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La grève est déjà perdue
La force de la parole
 

Lundi le 23 octobre, 2006


CHAPITRE ONZE
La grève est déjà perdue…


Homme d’expérience, Michel Chartrand se rend rapidement compte que la grève est perdue, conclusion à laquelle en étaient d’ailleurs déjà venus les représentants des Métallos.

Au cours des premières semaines, Michel et Simonne visitent quelques villages côtiers. De retour à Murdochville, Michel suggère à Roger Bédard d’effectuer une «retraite stratégique» et d’ordonner le retour au travail des grévistes tout en exigeant le maintien du syndicat jusqu’à l’émission d’un jugement sur la demande de désaccréditation qui a été obtenue par la compagnie.

Roger Bédard est d’accord et il informe Émile Boudreau de cette «stratégie de repli». Émile Boudreau, accompagné de Jean Gérin-Lajoie, permanent lui aussi chez les Métallos, rencontre d’urgence le comité de grève. Ils proposent alors une solution de rechange, un projet audacieux visant à rétablir le piquetage devant la mine et à saisir l’opinion publique du drame qui se déroule à Murdochville. On organise, pour le 19 août, une marche sur Murdochville.


La force de la parole


Michel Chartrand se rallie à cette décision, mais il a une autre carte dans sa manche. Comme lors des conflits précédents, il veut rejoindre la population par le truchement de la radio, une stratégie qui a fait ses preuves ailleurs:

Le problème est politique. Les gens ne lisent pas beaucoup les journaux, la télévision n’est pas encore arrivée ici, les curés ne nous sont pas sympathiques, mais… il nous reste la radio, le poste de radio. On va acheter du temps. Avec de l’argent, ils ne pourront pas nous refuser de parler à la radio. J’ai déjà fait ça à Shawinigan et encore tout dernièrement à Rouyn-Noranda, et ça marche. C’est là qu’il faut frapper tout en surveillant les lignes de piquetage.

Les frères Lapointe sont propriétaires de la station de radio à Matane. En bons capitalistes, ils acceptent l’argent qu’on leur offre, mais ils voudraient lire les propos du leader provincial du PSD avant qu’ils ne soient diffusés sur leurs ondes.

On voulait me censurer, dit Michel Chartrand. Je leur ai répondu: «Je suis le leader du PSD. Je suis un chef politique au même titre que le chef du Parti libéral du Canada, Louis-Stephen Saint-Laurent.» Ils ne m’ont plus jamais importuné.

Théo Gagné, tout comme Michel Chartrand, croit à la force de la parole. Les Métallos acceptent donc la proposition. On verra partout Michel Chartrand, haranguant les grévistes et leurs sympathisants chaque fois que l’occasion se présente, soit une quarantaine de fois. Souvent conseillé par Pierre Elliott Trudeau, il amorce ensuite une campagne d’information dans les stations de radio de Matane et de New Carlisle.

Il s’en prend aussi bien à la Noranda qu’à la Robin, cette famille jerseyaise qui exploite depuis si longtemps les pêcheurs de la Gaspésie. Les mineurs de Murdochville et les pêcheurs de Percé, ce sont eux qui font vivre la Gaspésie et pourtant ils vivent dans la misère depuis des générations.

Ces deux compagnies ont instauré un drôle de système: l’une paie ses travailleurs avec des coupons qui forcent les travailleurs à s’approvisionner dans ses magasins; l’autre oblige ses employés à louer les maisons qu’elle possède.

Michel Chartrand est déchaîné devant un tel système d’exploitation:

J’ai déjà vu, dit-il, un contremaître sortir un matin d’une usine, accompagné de son chien, et dire: «J’embaucherai la personne devant laquelle mon chien aboiera.» Un autre s’amusait à lancer, dans une foule de 100 chômeurs qui venaient chercher du travail, une dizaine de badges pour un futur emploi. Il obligeait ainsi les chômeurs à se battre entre eux pour faire vivre leur famille. Ces représentants de la compagnie, éduqués par nos bons pères enseignants, et souvent parents avec le monseigneur du coin, se comportent comme des anciens seigneurs du Moyen Âge. Murdochville, c’est pas juste une grève, c’est une révolte d’esclaves qui veulent devenir des hommes libres.
Fernand Foisy a écrit quatres livres sur Michel Chartrand.
Le premier: Michel Chartrand - Les dires d'un homme de parole
Le deuxième: Michel Chartrand - Les voies d'un homme de parole.(1916-1967)
Le troisième : « Sacré Chartrand » (101 « best of » Michel Chartrand ) publié en 2002
Le quatrième : Michel Chartrand - La colère du juste (1968-2003)
Les quatre chez Lanctôt-Éditeur, http://www.lanctotediteur.qc.ca/
Visiter le site: http://www.michelchartrand.net
 
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