En janvier 1941, l’Angleterre, la France et le Canada sont en guerre contre l’Allemagne. Étudiant à l’Université de Montréal, Michel est appelé, comme de nombreux jeunes de son âge, à suivre un entraînement militaire même si la conscription n’a pas encore été rendue obligatoire. Il se présente donc au Corps École des officiers de l’Université de Montréal, plus précisément le Canadian Officers Training Corps (COTC). On lui remet un formulaire à compléter rédigé uniquement en anglais. Michel exige qu’on lui présente un texte en français. On l’informe qu’il n’en existe pas. Il s’objecte avec véhémence. Un tel comportement, plutôt inusité à l’époque, crée tout un émoi et un officier doit s’en mêler. Ce dernier, on s’en doute, ne partage pas les opinions du jeune Chartrand. Michel invite alors les autres étudiants francophones à protester et à défendre leur langue comme il le fait, en refusant tout document rédigé uniquement en anglais. Et sur ce, il quitte cet endroit qui commençait drôlement à ressembler à une poudrière.
Étant donné qu’il a refusé de signer le formulaire en anglais et de joindre les rangs du Canadian Officers Training Corps, on lui ordonne, quelques jours après cet incident, de se rendre au camp militaire d’Huntingdon. On l’avertit que s’il ne le fait pas, c’est la Gendarmerie royale du Canada qui s’en chargera, avec toute la subtilité qu’on lui connaît.
Michel, qui est amoureux, ne veut surtout pas trop s’éloigner de Simonne. Il rêve de fiançailles prochaines. Passer outre aux ordres militaires le placerait dans une situation gênante devant la famille Monet. Que faire? Il accepte alors de se rendre à Huntingdon pour y subir, pendant un mois, un entraînement militaire. Il ne s’agit, en fait, que d’un entraînement et non pas d’un engagement. La nuance est importante.
Il profitera de cette courte parenthèse pour se plonger, entre deux exercices militaires, dans ses lectures favorites, les œuvres des poètes. On se rend rapidement compte qu’il n’est pas fait pour ce type de discipline. Et il ne se gêne pas pour le faire savoir, refusant de signer son engagement dans le service actif. Il n’aura pas à compléter son mois d’entraînement, les officiers jugeant préférable pour le «moral des troupes» de le renvoyer à ses amours premières.