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Une grève historique, Asbestos


Mardi le 19 septembre, 2006

CHAPITRE SEPT
Une grève historique, Asbestos


Dans l’histoire du monde syndical québécois, la grève des mineurs de l’amiante à Asbestos constitue «la grève» au Québec.

À cette époque, les mines d’amiante emploient 5106 personnes qui tirent de la mine, bon an mal an, 716769 tonnes de minerai pour une valeur de 42231475$. Les mines sont réparties à Asbestos, Thetford Mines, Lac Noir, Saint-Rémi de Tingwick et Coleraine. Les salaires représentent 35% de la valeur des ventes nettes. Les négociations entre, d’une part, la Fédération des syndicats de l’industrie minière, présidée par Rodolphe Hamel, à la fois président de son syndicat et de la Fédération, Gérard Picard et Jean Marchand, respectivement président et secrétaire général de la CTCC, et, d’autre part, les représentants de la Canadian Johns-Manville d’Asbestos sont rompues le 14 janvier 1949. Le principal litige porte sur la demande d’augmentation de salaire — 0,15$ l’heure —, ce qui porterait le salaire horaire à 1$. La compagnie n’offre que 5% d’augmentation.

Le premier ministre du Québec, l’honorable Maurice Duplessis, coiffé du chapeau de procureur général du Québec (ni plus ni moins que le «cheuf» de police), ne prise guère les «unions» et encore moins celles qui sont affiliées à la CTCC. Il dort dans le même lit que celui des patrons de compagnie; il leur fournit une main-d’œuvre à bon marché, ainsi que des matières premières à des prix défiant toute concurrence. On peut même voir, aux frontières américaines, des affiches clamant avec fierté que la main-d’œuvre du Québec est la moins coûteuse en Amérique du Nord! Duplessis se fait ainsi une gloire de vendre son peuple au plus bas offrant. Avec l’appui évident des milieux ecclésiastiques: «Les évêques mangent tous dans ma main», affirme-t-il fièrement.

Les enjeux sont grands car, dans ce conflit, il n’est pas uniquement question du salaire des mineurs. Le syndicat entend améliorer l’ensemble de leurs conditions de travail. Le droit de propriété, le respect de la vie humaine et la prévention des maladies industrielles font partie des principales revendications. On découvrira, chemin faisant, qu’une bonne partie des mineurs, ainsi que les membres de leur famille, meurent d’amiantose. D’ailleurs, un dirigeant syndical n’a-t-il pas affirmé, un peu cyniquement: «Si vous allez déterrer le cimetière d’Asbestos, je suis certain que vous y trouverez une mine d’amiante»?

Donc le 13 février 1949, un dimanche soir, les 2000 employés syndiqués de la Canadian Johns-Manville décident de se mettre en grève. Des mineurs à l’œuvre dans d’autres mines débrayent à leur tour, par solidarité.

Le président de la Fédération des syndicats de l’industrie minière, Rodolphe Hamel, demande à l’employeur de s’engager à éliminer autant que possible la poussière d’amiante à l’intérieur et à l’extérieur de l’usine:

Ici, nos gens, les mineurs et leurs familles, sont empestés, rappelle-t-il. Il nous en est mort je ne sais pas combien. Ils sont morts debout, bloqués, incapables de respirer. L’amiantose en principe est reconnue comme une maladie industrielle, mais allez-y voir… On n’est jamais dédommagés.

La machine pour briser la grève des mineurs se met en branle. La Johns-Manville déclare que les négociations ne reprendront pas tant et aussi longtemps que les ouvriers demeureront en grève. Le ministre du Travail, Antonio Barrette, de connivence avec la compagnie, envoie au jeune Jean Marchand, alors secrétaire général de la CTCC, un télégramme dans lequel il condamne la grève «illégale»; il se dit disposé à former un tribunal d’arbitrage qui sera mis en force lorsque les ouvriers seront retournés au travail; il menace le syndicat de lui retirer son accréditation syndicale si la grève perdure.

Le 18 février, alors que la grève se poursuit, les ouvriers se rendent aux bureaux de la compagnie afin de toucher leur paie. Ils invitent alors les employés de bureau à quitter les lieux; ces derniers sortent sans qu’aucun incident ne se produise. La Johns-Manville appelle aussitôt la Sûreté du Québec — la fameuse police provinciale, communément appelée la «PP» — à son secours. Un juge lui accorde même une injonction interdisant tout piquetage devant l’édifice de la compagnie.

Fernand Foisy a écrit quatres livres sur Michel Chartrand.
Le premier: Michel Chartrand - Les dires d'un homme de parole
Le deuxième: Michel Chartrand - Les voies d'un homme de parole.(1916-1967)
Le troisième : « Sacré Chartrand » (101 « best of » Michel Chartrand ) publié en 2002
Le quatrième : Michel Chartrand - La colère du juste (1968-2003)
Les quatre chez Lanctôt-Éditeur, http://www.lanctotediteur.qc.ca/
Visiter le site: http://www.michelchartrand.net


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