CHAPITRE ONZE Salut CTCC, bonjour FTQ
La dernière de Duplessis
— Le PSD, est-ce que ça signifie «Perd Son Dépôt»?
C’est Michel Chartrand, maintenant chef provincial du Parti social démocrate, qui lance cette boutade. Il n’a récolté, sous les couleurs du PSD, dans le comté de Chambly, que 877 voix contre 20 031 pour le candidat du Parti libéral. C’est Duplessis qui sort grand gagnant de ces élections. Il faut redire que le découpage des comtés favorisait les circonscriptions rurales, nettement acquises aux idées conservatrices de l’Union nationale. Le mouvement syndical préfère le Parti libéral à l’Union nationale. Par conséquent, Jean Marchand n’a pas appuyé le PSD de Michel Chartrand.
Des prêtres accusent le clergé d’immoralité
C’est à la suite de cette élection marquée par de nombreux scandales que deux théologiens, l’abbé Gérard Dion, professeur à la faculté des sciences sociales de l’Université Laval, et l’abbé Louis O’Neil, professeur au Séminaire de Québec (futur ministre sous le gouvernement de René Lévesque), rédigent en catimini un mémoire dénonçant l’immoralité publique, destiné exclusivement au clergé catholique.
Le Devoir obtient une copie de ce document qu’il publie dans son édition du 7 août 1956. Dion et O’Neil accusent le clergé de collaborer à cette immoralité. «Notre prédication morale, nos campagnes de moralité ont surtout insisté sur la luxure, l’intempérance et le blasphème», affirment-ils.
Rouyn-Noranda et la FTQ:
les mineurs en Abitibi
Après Shawinigan et la désastreuse campagne électorale, Michel Chartrand, toujours préoccupé par les problèmes fondamentaux de la société québécoise, entend s’orienter vers l’éducation et la formation syndicales, sans pour autant négliger l’action politique.
Les prestations d’assurance-chômage ne suffisent pas à faire vivre le clan Chartrand. C’est le Conseil du travail de Rouyn-Noranda, affilié à la FTQ, qui vient dépanner soudainement le leader syndical et sa famille.
Le Conseil du travail est soutenu financièrement par le syndicat des métallos, officiellement dénommé The United Steel Workers of America, et par les syndicats des mines de Noranda et de Quemont. On invite Michel Chartrand en Abitibi car on a besoin de ses services pour organiser des cours de formation syndicale.
Il ne peut refuser pareille invitation, même si elle provient d’une organisation syndicale rivale. Selon lui, il n’existe qu’une seule et unique solidarité ouvrière, peu importe l’étiquette qu’on y accole.
En Abitibi, il rencontre de nombreux syndicalistes qui s’intéressent, eux aussi, à la politique. C’est que la FTQ est affiliée au Congrès du travail du Canada (CTC), une organisation syndicale qui défend les idéaux sociaux qu’on retrouve alors dans le programme politique du CCF.
Un Québécois typique, Claude Jodoin, dirige cette jeune organisation. Bien sûr, les conseillers syndicaux du CTC sont aussi membres du CCF et leur poids est important.
Michel Chartrand reprend donc ses émissions à la radio.
Il éprouve un réel plaisir à s’adresser ainsi à la population locale pour tenter de démonter, dans sa langue à lui, les mécanismes du système d’exploitation, pour révéler au grand public les énormes profits réalisés par la Noranda au profit des mineurs, dont les conditions de travail ne cessent de s’aggraver.
Il faut dire qu’il est bien renseigné par les Métallos, qui lui apportent toute leur collaboration. Ces derniers viennent à peine de sortir d’une grève qui a duré huit mois et ils n’entendent pas baisser pavillon. Michel Chartrand les encourage en ce sens. Il ne faut plus passer d’une mine à l’autre lorsque rien ne va plus, leur dit-il en substance, il faut demeurer sur place et forger des liens de solidarité avec les camarades de travail.
En bon pédagogue, il leur explique patiemment comment d’un côté il y a les patrons, ceux qui exploitent le peuple des travailleurs, et de l’autre ceux qui produisent cette richesse qui devrait servir à enrichir tout le monde. Et aussi comment on essaie de diviser les travailleurs pour régner. Et puis, il y a toujours la question de la langue. Tout se passe, s’effectue, se dit en anglais, la langue du maître, du capital, des patrons, et Michel Chartrand doit s’y mettre s’il veut se faire comprendre par les nombreux travailleurs immigrés qui ne parlent pas encore le français. |