CHAPITRE ONZE Murdochville: des vacances en grève
Les journaux parlent abondamment, depuis des mois, de la grève de Murdochville, ce conflit qui n’en finit plus. Mû par sa générosité coutumière, le missionnaire de la CTCC se met en route, pendant ses vacances estivales, avec son épouse jéciste, pour donner un coup de main aux grévistes de la Gaspé Copper Mines, une filiale de Noranda Mines, le même groupe qui exploite des mines en Abitibi.
À Murdochville, où les mineurs en grève sont affiliés aux puissants Métallos, un syndicat membre de la FTQ, l’autre centrale rivale, Michel Chartrand sait qu’il va retrouver de vieux camarades comme Émile Boudreau et Roger Bédard, entre autres.
La compagnie, qui est de mèche avec Duplessis, refuse de négocier une première convention collective. Elle n’a pas hésité à congédier le tout nouveau président du syndicat, Théophile Gagné, ce qui a amené les 800 mineurs à protester en débrayant spontanément. Pour toute réponse, la compagnie choisit la ligne dure et embauche aussitôt des briseurs de grève.
Théo Gagné, syndicaliste, socialiste et poète
Comme à l’occasion des grèves précédentes, la fameuse Police provinciale, la PP, est appelée en renfort pour protéger les biens de la compagnie. Michel Chartrand arrive vers la fin du mois de juillet, alors que les mineurs sont en grève depuis le 10 mars.
Il fait la connaissance du président du syndicat, Théophile Gagné — que tous appellent Théo et que Michel qualifiera de poète socialiste. Théo Gagné, originaire de la Gaspésie, est un humaniste-né et un socialiste qui s’ignore. C’est tout à fait par hasard qu’il a été nommé président de son syndicat. Comme personne ne voulait vraiment occuper ce poste, c’est lui qui fut choisi.
Le moral des mineurs est au plus bas.
De 960 piqueteurs qu’ils étaient au début de la grève, ils ne sont plus que 400. Les autres, coincés entre la grève et leur famille affamée, ont choisi de retourner au travail. Le gouvernement, l’Église et les patrons ont décidé d’en finir avec la résistance des mineurs. |