qui fut l’initiateur de cette histoire, je regrette et je m’excuse au nom de Dany.
Ton amitié est importante pour moi et je n’ai pas le droit de douter Pierre, je te demande à nouveau pardon.
Pour moi l’affaire est classée, alors arrête de t’excuser et de te faire du mal inutilement. Parlons d’autres choses si tu veux. De toute façon, je n’ai plus sommeil pour l’instant et probablement toi non plus.
Sur quel dossier bosses-tu de ce temps-ci, demanda Jérôme.
La routine habituelle, rien en particulier, des ministres du gouvernement fédéral qui seront à Paris prochainement , bref rien de très excitant. C’est toujours du pareil au même, est-ce qu’un ministre anglophone du Québec a la préséance à l’Élysée sur un ministre francophone fédéral qui représente le Canada.
Par contre, je te dirais que je suis sur une piste qui n’a aucun intérêt pour mon agence, mais qui pourrait intéresser la presse française.
Quelque chose de politique, demanda Jérôme, j’ai un copain journaliste à qui je pourrais refiler l’information.
Pas la peine, dit Pierre, il n’y a rien de politique. Quand je te dis que je suis sur une piste, j’exagère. Je dirais plutôt qu’il y a quelque chose qui m’intrigue et mon instinct me dit d’aller voir plus loin, tout à coup que...
De quoi s’agitil, fit Jérôme.
Pour le moment je ne peux te répondre, mais depuis quelques semaines, je surveille les petites annonces classées dans les journaux.
Tu veux vendre ou acheter quelque chose, s’informa Jérôme.
Rien de tout cela, mais à tous les deux jours et dans plusieurs quotidiens, on fait paraître une petite annonce. Une fois en français, une fois en allemand. On recherche des serveuses pour aller travailler dans le sud de l’Espagne du premier avril au premier octobre.
Je ne vois rien d’anormal à une offre d’emploi semblable, le sud de l’Espagne c’est magnifique, me suis-je permis de dire, en m’adressant à Jérôme.
Pendant ce temps Pierre s’était levé et fouillait dans les journaux empilés au fond de la pièce.
Tiens, dit-il, je l’ai ici, l’endroit exact c’est Alicante, vous connaissez .
Mais qu'est-ce qui t’intrigue dans tout ça, demanda Jérôme.
Vous trouvez ça normal, dit-il, en s’adressant à nous deux, qu’on n’exige pas des candidates de parler espagnol. Tu te verrais toi Mimi, aller travailler en Allemagne sans connaître un seul mot d’allemand, ou en Italie, ou au Portugal sans une connaissance de la langue du pays. Avezvous une petite idée du genre d’emploi qu’on peut offrir à une femme sans qu’elle sache parler la langue utilisée dans ce pays.
Peut-être traductrice, dis-je à Jérôme, sur un ton blagueur. Pour la première fois de la soirée, il sourit.
Je suis allé un peu plus loin, par curiosité, ajouta Pierre. La semaine dernière j’ai demandé à une secrétaire au bureau de téléphoner pour postuler. Et bien, on lui a donné rendez-vous dans un café, boulevard Clichy, près de Pigalle, entre vingt-deux heures et minuit.
Et puis, avons-nous dit en à l’unisson, Jérôme et moi.
Si je me fie à mon petit doigt, enchaîna Pierre, c’est une organisation qui fait la traite des blanches à partir de Paris.
De plus, je suis passé devant le café en auto en fin de journée et l’endroit m’a semblé tout à fait minable.
Et qu'est-ce que tu contes faire, demanda Jérôme. Tu envoies Mimi en éclaireur !
J’espère que tu ne parles pas sérieusement, lui répondit Pierre, je n’exposerais pas Mimi à un danger pareil. Tu accepterais toi d’y envoyer Dany. Tu imagines, moi , ton ami je lui ai rendu une seule visite chez elle et tu as failli m’assassiner...
Je blaguais Pierre, je blaguais, s’empresse de dire Jérôme.
De toute façon, il me faut trouver le moyen de m’infiltrer, d’avoir des renseignements, des photos ou...des preuves de quelque chose. Moi je suis convaincu... mais Pierre ne termina pas sa phrase.
Prends mon conseil, dit Jérôme, laisse tomber ce genre de dossier ou d’enquête, c’est beaucoup trop dangereux. Ou tu te feras tuer et on te portera disparu, sans que personne ne sache ce qui t’est arrivé.
J’imagine que le cognac avait fait un peu d’effet, car Pierre et Jérôme ont passé une partie de la nuit à discuter et à élaborer un code quelconque aux fins de leur correspondance. Moi j’étais trop fatiguée j’ai décidé, d’aller me coucher et de les laisser jouer aux espions.
D’ailleurs Gévry, parlant de fatigue, il est presque trois heures du matin, et si tu étais gentil tu irais au lit et demain, qui est la veille de ton départ, je poursuivrai si ça t’intéresse toujours.
D’accord, je vais être raisonnable, mais je t’avoue que je passerais facilement la nuit debout pour en savoir davantage. Mais dis-moi, est-ce que Pierre, c’est-à-dire mon père, s’est rendu en Espagne avant son départ pour le Canada.
Demain, Gévry, demain pour la suite , je tombe de sommeil et de reparler de tout ça, ça me fait tout drôle.
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