Le premier ministre Duplessis ordonne alors à 100 agents de sa «PP» de se rendre à Asbestos afin de protéger les biens et le personnel de la compagnie. Par l’intermédiaire de la Commission des relations ouvrières qu’il contrôle, il en profite pour retirer le certificat d’accréditation syndicale aux quatre syndicats solidaires et au syndicat des mineurs d’Asbestos.
Le conseil municipal d’Asbestos — le maire, qui appartient à l’Union nationale, a préféré ne pas se présenter — proteste contre la présence des policiers provinciaux. Le conseil municipal déclare:
Attendu qu’à leur arrivée, un grand nombre de ces policiers étaient sous l’influence de liqueurs alcooliques [c’est-à-dire soûls comme des cochons… ];
Attendu qu’un certain nombre de ces agents se sont même rendus coupables d’actes indécents dans les rues de la ville et ont causé le désordre dans les places publiques;
Attendu que dans certains cas les agents de la police provinciale ont usé de violence contre les préposés à l’entretien des usines durant la grève et contre les constables de la Canadian Johns-Manville;
Attendu que ces actes ont été commis sans avertissement et dans le but évident de provoquer des troubles:
Il est résolu, à l’unanimité des membres présents, de protester auprès de M. Hilaire Beauregard, directeur de la police provinciale, contre ses hommes, et que copie de cette résolution soit adressée aux divers postes de radio ainsi qu’aux journaux pour publication.
C’est la faute aux syndicats
Duplessis n’entend pas se croiser les bras. Selon lui, les travailleurs sont tout simplement manipulés par leurs chefs syndicaux, lesquels veulent renverser le gouvernement.
Des inconnus dynamitent la voie ferrée de la Johns-Manville à Danville. La GRC est affectée à l’enquête, devenant ainsi le troisième corps de police impliqué dans la grève d’Asbestos.
Le conseil municipal obtient des syndicats qu’il n’y ait plus de rassemblements dans les rues à la suite d’un incident au cours duquel un camion de la compagnie est renversé par des grévistes. La police provinciale multiplie alors les arrestations. Le bas clergé, lui, appuie les grévistes. Ainsi, le curé de la paroisse de Saint-Aimé, l’abbé Camirand, déclare à La Presse:
Les mineurs d’Asbestos, que je connais bien car je suis leur aumônier syndical, ont été et sont encore patients et dociles à l’extrême. Ils ne se sont pas temporairement privés de leur gagne-pain et de celui de leurs enfants pour le plaisir de la chose, mais ils y ont été forcés par d’inqualifiables tactiques provocatrices. Si j’étais mineur, je serais moi-même en grève et, dans les circonstances, j’aurais la conscience parfaitement tranquille.
Cette opinion n’est pas partagée, on s’en doute, par tous les membres du clergé catholique.
La Johns-Manville décide alors de frapper un grand coup. Tout d’abord, elle embauche des briseurs de grève. Comme la compagnie est propriétaire des logements occupés par les mineurs, elle menace ensuite les grévistes de leur retirer leur logement. Comme mesure intimidante et vil chantage, on ne peut viser plus bas.