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L'art de sacrer...
 

Mardi le 06 mai, 2008


C'est un péché mortel si vous dites des gros mots. À 6 ans, un péché mortel signifiait l'enfer à perpétuité, si jamais il t'arrivait de mourir en état de péché. Un gros mot voulait dire un mot utilisé à même la panoplie des mots usuels pour désigner les choses de l'Église catholique romaine. Seulement les adultes avaient le droit de sacrer, mais encore là, façon de parler, ils n'avaient pas la conscience tranquille.

Utiliser les mots réservés à la sacristie étaient le panache des voyous ou des gens sans scrupule. Pour pallier à la situation, beaucoup d'adultes faisaient une adaptation des mots.
Calvaire est devenu Calvètte, Christ est devenu Cliss, Calice est devenu Câlipice, Tabarnak est devenu Tabarnouche, la Vierge est devenu Viarge, ciboire est devenu cibole et ainsi de suite. Donc on pouvait utiliser un langage d'homme sans offenser la religion que l'on craignait beaucoup. Que ce serait bête de passer l'éternité en enfer pour avoir utilisé un mot d'Église.

Il arrivait à mon père, lorsqu'il se tapait sur le pouce avec le marteau, de laisser échapper un tabarnak de câlisse. À 6 ans, j'étais inquiet pour ce que réservait l'éternité à mon père. Le soir avant de me coucher, je glissais un mot au petit Jésus pour lui demander d'excuser les paroles de mon père, en lui expliquant qu'un coup de marteau, ça faisait très, très mal. (il aurait dû le savoir puisqu'on l'avait crucifié avec de gros clous).

Il fallait vraiment être téméraire pour sacrer sans sourciller. Je dirais même qu'il fallait être courageux. Et à six ans, j'étais courageux... J'avais trouvé une faille dans le système qui me permettait d'impressionner mes camarades de classe et d'être un homme à part entière.

Mes camarades étaient éblouis par mon audace et apeurés par ma présence. Je sacrais comme un cordonnier. (un cordonnier ça utilise un marteau). Les plus pisseux de ma classe allaient bavasser au professeur, en lui disant, madame, Béliveau y sacre. Et qu'est-ce qu'il dit, demandait madame Roy, mon prof de deuxième année. Personne n'osait répéter le gros mot, de peur que ça puisse compter dans leur dossier d'éternité.

Om me cataloguait comme étant le plus brave de l'école, incluant les élèves de sixième année.

Je disais Christ... Il fallait simplement être astucieux. À la suite d'un Christ sonore, j'ajoutais dans ma tête, c'est à dire mentalement: tophe. Christ-ophe.

Je me bâtissais une auréole d'un dur de dur, tout en respectant les règles de cette religion qui nous terrorisait.

Aujourd'hui les Los Tabarnakos (que je suis) sont célèbres dans le monde entier.Lorsqu'on dit: c'est beau en tabarnak, ça signifie que c'est beau mais avec une coche de plus.
Si on dit: Ça fait mal en ciboire, ça signifie que ça fait mal, mais à la limite du supportable.

Un jour selon la légende, Jésus a téléphoné à Michel Chartrand.
- Allo Michel, c'est Jésus...
- Ah ben, Christ, ça fait longtemps que j'ai pas eu de tes nouvelles.







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