CHAPITRE DIX Le rôle important des femmes et de Simonne
Michel Chartrand a toujours été entouré de femmes, depuis sa tendre enfance jusqu’à ses premières armes dans le syndicalisme. Il a confiance en leur jugement, qu’il trouve généralement plus mûr que celui des hommes.
C’est pourquoi il suggère, avant que le conflit ne dégénère en grève générale, que les femmes des futurs grévistes soient consultées et aient leur mot à dire dans le processus des négociations. Pour lui, la grève fait indéniablement partie du processus des négociations.
Cette approche à la Chartrand, Simonne la connaît bien. Aussi, elle ne sera pas surprise lorsque l’aumônier Maurice Leclerc et deux officiers du Conseil central, Georges-Émile Hébert et Reynald Drolet — tous trois mandatés par Michel — se présenteront chez elle pour la convaincre d’organiser des rencontres avec les épouses des futurs grévistes.
Simonne accepte, mais elle doit d’abord trouver des gardiennes de confiance pour s’occuper de sa marmaille. Sa mère et Thérèse Desforges prennent la relève à pied levé.
Simonne n’est certes pas fâchée de pouvoir se rendre utile en dehors de ses occupations routinières, elle qui, il n’y a pas si longtemps, militait dans des organismes à caractère social.
Elle renoue alors avec ses vieilles complices de toujours, Alec Leduc, devenue l’épouse de Gérard Pelletier, et Jeanne Benoît-Sauvé, l’épouse de Maurice Sauvé qui agit justement comme négociateur syndical à Shawinigan. D’emblée, elles acceptent de participer à l’opération information-action avec les épouses des ouvriers. Cela sera d’autant plus facile et agréable que les maris des trois femmes sont déjà sur place.
Elles mettront ainsi sur pied des comités de secours, d’information et d’entraide. Ce comité de femmes est en quelque sorte l’ancêtre du Comité de la condition féminine de la CSN. Le comité invite les épouses des chômeurs, des ex-chômeurs, des ouvriers et des futurs grévistes à assister à une assemblée générale des travailleurs.
Au début, certes, les hommes sont un peu récalcitrants; il ne tiennent pas nécessairement à ce que des femmes assistent à leurs assemblées. Mais petit à petit le comité féminin, à force de ténacité, réussit en douceur à se faire accepter. Après quelques réunions à peine, elles prennent la place qui leur revient, à la grande satisfaction de leurs maris.
Ce genre d’entraide fera boule de neige à la CTCC et ailleurs. Michel Chartrand se servira de cette expérience enrichissante dans plusieurs autres conflits ainsi que dans sa pratique syndicale. Combien de fois n’a-t-il pas répété: «Ce sont les femmes qui ont bâti le Québec. Il serait temps de leur remettre le pouvoir. Les hommes, on les a essayés et l’on voit ce que ça donne»?
Simonne et son groupe de soutien feront la navette entre Montréal et Shawinigan pendant toute la durée du conflit. |