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Chez les Couvrette


Vendredi le 01 septembre, 2006

CHAPITRE CINQ

Unis dans l’amour et la lutte


Liberté quand tu m’appelles

Après deux jours de cohabitation avec les parents de Simonne, le couple Monet-Chartrand s’en va habiter chez les Couvrette, dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce. La mère de Simonne est plutôt déçue de cette décision et elle s’en plaint à sa fille qui s’explique. Ils vont pouvoir jouir d’une grande maison bien organisée car les Couvrette vont déménager temporairement à Sainte-Adèle. Là-bas, Myrielle, faible physiquement mais forte moralement, doit se refaire une santé. Michel et Simonne s’occuperont de son fils de sept ans, André, le futur ambassadeur du Canada à Rome. Pendant le séjour de Michel et de Simonne chez les Couvrette, la grand-mère maternelle de Simonne vivra avec eux. Simonne, dans son autobiographie, nous rapporte les précieux conseils de sa grand-mère.

Avec un homme, vois-tu, il faut avoir beaucoup de tact, lui laisser l’impression de tout mener, de tout diriger, mais en même temps lui suggérer ce qu’il nous plairait de faire. Mais il ne faut jamais insister ni contredire ouvertement. Ça c’est mortel. C’est pas péché, c’est maladroit. Moi, je suis pour la coquetterie. C’est une bonne arme, une douce.
Les jeunes époux ont la bougeotte: 15 jours plus tard, avec armes et bagages, meubles, vêtements et livres, ils atterrissent chez Yvette, sœur aînée de Michel. Chapelière de métier, elle gagne bien sa vie et son mari d’origine écossaise, Kenneth Rowell, est dessinateur pour de grandes firmes commerciales. Ils ont invité Simonne et Michel à habiter avec eux, rue Maplewood (devenue boulevard Édouard-Montpetit), près de la rue Bellingham (devenue l’avenue Vincent-d’Indy), dans le très chic Outremont.

«Dégagez-nous de notre promesse!»«Non», dit la Ligue pour la défense du Canada


Quelle est, pendant tout ce temps, la situation politique au Canada et au Québec? En janvier 1942, dans son discours du Trône, le gouvernement libéral de Mackenzie King annonce la tenue d’un plébiscite pour demander aux Canadiens de relever le gouvernement de sa promesse de ne pas établir la conscription militaire pour le service outre-mer. Il s’agit d’une façon déguisée de mettre en marche la conscription obligatoire, particulièrement pour les Canadiens français.

À Montréal, la Ligue pour la défense du Canada organise l’opposition à ce plébiscite. Michel Chartrand et Roger Varin en sont les principaux instigateurs. Michel Chartrand s’entend très bien avec le chanoine Groulx, qu’il rencontre avec Varin. Groulx leur conseille de s’allier à André Laurendeau et à Paul Gouin. Le quotidien Le Devoir publie le manifeste de la Ligue, que plusieurs personnalités n’hésitent pas à signer, tels Maxime Raymond, Georges Pelletier (rédacteur en chef au Devoir), Philippe Girard (de la CTCC), Gérard Filion (au nom des cultivateurs), Jean Drapeau (étudiant en droit), Roger Varin (fondateur de la Ligue) et André Laurendeau. Michel n’a pas vraiment participé à la rédaction de ce manifeste. Il préfère l’action et l’organisation, et on ne l’a pas encore entendu exercer ses dons d’orateur. Il lit énormément, mais il n’écrit presque jamais, sauf des lettres d’amour à Simonne.
André Laurendeau écrira, beaucoup plus tard, dans ses mémoires, en parlant de lui:

La lutte commence. C’est novembre. Jeune et vivant auditoire à qui des jeunes parlent avec fougue. Michel Chartrand s’attaque à l’abbé Sabourin, aumônier militaire qui vient de se rendre célèbre par une longue tirade à la gloire de la Grande-Bretagne. «J’aime l’Angleterre parce que…» a dit l’abbé Sabourin. J’aime l’Angleterre, reprend Chartrand, mais ses «parce que» ne ressemblent pas à ceux de l’aumônier: tous les griefs historiques que nous entretenons contre la Mother England, il les reprend dans son style virulent, avec une âcreté, une violence dont nous demeurons saisis. La Gendarmerie royale a des représentants dans l’assistance: Chartrand les reconnaît, les interpelle, redit lentement certaines de ses violences pour donner aux scribes présents le temps de les enregistrer. Nous avons la conviction qu’il sera arrêté…

Michel Chartrand ne sera pas arrêté comme on le craignait. Il se rappelle son discours:

Je donnais 24 raisons pour lesquelles j’aimais l’Angleterre et, parmi celles-là, il y avait le fait qu’elle avait envoyé les Acadiens en pique-nique autrefois.

Fernand Foisy a écrit quatres livres sur Michel Chartrand.
Le premier: Michel Chartrand - Les dires d'un homme de parole
Le deuxième: Michel Chartrand - Les voies d'un homme de parole.(1916-1967)
Le troisième : « Sacré Chartrand » (101 « best of » Michel Chartrand ) publié en 2002
Le quatrième : Michel Chartrand - La colère du juste (1968-2003)
Les quatre chez Lanctôt-Éditeur, http://www.lanctotediteur.qc.ca/
Visiter le site: http://www.michelchartrand.net


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