La revue Liberté est née sous Duplessis. Or le pouvoir et la réaction ont aujourd'hui une âpreté qu'ils n'avaient pas au même degré en ce temps-là. Disons-nous bien que nous sommes incomparablement plus près du fascisme qu'à cette époque folklorique.
Disons encore ceci, puisque c'est à un syndicaliste que vous décernez cette année votre prix. Le mouvement syndical qui, malgré des avatars divers, lutte depuis plus d'un siècle pour la liberté, n'a pas encore, en Amérique, depuis longtemps, mis un sens nouveau et tout contemporain dans ce vocable; il n'a pas encore compris le sens nouveau du pouvoir.
Le sens syndical de l'histoire sera peut-être en défaut pour quelque temps encore. Mais le devoir de l'heure, pour les syndicalistes, c'est d'aider la conscience syndicale à élargir à nouveau ses horizons aux dimensions de l'histoire, sans quoi le syndicalisme sera voué à cautionner le crépuscule de la démocratie.
Je reçois votre prix comme le signe d'une angoisse et d'une mission dont vous feriez part à tous les travailleurs, dans le sens que je viens d'évoquer. Au nom des travailleurs et au mien, je vous en remercie.
À la réception du prix Liberté, le 1er mai 1969, fête des Travailleurs.