Michel aura 17 ans le 20 décembre. Ce 5 septembre 1933, il est un adolescent en pleine croissance, fort, adroit, débrouillard, courageux, tenace, intelligent et fier. Il est aussi bavard, tatillon et aime bien avoir le dernier mot dans les discussions. Sa personnalité sera mise à rude épreuve. Pour une des rares fois dans sa vie, plutôt que d’occuper toute la place, Michel sera mis à sa place.
Le moine portier accueille le père et le fils à l’Hôtellerie, un des bâtiments qui composent le complexe de la Trappe d’Oka. Cet édifice sert de porte d’entrée et de chambre de réflexion aux nouveaux arrivants, qui doivent y effectuer un premier stage de dépouillement autant physique que moral. Les moines doivent s’assurer que le candidat possède un équilibre affectif suffisant pour mener la vie monastique sans être perturbé et sans perturber la vie de la communauté. Il faut s’assurer que le postulant désire de tout son cœur devenir moine.
Après avoir complété les formulaires d’admission, Michel se tourne vers son père. Il n’a jamais vraiment quitté cet homme qu’il respecte et admire. Bien sûr, son parcours d’étudiant a été parsemé de périodes d’absence plus ou moins prolongées alors qu’il était pensionnaire au collège, mais jamais n’a-t-il envisagé une absence aussi longue, voire permanente. Voici arrivé le point de non-retour.
La réclusion dans le silence
Le 1er octobre 1933, Michel prendra l’oblat, c’est-à-dire le manteau, et il deviendra le frère Marcellin. Il sera le plus jeune moine de la communauté, la moyenne d’âge étant de 25 ans.
Lorsque la mère de Michel revient des États-Unis, Louis devra lui expliquer fermement la décision de son fils et la convaincre du bien-fondé de sa démarche: «C’est sa vocation. Il veut y aller depuis qu’il est au monde. Il va être heureux», dit-il.