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Un Jour à New York ...
 

Dimanche le 06 mars, 2005


Bien pris qui croyait prendre. Nous étions un peu jeune à l’époque, moi je venais d’avoir dix-huit ans et Laura n’avait pas encore dix-sept. Tu te rends compte Gévry, elle ne m’a pas lâché depuis, c’est tout un bail pour un seul homme.
Faut mettre le blâme sur le dos de mon père, renchérit Gévry.
Ah ! fait Laura, le mariage devrait être un contrat renégociable, tous les cinq ans. Regardez les sportifs, ils ont compris eux. On devrait faire comme eux. Il y en a même qui demande une réouverture du contrat en cours. Et ils gagnent.

Je me vois très bien devant le juge, après le premier cinq ans écoulé.
Madame Laura Martineau, acceptez-vous de reconduire pour une autre période de cinq ans, le contrat de mariage, qui vous unit à monsieur Théo Martineau, ici présent.
À certaines conditions monsieur le juge.
Premièrement, qu’à l’avenir la responsabilité de sortir les poubelles soit plus équitable, deux fois lui, une fois moi.
Que Théo achète une deuxième voiture, avec transmission automatique pour que je puisse la conduire, et qu’elle soit réservée à mon usage exclusif.

Ensuite monsieur le juge, j’exige un appareil télé servant uniquement à mon usage personnel, je ne veux plus être obligée de faire du tricot ou lire un livre plus ou moins intéressant, parce que monsieur, regarde, le hockey, le baseball, le football, la boxe, le golf et les courses de formule un. Il accapare la télé pendant des heures interminables à chaque fin de semaine.
Monsieur Théo Martineau, ici présent, acceptez-vous pour les cinq prochaines années, les conditions imposées par madame Laura Larivière dit Martineau.
Bon maintenant Gévry, de dire Laura, je vais vous donner les réponses que pourraient donner mon mari.

Monsieur le Juge, j’accepte sous réserve et avec explications :
D’abord les poubelles, je les sors assez souvent, lorsqu’elle est allée chez sa soeur pendant trois semaines, c’est moi seul qui les ai portées au chemin.
Aussi, c’est moi qui achète les petits sacs plastic pour l’intérieur, les gros sacs plastic dans lesquels on met les petits sacs plastic et les sacs plastic d’extérieur pour le ramassage de feuilles à l’automne.
Deuxièmement, le sport à la télé c’est pas régulier. Le hockey, c’est l’hiver, le baseball c’est l’été, le football à l’automne alors que la boxe, le golf et la formule un, c’est alternatif entre les trois autres.
Pour ce qui est de la voiture, quand les matchs sont terminés à la télé, je suis toujours disponible pour la conduire là où elle veut et il m’arrive même de l’attendre.
Et si par chance, c’était un juge impartial, il ajouterait ; Je vous donne une semaine de négociations à tous deux avant de revenir devant moi. Le verdict sera sans appel.

Gévry est amusé par la mise en scène de Laura.
Vous avez un grand sens de l’humour, dit-il à Laura.
Vous n’êtes pas sans savoir Gévry, que chaque blague contient souvent une parcelle de vérité.
Justement lorsque vous dites le mot vérité je ne suis pas sans penser à ce qui a bien pu arriver dans le cas de mon père.
Pour dire vrai Gévry, d’ajouter Théo, la vérité à savoir ce qui est vraiment arrivé, je doute qu’un jour on puisse apprendre le déroulement réel de toute cette affaire. Lorsque j’ai appris, comme tout le monde d’ailleurs par les journaux, la disparition de Renaud, je n’y ai pas cru, pas un seul instant. Et même aujourd’hui, je continue à douter. On m’apporterait une preuve qu’il est mort et je demeurerais encore sceptique. Non, ton père n’était pas le genre de gars à se faire avoir par le premier venu. Moi je dis qu’il y a un mystère là-dessous. Y a sûrement quelqu’un quelque part qui sait quelque chose.

Moi ça ne me rentre pas dans la tête. De toute façon, on a jamais retrouvé son corps. C’est bien beau New York, y a des centaines de meurtres chaque année, d’accord ils ne sont pas tous élucidés, mais au moins on retrouve les cadavres.
Renaud ne faisait tout de même pas parti de la mafia ou de la pègre, ni de secte religieuse ou autre, il ne faisait pas de politique ni d’espionnage. Il n’avait pas de dettes de jeux non plus, il n’aimait pas jouer aux cartes, il n’aimait pas les courses de chevaux, je l’ai rarement vu parier sur quoi que ce soit, il n’achetait même pas un billet de loto. Mon ami Renaud était quelqu’un de bien...
Sur ces dernières paroles Théo, reste pensif quelques instants, personne n’ose trancher ce silence.

Je vais faire un peu de café Gévry, de dire Théo.
Je m’en occupe lance Laura, continue de causer avec Gévry.
Ah mon garçon, de continuer Théo, il aurait fallu que tu parles avec Jean-Paul Robert. C’est un lieutenant-détective, lui il s’est rendu à New York pour enquêter sur cette affaire.
Et où puis-je voir ce monsieur détective ? demande Gévry.
Il n’y a qu’un seul endroit pour lui rendre visite, c’est au cimetière de l’est, le pauvre Jean-Paul est décédé tout juste avant Noël dernier.
Il connaissait mon père ?

Non pas du tout, ce sont les employeurs de Renaud qui l’avaient mandaté pour enquêter. JP avait publié la photo de Renaud, dans tous les journaux importants de New York et même de l’état de New York.
Bof, ils ont reçu quelques appels, dont une vieille dame qui disait lui avoir parlé. Elle racontait que ton père lui aurait prêté son veston à la vieille, parce qu’elle avait froid dans l’avion qui les amenait à New York. Là, j’avoue que j’ai reconnu Renaud. C’était un gars tellement généreux, ça aurait été un bonhomme à la place d’une vieille, Renaud ne lui aurait pas prêté, il lui aurait donné. Il était comme ça.

Et les autres appels ont donné quelque chose, de questionner Gévry.
Rien de sérieux, pas vraiment, il y a eu ce chauffeur de taxi qui disait se souvenir avoir fait monter Renaud dans son taxi. Il a même conduit Jean-Paul devant un building où il croyait que Renaud était descendu. Bien le Jean-Paul, il a fait le tour du building avec la photo de Renaud. Il dit qu’il a visité tous les étages et a frappé aux portes de chacun des bureaux. C’était quelqu’un de consciencieux Jean-Paul.
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