CHAPITRE HUIT Grève chez Rubin à Sherbrooke(1952
Rubin, une usine de textile installée à Sherbrooke, a fui comme plusieurs autres le Grand Montréal par peur des unions américaines. Les ouvriers et les ouvrières y travaillent à la pièce. Ainsi, après avoir terminé une opération sur un morceau de tissu, le travailleur a droit à un coupon valant quelques sous, lesquels s’ajouteront à son salaire à la fin de la semaine. Or, quand tout se déroule très bien et à une bonne cadence, les ouvriers accumulent un grand nombre de ces coupons. Le problème, c’est que les ouvriers sont littéralement «gênés» de les présenter au paie-maître, de peur que leur patron trouve qu’ils travaillent trop rapidement. Alors, ils cachent leurs coupons.
Michel Chartrand est donc envoyé sur place pour convaincre les membres du syndicat de ne plus agir de la sorte et de se tenir debout. Cet argent que les travailleurs ne réclament pas, c’est du pur profit pour le patron. Ils doivent réclamer leur dû.
La grève éclate. L’employeur, tout en embauchant des briseurs de grève, menace, comme il fallait s’y attendre, de déménager au Vermont.
Michel Chartrand s’occupe donc de la grève, déclenchée majoritairement par de jeunes travailleuses. C’est à cette occasion qu’il fera la connaissance des frères jumeaux Claude et Guy Fournier, qui travaillent comme journalistes au quotidien La Tribune de Sherbrooke. Claude écrit la chronique ouvrière tandis que Guy rédige la chronique économique. Ces deux jeunes justiciers et contestataires, aimant la vie et la compagnie des belles femmes, trouveront en Michel Chartrand un ami solide. Une fois par semaine, les deux journalistes se retrouvent dans la chambre, plus que modeste, de Michel à l’Hôtel Wellington à Sherbrooke, pour faire le point sur la grève de la Rubin. Ces rencontres se font dans la plus stricte confidentialité car il n’est pas question que le patron du journal apprenne que ses journalistes frayent avec un leader syndical de la trempe de Michel Chartrand. Elles seront grandement profitables au mouvement ouvrier car Michel est à même de leur brosser un tableau complet et rigoureusement exact des derniers développements de la grève. Il y a également un autre intérêt pour nos deux journalistes: c’est que la grève dans le textile est avant tout une histoire de femmes et les jeunes ouvrières de la Rubin ont grandement besoin d’encouragement et de soutien sur les lignes de piquetage, ce qui n’est pas sans déplaire aux jumeaux. Quant à Michel Chartrand, il avait, lui, affirmera Guy Fournier, son amoureuse qui l’attendait à Varennes. |