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Michel Chartrand arrêté Simonne remplace Michel |
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Samedi le 14 octobre, 2006 |
CHAPITRE DIX Michel Chartrand arrêté sur la ligne de piquetage…
Si Michel Chartrand ne baisse pas les bras pour autant, il sait qu’il ne faut pas prêter inutilement le flanc à l’ennemi et qu’il vaut mieux préserver ses forces pour les combats à venir. Par un concours de circonstances qui seront expliquées plus loin, il est quand même arrêté par la Police provinciale devant l’entrée principale de l’usine Belgo, à Shawinigan. Accusé d’avoir causé un attroupement illégal, il est emmené sur-le-champ à la prison de Trois-Rivières et doit comparaître en cour quelques jours plus tard.
La nouvelle se répand comme une traînée de poudre, et Simonne l’apprendra en écoutant les nouvelles. Elle prend aussitôt l’autobus pour se rendre sur place, après avoir réussi à placer ses enfants auprès de sa belle-mère.
Duplessis et la Consol ont ainsi décidé de mettre un terme à la carrière de Michel Chartrand en Mauricie. Ils veulent forcer son départ vers d’autres cieux et prendront tous les moyens dont ils disposent pour y arriver. Un homme libre, c’est trop énervant!
D’ailleurs, à Shawinigan, Simonne sera convoquée, de façon quelque peu détournée, par l’évêque Georges-Léon Pelletier, un partisan notoire de Duplessis, un de ceux qui mangent dans la main du «cheuf». Celui-ci insiste pour qu’elle et son syndicaliste de mari quittent la région au plus vite.
En prison, dans l’attente de sa comparution, Michel Chartrand, vêtu du costume du prisonnier comme tous ses semblables, s’adonne à son passe-temps favori, la lecture. Il lit un drôle d’ouvrage pour celui qu’on surnomme «le communiste»: Jalons pour une théologie du laïcat, du prêtre Yves M. J. Cougar. Son attitude sereine surprend plus d’un prisonnier de droit commun. On lui demande ce qu’il a bien pu faire pour se retrouver derrière les barreaux: un meurtre? un viol? un vol?
Michel se contente de sourire et de demeurer calme. Les mois qu’il a passés à la Trappe d’Oka, dans l’isolement le plus total, l’aident indéniablement à supporter cette privation de liberté.
Simonne remplace Michel à pied levé
Ce coup dur asséné au syndicat ne pousse pas à la démobilisation, au contraire. Le grand rassemblement prévu dans le parc de la ville de Grand-Mère aura lieu. Simonne s’y rend avec la ferme intention de prendre la parole et de parler au nom de son mari incarcéré. Cela ne plaît guère à Jean Marchand, qui doit lui aussi stimuler l’ardeur des troupes à cette occasion. C’est qu’il craint autant Simonne que Michel.
Il tente alors de la convaincre de s’abstenir, prétextant que son intervention risque d’être sans doute trop émotive. Simonne n’en démord pas. Avec beaucoup de fébrilité, elle s’adresse aux manifestants et son allocution suscitera un tonnerre d’applaudissements, au grand déplaisir du futur sénateur Marchand.
À la suite de cette première intervention publique, Simonne accepte de nouveau de remplacer Michel. Cette fois, c’est sur les ondes de la station radiophonique CKSM, à Shawinigan, qu’elle s’adressera au grand public.
Épuisée par cette rude journée, elle retourne ensuite dans sa modeste chambre et tente de trouver le sommeil en pensant à ses enfants et à sa belle-mère, qui doit sûrement s’inquiéter, elle aussi, du sort de son «prince noir».
Michel Chartrand comparaît, comme prévu, le lundi suivant. Après les représentations du procureur et de l’avocat de la défense, le juge le libère sous cautionnement. Huit mois plus tard, le 2 mars 1956, il est cité à son procès devant le juge Léon Girard. À la fin du procès, celui-ci demande à Michel:
— Avant de rendre ma décision, est-ce que l’accusé a une déclaration à faire?
Michel se lève et lui dit, sur un ton un peu moqueur:
— Je ne veux pas influencer le tribunal, mais je veux simplement l’informer que le dernier juge qui m’a condamné… est mort dans les six mois qui ont suivi la sentence!
Le juge est surpris de cette remarque pour le moins inattendue. Il reprend néanmoins son sang-froid et il entreprend la lecture de son jugement:
— La preuve soumise n’incrimine pas l’inculpé. Au contraire, à la suite du témoignage de Roger Chartier, un professeur en relations industrielles de l’Université Laval, la preuve est faite que M. Chartrand a aidé la police à disperser l’attroupement pour éviter la bagarre et la violence.
Voici comment se sont déroulés les faits reprochés à l’inculpé. Ce soir-là, Roger Chartier reconduisait Michel Chartrand à son domicile. En passant devant l’usine de la Belgo, les deux hommes aperçoivent un attroupement. Michel Chartrand descend alors de voiture pour demander aux grévistes de retourner tranquillement chez eux. Il les exhorte à la plus grande prudence, pour ne pas servir de prétexte à une intervention brutale de la police.
Même le journal Le Nouvelliste avait ainsi rapporté l’incident. Les policiers qui surveillaient l’opération de près, avaient trouvé là, justement, le prétexte qu’ils cherchaient pour mettre Chartrand hors d’état de nuire. |
Fernand Foisy a écrit quatres livres sur Michel Chartrand.
Le premier: Michel Chartrand - Les dires d'un homme de parole
Le deuxième: Michel Chartrand - Les voies d'un homme de parole.(1916-1967)
Le troisième : « Sacré Chartrand » (101 « best of » Michel Chartrand ) publié en 2002
Le quatrième : Michel Chartrand - La colère du juste (1968-2003)
Les quatre chez Lanctôt-Éditeur, http://www.lanctotediteur.qc.ca/
Visiter le site: http://www.michelchartrand.net
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