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| Un jour à New-York... |
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Mercredi le 08 juin, 2005 |
Bon, voilà pour nos impressions, qu’allais-tu me demander Gévry ?
J’ai beaucoup de choses à te demander, je veux dire beaucoup de questions à te poser, j’aimerais tout savoir, mais bon, tu es bien libre de me raconter que les choses que tu veux bien raconter, de toute façon, je ne porte aucun jugement sur ce qui est arrivé. Il n’y a rien qu’on peut changer du passé.
Ton ami Marcel dit qu’il t’est arrivé plein de choses bizarres ou curieuses. À quand remonte la première fois ou des choses étranges ou curieuses se sont produites.
Je crois, de répondre Renaud, que ce n’est qu’avec le recul que l’on donne une dimension autre à des évènements qui se produisent. Car au moment où tu vis une situation, cette dernière est toujours normale ou dans la continuité d’une action entreprise. Je vous raconte une situation lorsque j’étais très jeune.
J’avais trois ou quatre ans tout au plus. Nous étions en plein été. Je marchais dans les bois derrière mon père, donc ton grand-père, dans un petit sentier. J’ignore à quel endroit nous étions.
Souvent mon père jetait un coup d’œil en arrière pour s’assurer que je le suivais. Je suivais, mais l’écart entre nous grandissait. Alors mon père s’est arrêté et m’a fait grimper sur ses épaules.
Peut-être avais-je ralenti le pas volontairement car c’est ce que je souhaitais. C’était beaucoup plus amusant d’être assis sur ses épaules et en levant les bras je pouvais toucher aux feuilles des arbres. Tantôt mon père faisait le cheval qui allait au trot. Je sautais comme un cavalier en selle.
Soudainement mon père s’est arrêté sec et m’a dit à voix basse : Ne bouge pas et ne dit pas un seul mot. Au même instant,j’ai entendu un cri ou grondement effroyable. Devant nous à deux mètres environ est apparu un ours énorme. Il se tenait debout sur ses deux pattes arrière la gueule ouverte et poussait des hurlements. Mon père a dit, toujours à voix très basse, elle protège ses petits que l’on voit là-bas derrière elle.
Je ne voyais pas les petits, trop occupé à regarder la mère, car à chaque hurlement, elle avait un léger mouvement de tête vers la droite, regardait au ciel et ensuite fermait les yeux. Mais moi je lui parlais en pensée. Des choses comme j’aimerais bien te caresser, tu es sûrement gentille, et si tu faisais comme mon papa, tu fais grimper un petit sur ton dos et l’on pourrait se balader dans des sentiers que tu es seule à connaître.
Peut-être s’est-elle rendu compte que moi aussi j’étais un petit ourson qui avait besoin d’être protégé comme les siens.
Après plusieurs cris d’avertissements, elle s’est remise à quatre pattes, nous a regardé un certain moment et a fait demi-tour. Elle faisait quelques pas et retournait la tête à demi. Au bout d’un moment je ne la voyais plus, j’ai dit à mon père : Vas-y papa, on continue, en tapant dans ses côtes avec mes pieds. Mon père restait immobile. On est demeuré un bon moment sans bouger. Puis mon père a fait demi-tour et est parti à toute allure, je crois qu’il ne se rendait même plus compte de mon poids sur ses épaules.
Une fois à la maison, c’est moi qui ai raconté joyeusement l’aventure à ma mère. Elle avait les larmes aux yeux et m’a serré très fort. Sur la table de la cuisine, mon père avait déposé un journal vieux de trois ou quatre semaines dans lequel on racontait qu’un chasseur solitaire disparu à ce même endroit aurait été dévoré par un ours.
Pourquoi cet ours ne nous avait pas attaqués ?
Je n’en sais rien, ce que je sais c’est que mon père refusait de reparler de cette histoire. C’est beaucoup plus tard que j’ai compris que personne ne voulait le croire.
Depuis le temps où je te connais Renaud, tu ne m’avais jamais raconté cette histoire de dire Marcel Ferland. Je me demande au fait, lorsque tu étais jeune si certaines choses ou évènements étaient des signes précurseurs d’un avenir particulier qui t’attendait.
Non, rien de particulier à ce que je sache, j’ai eu une enfance plutôt heureuse, hormis le fait qu’après ma première année en classe, je n’ai pas fait la deuxième, je suis passé directement à la troisième, j’ai également sauté la suivante la quatrième pour me retrouver en cinquième. Pas de sixième non plus, j’avais neuf ans en septième et tous mes camarades de classe étaient plus vieux que moi de trois ou quatre ans. Heureusement mon père s’est objecté à ce que j’aille directement à la neuvième sans faire la huitième. Trop c’est trop disait-il, pourquoi brûler autant d’étapes, il n’est pas pressé, il a toute la vie devant lui.
Mais… papa, tu étais un super bollé pour sauter les classes d’année en année.
On me percevait peut-être comme tel, mais pour moi, tout était simple, j’avais l’impression de participer à un jeu. J’avais une excellente mémoire et surtout beaucoup d’imagination. Le soir avant de m’endormir, je fermais les yeux et dans ma tête, je voyageais. Je retournais en arrière pour revivre en pensée des choses agréables que j’avais vécu. À l’époque la télévision n’existait pas mais sur le point de faire son apparition. Mon père aimait beaucoup me parler du futur, surtout des voitures, il était un mordu de la mécanique. Il me disait aussi qu’un jour des hommes iraient sur la Lune. Je regardais la Lune et il me semblait normal d’y aller puisqu’on la voyait. Le soir après le repas et le bain, on écoutait la prière à la radio.
J’avais demandé à mon père comment il faisait le monsieur à la radio pour nous parler, puisqu’il était si loin. Mon père m’avait donné une longue explication à savoir comment les ondes radio voyageaient. De mon côté, j’expliquais à mon père ma crainte d’accumuler trop d’ondes ou de sons dans ma tête. Selon moi, le son provenant de la radio s’arrêtait après avoir pénétré dans mon oreille et que tous ces sons ou paroles, une fois captés, s’accumulaient à l’intérieur.
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