ÉPILOGUE 2 Les jeunes
«Chartrand, il a quatre fois mon âge et pourtant on a des idées communes.» C’est Éric, un des nombreux jeunes qui militent avec l’octogénaire, qui s’exprime ainsi. Ils sont plusieurs dizaines de jeunes à venir l’appuyer et l’aider, alors que le «pouvoir gris» est moins présent. Le local du candidat est installé en plein centre-ville, tout juste aux côtés de celui de la candidate libérale, Guylaine Caron. Les bénévoles, des jeunes en grande majorité, s’activent, classent des listes, répondent au téléphone. Pourquoi sont-ils là?
Chartrand ne fait pas de la politique comme tout le monde, note un jeune sur place. Il tient un contre-discours. Il est aussi le seul à parler de «PAUVRETÉ ZÉRO» plutôt que du fameux déficit zéro. Son franc-parler nous attire.
Franco Nuovo, dans sa chronique du vendredi 13 novembre dans Le Journal de Montréal, titre «Le vieux Tabarnak»:
Contrairement à ce que certains se plaisaient à croire et redoutaient à son arrivée, il n’est pas considéré ici comme une caricature, ni comme un bouffon pathétique qui persiste à jouer son personnage et à faire du Chartrand pour du Chartrand.
Pour plusieurs, le vieux Tabarnak est arrivé comme une bouffée d’air frais dans un comté où il n’y avait, politiquement et depuis belle lurette, plus rien de nouveau sous le soleil; un comté qui en arrache, où le taux des sans-emploi pointe vers le haut et où celui du suicide chez les jeunes est particulièrement élevé.
On se dit que, peut-être, le rassembleur aidera à fissurer le mur imposant de la pauvreté, du chômage, de l’exclusion, qui, ici comme ailleurs, bouche les horizons. Chartrand finalement… c’est l’espoir.
Julie Morin, 22 ans, a perdu confiance en son ex-chef Bouchard, qui aurait approuvé que les militants péquistes de son comté, à la dernière élection fédérale, travaillent pour le candidat du Parti conservateur plutôt que pour celui du Bloc québécois.
«Jonquière à l’heure de l’ouragan Chartrand», titre Le Soleil du 13 novembre 1998. On rapporte que Claudia Tremblay, 19 ans, porte le «gilet-bedaine» avec un anneau percé dans le nombril: «Pour une fois le monde de Jonquière va pouvoir voter pour le meilleur plutôt que pour le moins pire», affirme-t-elle fièrement.
Sur le terrain
Michel Chartrand a toujours travaillé sur le terrain, près du peuple. Se rendant dans un centre commercial pour acheter une pile pour sa montre, il n’en ressort que trois heures plus tard. Il est littéralement entouré par une foule de gens qui veulent le voir, lui serrent la main, lui demandent un autographe, veulent se faire photographier avec lui. Une jolie jeune fille lui demande:
— Monsieur Chartrand, est-ce que je peux vous toucher?
Les yeux rieurs, d’une voix amusée, il lui répond avec un sourire narquois:
— Mais avec grand plaisir… ma belle!
Puis, s’adressant aux autres qui l’entourent:
— Il pogne encore, le vieux, han? |